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EXPRESSION CANTONAISE : « Yùhn ngàaih lahk máh » - « Retenir sa monture à flanc de ravin » Votre téléphone mobile vibre. Vous ne reconnaissez pas le numéro qui appelle, passé entre les mailles du filet de « Call Guard » (« Gardien d’appel »), l’application de votre opérateur téléphonique hongkongais configurée pour bloquer les appels masqués et frauduleux. Intriguée, vous décrochez. Au bout du fil, une voix masculine suave et enjouée met en confiance. Elle raconte avec aplomb qu’aujourd’hui est votre jour de chance. Un poste, comme conçu sur mesure pour vous, vient de se libérer. La rémunération est attrayante, les collaborateurs de l’entreprise sont aussi dynamiques que sympathiques. C’est certain, en les rejoignant, vous vous épanouirez. L’occasion est à saisir maintenant ou jamais. Le conte est trop beau pour être vrai mais vous vous autorisez à y rêver pendant quelques secondes. Maintenant, la voix, qui n’a eu de cesse de s’affirmer au fur et à mesure de son exposé, vous ordonne de lui envoyer une copie de votre carte d’identité. Au même instant, des cris stridents retentissent. Survolant le groupe d’immeubles qui vous entourent, un cacatoès soufré à huppe jaune (« Síu kwàih fā fuhng tàuh yīng móuh », 小葵花鳳頭鸚鵡) est en train de rameuter ses congénères. Pour ces perroquets sauvages citadins de Hong Kong, le crépuscule sonne l’heure de regagner les nids dans les kapokiers (« Cotton tree », muhk mìhn, 木棉). Tombé du ciel, ce son de cloche primitif résonne comme un avertissement. Réveillé à la réalité, vous clôturez la conversation à l’aide du premier mensonge qui vous vient à l’esprit - « Je ne cherche pas d’emploi, je suis à la retraite » - et raccrochez d’un coup sec. En réfléchissant à ce qui vient de se produire, vous dressez le parallèle avec certaines des fraudes défrayant la chronique. Par exemple, de jeunes Hongkongais sont recrutés mensongèrement pour travailler en Thaïlande puis, dès qu’ils y atterrissent, sont trafiqués dans des camps (appelés « scam farms », « fermes à arnaque ») de Myanmar (Birmanie) transformés en centres d’appels. Menacés de torture, les prisonniers sont contraints d’escroquer à la chaîne des listes de cibles. En ce qui vous concerne, soulagée de ne pas être tombée dans le piège tendu, vous vous exclamez « yùhn ngàaih lahk máh ! » (懸崖勒馬). Vous avez su « retenir de justesse votre cheval, qui vient d’arriver au bord du précipice. » « Yùhn ngàaih » se traduit par « ravin, abîme » et « lahk máh » par « brider, arrêter, retenir son cheval. » Vous avez stoppé votre monture juste à temps, avant de tomber dans le gouffre. En reconnaissant que vous alliez dans la mauvaise direction, le danger a pu être évité in extremis. Vous l’avez échappé belle. Après tout, « on n'apprend pas à un vieux singe à faire des grimaces. » Notons qu’au Port au Parfum, bien qu’ils s’y trouvent en grand nombre dans certains parcs protégés - au monastère des Dix Mille Bouddhas de Sha Tin (Sā Tìhn, 沙田) ou à Kam Shan Country Park « Gām Sāan gāau yéh Gūng yùhn » (金山郊野公園), Monkey Hill « Máh lāu Sāan » (馬騮山) notamment - les macaques sont remplacés par les chevaux. C’est ainsi qu’en Cantonais, on dit « le vieux cheval connaît la piste, » « lóuh máh sīk tòuh » (老馬識途) avec « lóuh » pour « âgé, vétéran », « máh » pour « cheval », « sīk » pour « savoir, connaître, avoir appris » et « tòuh » pour « route, itinéraire ». Le destrier expérimenté a parcouru tant de chemins qu’il n’a plus besoin de cavalier pour le guider. Afin d’arriver à bon port sans être pris dans un traquenard, les ancêtres rusés conseillent la compagnie d’un mentor qui « connaît la musique ». Grâce à lui, vous n’aurez même plus à « yùhn ngàaih lahk máh ». Par E.M. à Hong Kong Photo : 13/02/2026 Landmark, Central - ©Keih Saht Le Décoration animée au cœur du centre commercial du Landmark, à l’occasion de la nouvelle année chinoise du cheval. Quelques formules de vœux pour l’année du cheval : « Jūk néih » : « En vous souhaitant de » 祝你 « Máh seuhng faat chòih » : « Fortune immédiate ! » 馬上發財 Mot à mot, « máh seuhng » se traduit « sur le cheval, à cheval, » sous-entendant, « rapidement » prenant le sens de « immédiatement ». « faat chòih » indique « devenir riche. » « Yāt máh dōng sīn » : « Soyez le champion ! » 一馬當先 « Máh dou gūng sìhng » : « Réussite immédiate, éclatante et sans accroc ! » 馬到功成 L’arrivée des chevaux (« máh dou ») conduit à la victoire (« gūng sìhng »), en référence aux anciennes victoires militaires remportées lorsque les destriers arrivaient sur les champs de batailles. « Lùhng máh jīng sàhn » : « Bonne santé et vitalité ! » 龍馬精神 Le dragon cheval (« lùhng máh ») est plein d’énergie (« jīng sàhn »). La créature dragon-cheval est réputée disposer de l’esprit vigoureux d'un ancien combiné à un tonus à revendre. Quelques formules de vœux souhaitées à chaque nouvelle année chinoise : « Gūng héi faat chòih ! » : « Vœux de fortune ! » 恭喜發財 « Sān tái gihn hōng » : « Soyez en bonne santé ! » 身體健康 « Daaih gāt daaih leih » : « Vœux de bonne chance ! » 大吉大利 « Sām séung sih sìhng » : « Que tous vos souhaits se réalisent ! » 心想事成 « Gūng jok seuhn leih » : « Que le travail soit fructueux et harmonieux ! » 工作順利 Lexique : « Yùhn ngàaih lahk máh » : « Retenir son cheval à flanc de ravin », « y échapper belle » 懸崖勒馬 Yùhn ngàaih : Le ravin, le précipice, l'abîme, le gouffre 懸崖 Lahk máh : Brider, arrêter, retenir son cheval 勒馬 Máh : Le cheval 馬 Síu kwàih fā fuhng tàuh yīng móuh : Cacatoès à huppe jaune de Hong Kong 小葵花鳳頭鸚鵡 Muhk mìhn : Le kapokier (« arbre à coton ») 木棉 Máh lāu Sāan : La Montagne des singes (de Hong Kong) 馬騮山 Sāan : La montagne 山 Máh lāu : Terme affectueux pour parler d’un singe, ou employé pour appeler quelqu’un gentiment. 馬騮 « Lóuh máh sīk tòuh » : « Le vieux cheval connaît le chemin » 老馬識途 Lóuh : Vieux, âgé, vétéran 老 Sīk : Savoir, connaître, avoir appris 識 Tòuh : La route, l’itinéraire, le chemin 途 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
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EXPRESSION CANTONAISE : « Kèh ngàuh wán máh » - « Monter un bœuf, chercher un cheval » Attablé au nouveau café à la mode ouvert depuis quelques jours dans la rue Wellington (Wellington Street, Wāi lìhng deuhn gāai,威靈頓街), vous vous épanchez sur vos malheurs professionnels auprès d’un ami Hongkongais. Tandis que celui-ci, placide, sirote avec délectation son « Super creamy vanilla matcha latte » (thé vert moulu aux extraits de vanille, mélangés à du lait de noix de coco à l’origine de l’effet crémeux sensationnel), vous énumérez vos doléances. Vous vous plaignez d’une répartition illogique des tâches, d’une coordination inexistante entre les divers services, de la désorganisation de la hiérarchie, de la stagnation de salaire sans perspective de bonus, etc. Vous reprenez votre souffle, jetez un coup d’œil à vos voisins de table. Afin que ces derniers n’entendent pas la suite de vos propos, vous chuchotez : « En même temps que l’exercice de votre poste actuel, vous êtes en quête d’un nouvel emploi ! » Guère impressionné par la révélation de votre secret, votre interlocuteur se lèche les babines ostensiblement, occupé à prolonger le plaisir de la dégustation de sa boisson verte. Arrivé au bout, constatant qu’il n’y a plus rien à en retirer, il en ôte la paille nonchalamment. Il hausse les épaules en guise de réveil au souvenir de votre présence puis résume votre situation tout de go : « kèh ngàuh wán máh » (騎牛搵馬) soit « monter un bœuf, chercher un cheval », avec « kèh » pour « monter, chevaucher », « ngàuh » pour « bœuf, vache », « wán », pour « chercher, dénicher », et « máh » pour « cheval ». Tout en trottinant avec votre monture existante, vous cherchez un destrier capable de galoper. Signifiant que toutes les options sont ouvertes, cet idiome très courant de Hong Kong s’utilise souvent dans le cadre du travail. La flexibilité est une caractéristique du marché de l’emploi hongkongais, peu coutumier de la fidélité à l’employeur. Non parce que les employés sont exagérément ambitieux – même si la culture de la compétition demeure prégnante – mais parce que, dans un monde où les filets sociaux sont minces, nécessité fait loi. En fin de mois, il faut pouvoir payer les factures, dont les dépenses de logement connues pour avaler une grande partie des revenus des ménages locaux. Plus rarement, « kèh ngàuh wán máh » s'emploie aussi pour illustrer la prospection amoureuse à tout crin, la recherche sans état d’âme d’un autre petit ami (ou d’une autre petite amie) susceptible d’être plus conforme à ses rêves. « Monter un bœuf, chercher un cheval » sous-entend que ce qui est plus rapide est mieux. Ce n’est pas toujours vrai, en conviennent les Cantonais. Ils admettent que tout effectuer à la hâte peut provoquer de la négligence. Ils ironisent « jáu máh, hon fā » (走馬看花), mot à mot « cavaler à cheval, regarder les fleurs. » Cette image décrit le passage d'un endroit à l’autre à vive allure sans prendre le temps d’observer les détails, d’inspecter, ni d’assimiler. Ceci caractérise, par exemple, les voyages touristiques organisés au pas de course n’offrant qu’une vision superficielle des lieux visités. Au sens figuré, l’expression signifie jeter un coup d’œil rapide, sans chercher à comprendre l’essence des choses. Malgré cette critique moqueuse de la superficialité, à Hong Kong, se hâter, agir sans délai, est autant une habitude qu’un talent prisé. (Lire : https://www.keihsahtle.com/accueil/a-hong-kong-la-celerite-en-toutes-choses) La réussite y est réputée résulter de la vélocité, comparable à la célérité d’un pur-sang en plein élan. Aussi, afin d’adresser des vœux de succès à vos amis, souhaitez leur d’être « yāt máh dōng sīn » (一馬當先), « un cheval champion ». « Yāt máh » correspond à « un cheval » et « dōng sīn » à « arriver en tête ». A dire sans modération, surtout à l’occasion de la Nouvelle Année du Cheval qui approche au grand galop. Par E.M. à Hong Kong Photo : 30/01/2026 Admitalty, Two Pacific Place - ©Keih Saht Le Vœux pour la Nouvelle Année du Cheval : « Jūk néih » : « En vous souhaitant de » 祝你 « Yāt máh dōng sīn » : « Soyez le champion ! » 一馬當先 « Máh dou gūng sìhng » : « Réussite immédiate, éclatante et sans accroc ! » 馬到功成 Littéralement : L’arrivée des chevaux (« máh dou ») conduit à la victoire (« gūng sìhng »), en référence aux anciennes victoires militaires remportées lorsque les destriers arrivaient sur les champs de batailles. « Lùhng máh jīng sàhn » : « Bonne santé et vitalité ! » 龍馬精神 Littéralement : Le dragon cheval (« lùhng máh ») est plein d’énergie (« jīng sàhn »). La créature dragon-cheval est réputée disposer de l’esprit vigoureux d'un ancien, combiné à un tonus à revendre. Lexique : Kèh : Monter, chevaucher 騎 Ngàuh : Le bœuf, la vache 牛 Wán : Chercher, dénicher 搵 Máh : Le cheval 馬 Jáu : Aller 走 Jáu máh : Cavaler, monter à cheval 走馬 Hon : Regarder, voir 看 Fā : La fleur 花 Yāt : Un, le premier 一 Sīn : D’abord, en premier, pour commencer 先 Dōng Sīn : Dans les premiers rangs, en tête 當先 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
EXPRESSION CANTONAISE : « Sēung gin hóu, tùhng jyuh làahn » - « Agréable de se rencontrer, difficile de vivre ensemble » A votre grande surprise, pendant les vacances de Noël, la cohabitation inédite avec vos beaux-parents sous un même toit s’est avérée terriblement pénible. Tant que vous les voyiez à l’extérieur de chez vous, au restaurant, au spectacle ou à l’hôtel, les relations étaient au beau fixe. Aujourd’hui, vous êtes désappointé, à bout de nerf après une lutte sans merci de quinze jours avec votre belle-famille afin de sécuriser, en vain, une zone de tranquillité dans votre cocon douillet transformé en champ de bataille. Vous vous plaignez de cette expérience éreintante auprès de votre confident Hongkongais qui vous invite à en tirer l’enseignement suivant : « Sēung gin hóu, tùhng jyuh làahn » (相見好,同住難), « Il peut être agréable de se rencontrer mais difficile de vivre ensemble. » Cet adage vaut autant pour la famille que pour les bons camarades. Les voyages entre amis ne finissent pas toujours bien. Combien d’amitiés ont-elles été rompues à cause de l’ignorance de la combinaison de ces six mots : « Sēung gin » pour « se rencontrer », « hóu » pour « bien », « tùhng jyuh » pour « habiter ensemble » et « làahn » signifiant « difficile ». Il n’y a pas plus grand révélateur de manies que la vie commune. Si vous êtes un maniaque du rangement, évitez, par exemple, de partir en congés avec une personne naturellement désordonnée. Las de récriminer silencieusement, un « lyuhn chāt baat jōu » (亂七八糟) soit « quel désordre ! » ou « quel bazar ! » pourrait vous échapper à voix haute. « Lyuhn » se traduit par « désordre » ou par « chaos », « chāt » par « sept » (七), « baat » par « huit » (八) et « jōu » par « pourri, complètement fichu ». L’introduction des chiffres 7 et 8 entre « Lyuhn » et « jōu » référerait à deux guerres civiles de l’histoire ancienne de la Chine. Le 7 évoquerait la « Rébellion des sept royaumes » (ou la « Révolte des sept rois ») contre l'empereur Han Jingdi en l’an 154 avant Jésus Christ. Le 8, quant à lui, désignerait la « Guerre des huit princes » marquée par une série de conflits entre 291 et 306 après Jésus Christ. Provoqués par la soif de pouvoir de l'impératrice Jia Nanfeng, ces affrontements sont réputés pour avoir contribué à l’affaiblissement de la dynastie Jin. Après lecture de ces explications historiques, l’insertion du 7 et du 8 entre « lyuhn » et « jōu » prend tout son sens. Son objectif serait de montrer l’existence d’un lien entre fouillis, désobéissance et bagarre. Cela dit, en cas d’extrême urgence de remédier à la pagaille ambiante, on peut faire mouche avec concision en omettant le 7 et le 8 : On s’exclamera « Lyuhn jōu jōu ! » (亂糟糟) tout en forçant l’accentuation sur le second « jōu ! ». Diriger son énergie sur la prononciation de ce dernier mot peut éventuellement soulager une patience mise à rude épreuve. Quoi qu’il en soit, au lieu de tirer à boulet rouge sur vos compagnons incompatibles - alors que, finalement, il pourrait n’y avoir que maille à partir -, sans doute vaut-il mieux modifier ses plans de vacances ou prendre la poudre d’escampette. Par E.M. à Hong Kong Photo : 01/12/2021 Vue du WM Hotel, Sai Kung - ©Keih Saht Le Nettoyage de printemps : A propos de rangement, l’heure du « sái laaht taat » (« grand nettoyage de l’année ») approche (Lire : https://www.keihsahtle.com/accueil/a-hong-kong-le-nettoyage-de-printemps-fait-place-au-renouveau). Cette année le « lìhn yah baat » (« 28ième jour du dernier mois de l’année chinoise ») sera le 15 février 2026. La nouvelle année du Cheval débutera le 17 février 2026. Lexique : Sēung gin: Se rencontrer, se voir, se retrouver 相見 Hóu : Bien, agréable, bon 好 Tùhng jyuh : Vivre, habiter ensemble 同住 Làahn : Difficile, pénible 難 Lyuhn : Désordre, fouillis, capharnaüm, chaos 亂 Chāt : Sept 七 Baat : Huit 八 Jōu : Pourri, fichu, de mauvaise qualité 糟 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
EXPRESSION CANTONAISE : « Lohk yihp gwāi gān » - « Les feuilles qui tombent retournent à leur racine » Rompu à l’exercice du réseautage, vous participez au cocktail de clôture du salon « Revival » (« Renouveau ») qualifié de vitrine asiatique incontournable des nouvelles technologies dédiées au bien-être des personnes âgées. Tandis que vous stationnez près de la partie occidentale du buffet international, vous en profitez pour nouer connaissance. Intrigué par votre capacité à balbutier un peu plus qu’un mot de cantonais, votre compagnon de dégustation de canapés au fromage vous demande de confirmer que vous êtes bien un « faat gwok yàhn » (« Français ») et depuis combien d’années vous vivez à Hong Kong. Après avoir écouté votre réponse, celui-ci s’enquiert du lieu envisagé pour votre retraite : « Au Port au Parfum ou ailleurs ? » Notant votre hésitation, il vous décoche un sourire puis déclare « lohk yihp gwāi gān » (落葉歸根), « les feuilles qui tombent retournent à leur racine. » Selon cette métaphore poétique, l’homme vieillissant qui a vécu plusieurs décennies à l’étranger a l’habitude de regagner sa maison ancestrale. Composé de « lohk » pour « tomber », de « yihp » pour « feuille », et de « gwāi gān » pour « revenir à l’origine, retourner à la racine », ce proverbe découlerait des anciens textes bouddhiques relatifs à la déesse de la compassion, Guanyin (Gūn yām, 觀音), enseignant que chaque chose revient à son principe originel (« feuille qui tombe retourne à sa racine »). Transformé en dicton populaire, « lohk yihp gwāi gān » inspire toujours penseurs et artistes. En 2007 par exemple, l’acteur et chanteur Wang Leehom (王力宏) en a fait le titre d’une chanson d’amour. Depuis, le troubadour des temps modernes est devenu l’une des plus grandes stars de la scène Pop chinoise (C-Pop) à renommée mondiale. Elon Musk lui-même a qualifié (par réseau social interposé) d’impressionnante sa chorégraphie dansante révélée à Chengdu (le 18/12/2025) en compagnie de robots gymnastes parfaitement synchronisés. Pour en revenir à l’inéluctable retour aux sources prédit par les sages d’Orient, à quoi bon partir, s’il faut toujours revenir ? Parce que « les voyages forment la jeunesse » assure Montaigne qui fut aussi philosophe que voyageur. Cet enthousiasme pour l’exploration est entièrement partagé par les Cantonais qui affirment « duhk maahn gyún syū, hàahng maahn léih louh » (讀萬卷書,行萬里路), « lire 10 000 livres, parcourir 10 000里 (5 000 km) ». Selon cet idiome, la lecture est nécessaire mais il faut aussi voyager pour acquérir une expérience pratique. La découverte d’autres contrées complète la formation de l’esprit ou, selon le nombre de nos années vécues, continue de l’aiguiser. Effectivement, nulle part n’est écrit qu’il y a un âge limite pour cesser de parcourir le monde. Pourquoi donc mettre un terme à nos pérégrinations avant que le mystère de notre quête n’ait été résolu, que ce soit à l’automne, lorsque les arbres s’effeuillent, ou au printemps, lorsqu’ils verdissent. Par E.M. à Hong Kong Photo : 10/01/2025 Hospital Road, Sai Ying Pun - ©Keih Saht Le Les racines profondes des Banians s'accrochent aux murs de la ville. Lexique : Faat gwok : France 法國 Faat gwok yàhn : Français (e) 法國人 Yàhn : L’homme, la personne 人 Lohk : Tomber, descendre 落 Yihp : La feuille (d’arbre, de plante) 葉 Gwāi : Rentrer, retourner 歸 Gān : Origine, racine, source 根 Duhk : Lire 讀 Maahn : 10 000 萬 Gyún : Unité de mesure pour un rouleau 卷 Syū : Le livre 書 Hàahng : Marcher, aller 行 Léih : Unité de mesure égale à 500 mètres 里 Louh : La route, la rue, le chemin 路 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
EXPRESSION CANTONAISE : « dūng daaih gwo nìhn » - « Le solstice d’hiver est plus important que la nouvelle année » Tandis que vous rêvez du chapon aux morilles, à la bûche aux marrons servis à Noël ou au foie gras du réveillon de la Saint-Sylvestre, les Hongkongais songent aux « tōng yún » (湯圓), symboles de bonheur et de retrouvailles. Savourées par paires, ces boules de riz gluant classiquement fourrées à la crème de sésame, plongées dans une soupe au sirop de gingembre, réchauffent le corps et le cœur des habitants du Port au Parfum habitués à fêter en famille le solstice d’hiver. Cette année, celui-ci aura lieu le 21 décembre (à 11 heures du soir heure de Hong Kong), coïncidant cette fois avec le début de l’hiver selon le calendrier Grégorien. « Dūng daaih gwo nìhn » (冬大過年), « le solstice d’hiver est plus important que la nouvelle année, » dit-on dans la région de Canton en se référant au calendrier chinois traditionnel, selon lequel une année se compose de 24 termes solaires. L’arrivée de l’hiver (« laahp dūng », 立冬) correspond à celle du 19ième terme solaire (le 7 novembre dernier). Le solstice d’hiver (« dūng ji », 冬至), pour sa part, se tient au premier jour du 22ième terme solaire. Le début du printemps (« laahp chēun », 立春) de 2026, prévu pour le 4 février, concorde avec le commencement du premier terme solaire. D’après la pratique ancestrale du Feng Shui (Fūng Séui, 風水, https://www.keihsahtle.com/accueil/entrevue-avec-raymond-lo-grand-maitre-feng-shui), lors du « dūng ji », la journée la plus courte de l’année (dans l’Hémisphère Nord), l’énergie du ciel symbolisée par le Yang, représentant chaleur et lumière, atteint son niveau le plus bas puis s’accroît à nouveau. A l’opposé, l’énergie de la terre, symbolisée par le Yin, culminante, commence à décliner. Cet entre-deux est l’occasion de recharger ses batteries de Yang. Attention, pour réussir parfaitement cette régénération naturelle, les coups de froid doivent être évités. Les ancêtres conseillent à cet égard de s’habiller chaudement et de consommer des aliments chauds. Surtout, les disputes doivent être évitées afin de ne pas dérouter la circulation de l’énergie. A Canton et dans ses alentours, la célébration familiale du « dūng ji » est primordiale, aussi fondamentale que celle de Noël ou du Nouvel An aux yeux des occidentaux. Pendant le solstice d’hiver, rien ne sert de tenter d’organiser une soirée entre amis ou, ultime bévue, un déplacement professionnel. Les Hongkongais resteront aux abonnés absents. L’ampleur de la fête dépend des régions de l’immense Chine. « Gok chyu hēung chyūn, gok chyu laih » (各處鄉村,各處例), « A chaque campagne ses coutumes, » observent les Cantonais avec pragmatisme. La même remarque vaut pour les multiples accents provinciaux - les « háu yām » (口音, « háu » pour « bouche » et « yām » pour « son ») -, un point commun avec la France finalement. Un usage commun à toute la Chine, quant à lui radicalement différent de la pratique française, est de célébrer les anniversaires en avance. Les vœux les plus tardifs s’effectuent le jour J, à 11 heures et 59 minutes du soir dernier carat. Souhaiter « sāang yaht faai lohk ! » (生日快樂 !) - « Joyeux anniversaire ! » en retard est vraiment malpoli : Si vous laissez passer la date, mieux vaut encore rester silencieux. Seule une action sincère et généreuse fera oublier votre maladresse. Souvenez-vous, lorsqu’il s’agit de fêter les naissances, le vieux proverbe français « mieux vaut tard que jamais » est une hérésie. Après l'heure, ce n’est plus l’heure. Par EM à Hong Kong Photo : « Tōng yún » (2021) et décorations de Noël, Central (07/12/2025) - ©Keih Saht Le Lexique Dūng ji : Solstice d’hiver 冬至 Dūng : L’hiver 冬 Daaih : Grand 大 Gwo : Comparé à 過 Nìhn : L’année 年 Gok : Tous, chacun 各 Chyu : Indicateur de mesure 處 Hēung chyūn : La campagne, le village 鄉村 Laih : Le règlement, la convention, la coutume 例 Gā hēung : La ville natale 家鄉 Néih haih bīn douh yàhn a ? : D’où êtes-vous originaire ? 你係邊度人呀 Háu yām : Accent 口音 Háu : La bouche 口 Yām : Le son, la note 音 Sāang yaht faai lohk ! : Joyeux anniversaire ! 生日快樂 Sāang : Donner naissance, naître, vivant, frais, cru 生 Yaht : Jour 日 Faai lohk : Joyeux 快樂 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
EXPRESSION CANTONAISE : « Jí sáu waahk geuk » - « Gesticuler avec arrogance » La conférence vous paraît interminable. Jetant des regards désespérés vers la sortie, vous vous demandez comment vous éclipser le plus discrètement possible. Voici une demi-heure que l’intervenant fort en voix, gesticulant dans tous les sens, s’obstine à ne raconter que des banalités. Ce spectacle qui ne rime à rien est exténuant. Votre voisine de supplice, également à bout de patience, vous murmure « Jí sáu waahk geuk » (指手畫腳). Entendant ces paroles moqueuses décrivant l’arrogance ridicule du conférencier brasseur du vent, il vous est bien difficile de réprimer un éclat de rire. Proféré avec ironie, « jí sáu waahk geuk » signifie littéralement « montrer du doigt, dessiner avec les pieds ». « Jí sáu » se traduit par « pointer », « waahk » par « dessiner » et « geuk » par « pied ». Cette description espiègle et distanciée de l'infatuation habille la situation de burlesque, la rendant d’emblée plus agréable à vivre. Les Hongkongais ne se privent pas d’utiliser le remède de l’ironie contre les gens arrogants. Ils caractérisent leurs manières condescendantes « d’œil de pigeon blanc », expression prononcée « baahk gap ngáahn, 白鴿眼 », « baahk » désignant « la couleur blanche », « gap » le « pigeon » et « ngáahn » « l’œil ». Par exemple, vous êtes invité à remplacer une connaissance (partie en déplacement) au cocktail d’un cercle privé réputé pour être fermé. Malgré votre tempérament jovial, vous faites tapisserie dans un coin. Par la suite, parlant de cette soirée de solitude, vous raconterez que vous y avez trouvé les invités tellement « baahk gap ngáahn, » « snob », « hautains », que vous ne leur avez pas adressé la parole. En cette circonstance, la référence au « pigeon blanc » est fort éloignée de celle à la « blanche colombe, » symbole d’espérance, de paix et d’amour. Parler du sentiment de supériorité en usant du Cantonais ne manque ni de couleur ni de gestuelle. A cet égard, parfois, l’expression « jí sáu waahk geuk » revêt aussi un sens figuré. Dans ce cas, elle sert à se plaindre de l’interférence systématique et contreproductive d’une personne cherchant à imposer son pouvoir. Elle dénonce un comportement à la limite du harcèlement : Vous préparez une présentation sur un sujet que vous maîtrisez, or, la personne chargée de l’organisation du colloque où vous devez vous exprimer veut contrôler votre travail. Cette dernière vous demande maintes fois de modifier le plan de votre énoncé, d’ajouter des corrections dont vous ne comprenez guère l’intérêt. Au bout d’une série d’échanges avec l'interlocuteur têtu d’imprimer sa patte, vous vous exclamez, irrité : « kéuih deui ngóh jí sáu waahk geuk ! » (佢 對 我 指手畫腳), « Quel comportement despotique à mon égard » ! Une complainte souvent répétée par les adolescents rebelles, exaspérés de devoir prêter l’oreille aux mises en garde constantes de leurs parents. Cette formule leur permet d’affirmer qu’eux non plus ne sont pas tombés de la dernière pluie, ni prêts de se faire pigeonner. Par E.M. à Hong Kong Photo : 10/04/2023 Man Mo Temple, Sheung Wan - ©Keih Saht Le Installé à l’entrée du temple comme maître des lieux, un pigeon observe les visiteurs. Lexique Jí : Se référer à 指 Jí sáu : Le doigt, montrer du doigt 指手 Sáu : La main 手 Waahk : Dessiner 畫 Geuk : Le pied 腳 Jyūn gā : L’expert 專家 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
EXPRESSION CANTONAISE : « Gwa yèuhng tàuh, maaih gáu yuhk » - « Accrocher une tête de mouton, vendre de la viande de chien » De retour d’excursion, vous souhaitez vérifier que le bracelet onéreux vert foncé que vous venez d’acheter est effectivement en jade de Lantian (Làahm tīn yuhk, 藍天玉). Par acquis de conscience, vous vous rendez chez votre bijoutier local de confiance. Sortant sa loupe, celui-ci l’observe pendant quelques minutes puis vous informe, navré, que le bijou est sans doute en agate mousse. De plus, afin de s’assurer que la pierre est naturelle, qu’elle n’est pas colorée chimiquement et par conséquent non nocive pour la peau, le professionnel vous conseille de l’envoyer tester au laboratoire. Le joaillier hongkongais a l’air sincèrement désolé de vous informer que vous avez été victime d’une supercherie. Des vendeurs de pacotille vous ont « fait prendre des vessies pour des lanternes » en « gwa yèuhng tàuh, maaih gáu yuhk » (掛羊頭,賣狗肉), énoncé traduit mot à mot par « accrocher une tête de mouton, vendre de la viande de chien ». « Gwa » et « maaih » signifient respectivement « accrocher » et « vendre ». « yèuhng tàuh » désigne la « tête de mouton ou de chèvre » et « gáu yuhk » la « viande de chien ». Le tableau est cocasse. Cette expression idiomatique indiquant qu’il y a duperie, que quelque chose a été vendu en le faisant passer pour autre chose, a de quoi chatouiller l'imagination. Si la scène dépeinte semble réaliste, celle-ci ne décrit nullement la réalité. Une mise au point s’impose, « Gwa yèuhng tàuh, maaih gáu yuhk » ne fait guère référence à l’existence d’un marché légendaire de la viande canine. A Hong Kong, aucune enseigne n’aurait l’idée de servir la chair de cet animal élevé au rang de compagnon familial. Chéris par toutes les tranches d’âges, les canins sont choyés. Une étude datant de février 2025 réalisée par la City University of Hong Kong (CityUHK Scholars) relate, qu’au Port au Parfum, la motivation principale d’adopter cet attachant descendant du loup est de bénéficier d’une compagnie domestique (pour 41,5 % des 685 habitants de Hong Kong répondants à l’enquête). La seconde raison de l’accueillir chez soi est de lui procurer un toit (30,9 % des réponses). La plupart d’entre eux viendraient « de source non commerciale », des amis, du voisinage, des abris, des refuges pour animaux abandonnés. Traités comme des membres de la famille, certains toutous jouissent même de l’accompagnement d’une auxiliaire attitrée. Il est vrai cependant que les Hongkongais dotés d’ancêtres issus de la région de Canton, ont pu entendre cette formule : « Gáu yuhk gwán léuhng gwán sàhn sīn kéih mh wán » (狗肉滾兩滾神仙企唔穩) soit « La viande de chien deux fois bouillie, les divinités ne se tiennent plus debout, » sous-entendant que le fumet de ce mets est si appétissant qu’il a le pouvoir d’enivrer les immortelles, ces créatures célestes taoïstes (sàhn sīn, 神仙) pourtant réputées végétariennes. Dans l’ancien temps, les agriculteurs n’avaient pas les moyens de consommer du bœuf, entièrement consacré au labour, ni du cochon à cause de sa cherté. Plus facilement accessible, la race canine était bien plus pratique à cuisiner. Depuis lors, les régions agricoles se sont modernisées, enrichies, la gastronomie s’est modifiée. Aujourd’hui, la province cantonnaise ne compte plus que quelques restaurants de viande de chien. La vieille tradition survit encore dans la province de Guangxi - les chiens n’en finissent pas d’y vivre une vie de chien - avec, à l’occasion du solstice d’été, « La fête du litchi et de la viande de chien » de Yulin. De plus en plus controversé, ce festival est proche de l’extinction. Si chaque pays hérite d’un art culinaire propre à son histoire et à son terroir, l’arnaque, quant à elle intemporelle, demeure universelle. Afin d’éviter le piège du « gwa yèuhng tàuh, maaih gáu yuhk », mieux vaut vérifier l’authenticité de toute chose, même si cette tâche requiert de se donner un mal de chien. Par E.M. à Hong Kong Photo : 21/10/2025 Wing Lee Street Rest Garden, Mid-Levels - ©Keih Saht Le Point de rencontre matinal des chiens du quartier dans l’ère piétonne de Wing Lee Street Lexique : Làahm tīn yuhk : Jade de Lantian 藍天玉 Yuhk : Jade 玉 Gáu : Le chien 狗 Yèuhng : La chèvre, le mouton 羊 Tàuh : La tête 頭 Yuhk : La viande 肉 Gwa : Accrocher 掛 Maaih : Vendre 賣 Gwán : Bouillir 滾 Kéih wán : Tenir debout 企穩 Mh : Expression de la négation 唔 Sàhn sīn : Créature céleste, Immortelle, divinité 神仙 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
EXPRESSION CANTONAISE : « Yāt baahk jē sāam cháu » - « Le blanc cache les imperfections » En ces jours d’automne, vous faites tout pour entretenir votre teint hâlé, ravivé récemment grâce à une exposition aux embruns marins, à l’occasion d’une sortie improvisée en jonque opportunément ensoleillée. Vous entrez dans un magasin de cosmétique en quête d’une crème après-solaire dans l’optique de maintenir cette mine dorée qui vous sied à merveille - vous en êtes convaincue - le plus longtemps possible. Le stock de soins prolongeant le bronzage est épuisé, affirme la vendeuse. Celle-ci observe votre peau d’un peu plus près puis vous tend, tout de go, une crème de beauté blanchissante accompagnée d'un fond de teint blanc. Remarquant votre air interloqué, celle-ci vous explique qu’en général, d’un point de vue esthétique, l’affichage d’une carnation blafarde est plus en vogue. A Hong Kong, on dit : « Yāt baahk jē sāam cháu » (一白遮三醜), littéralement « Un blanc cache trois laideurs, » signifiant que « la couleur blanche masque les imperfections. » Si ce vieil adage ne parvient pas à vous convaincre de la beauté d’un visage laiteux bien talqué, pour empêcher votre peau de brunir naturellement, il ne vous reste plus qu’à vous procurer l’un des nombreux accessoires de protection contre le soleil vendus au Port au Parfum. Vous n’aurez que l’embarras du choix, entre les parapluies anti-ultraviolets, la multitude de modèles de chapeaux à bord large, de casquettes à longue visière avec cache-cou amovible, etc. Pour vous protéger intégralement, testez les mitaines ou les gants longs, ainsi que le très en vogue « maillot de bain pour le visage », couvrant toute la figure en ne comportant que quatre ouvertures étroites (pour les yeux, le bas du nez et la bouche). Camouflant aussi le cou, cet accoutrement dédié à la nage, des plus efficace, est appelé par les Hongkongais tantôt « facekini », tantôt « líhmkini » (líhm, 臉, pour « visage ») ou, en Cantonais, « líhmgēinèih » (臉基尼). Déboussolés car peu habitués à la contemplation de ces cagoules composées de polyester et de spandex, les raisonneurs pourraient être tentés de conclure qu’il s’agit, finalement, de combattre une forme de laideur par une autre. Répondons-leur toutefois que la hideur, qui se prononce « cháu » en claquant rapidement la langue d'un coup sec contre son palais, comme pour suggérer un mouvement de répulsion, demeure bel et bien un concept subjectif. Par ailleurs, suivant le contexte, « cháu » peut s’écrire de deux façons, soit 醜 en caractère chinois traditionnel pour traduire « mocheté, défaut, imperfection, disgracieux », soit 丑 en caractère simplifié pour se référer à la « branche terrestre du Bœuf » (丑) du Feng Shui (« Fūng Séui » en Cantonais, 風水), discipline ancestrale chinoise très influente à Hong Kong. ( Lire : https://www.keihsahtle.com/accueil/entrevue-avec-raymond-lo-grand-maitre-feng-shui ) Pour mémoire, les onze autres branches terrestres sont celles du Rat 子, du Tigre 寅, du Lapin 卯, du Dragon 辰, du Serpent 巳, du Cheval 午, de la Chèvre 未, du Singe 申, du Coq 酉, du Chien 戌 et du Cochon 亥. Par ricochet, « Cháu » s’écrit en caractère simplifié s’il se rapporte à « cháu sìh » (丑時), la période de temps de deux heures allant d’une à trois heures du matin dans le calendrier chinois lunisolaire : Selon ce système de mesure, de même qu’il existe douze signes astrologiques, la journée se divise en douze intervalles de temps. « Jí sìh » (子時) en est le premier : Commençant à 11 heures du soir, il s’achève à une heure du matin. Au lieu de compter les moutons, s’amuser à réciter dans l’ordre le nom des douze tranches de la journée (voir ci-dessous) peut favoriser l’endormissement : Un vrai sommeil réparateur n’est-il pas la garantie du renouvellement cellulaire propice à l’entretien d’une peau de pêche, économisant ainsi le coup de crayon correcteur blanc. Par E.M. à Hong Kong Photo : 28/08/2021 Deep Water Bay - ©Keih Saht Le Une personne portant un « facekini » s’apprêtant à aller nager. Calendrier chinois lunisolaire, douze périodes de temps par jour : Jí sìh 子時 : 11h du soir à 1h du matin Cháu sìh 丑時 : 1h à 3h du matin Yàhn sìh 寅時 : 3 h à 5 h du matin Máauh sìh 卯時 : 5h à 7h du matin Sàhn sìh 辰時 : 7h à 9h du matin Jih sìh 巳時 : 9h à 11h du matin Ngh sìh 午時 : 11h du matin à 1h de l’après-midi Meih sìh 未時 : 1h à 3h de l’après-midi Sān sìh 申時 : 3h à 5h de l’après-midi Yáuh sìh 酉時 : 5h de l’après-midi à 7h du soir Sēut sìh 戌時 : 7h à 9h du soir Hoih sìh 亥時 : 9h à 11h du soir Lexique : Fa jōng : Maquillage 化妝 Chàh : Appliquer une lotion ou du maquillage 搽 Sèuhn gōu : Rouge à lèvre 唇膏 On peut aussi dire háu hùhng (口紅), mais ce mot est peu utilisé à Hong Kong. Sèuhn : Lévre 唇 Gōu : Créme, graisse 膏 Háu : Bouche 口 Hùhng : Rouge 紅 Fán : Poudre 粉 Fán dái : Fond de teint 粉底 Dái : Base 底 Facekini, líhmkini, líhmgēinèih : Maillot pour le visage 臉基尼 Líhm : Visage 臉 Gēi : Base, fondation, basique 基 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
EXPRESSION CANTONAISE : « Dá kāat » - « Se prendre ou être pris en photo à un lieu emblématique afin d’être publié sur les réseaux sociaux » L’art de la concision est Cantonais. Deux mots seulement, « Dá kāat », sont nécessaires pour exprimer une combinaison de dix-neuf mots en Français : « Se prendre ou être pris en photo à un endroit iconique, afin d’être publié sur les réseaux sociaux. » L’association minimaliste de « dá » (打), signifiant au choix « cogner » ou « frapper », avec « kāat » (卡) pour « la carte » invite à se concentrer sur le déclic, cet instant décisif où le photographe des temps modernes, qu’il soit du dimanche ou professionnel, se « shoot », se « fixe » au cœur du décor de l’instantané qu’il prévoit de diffuser en ligne. Le fait que le caractère « 卡 » puisse en outre revêtir le sens de « calorie », prononcé « kā » dans ce cas de figure, interpelle. Cet amalgame expliquerait-il l’étalage culinaire, la cascade de clichés de plats cuisinés défilant sur les comptes Instagram, Facebook, DouYin, WeChat, Xiaohongshu, Weibo, etc. ? La prise de calories est postée sans modération. En réalité, « dá kā », avec « dá kā louh léih, 打卡路里 » comme version allongée, désigne « le suivi de ses calories en enregistrant ou en partageant ses apports et dépenses caloriques sur des applications de fitness, ou sur les réseaux sociaux. » Tandis que la fièvre de s’adonner au « dá kāat », entretenue par les influenceurs endurants et leurs suiveurs (« followers ») opiniâtres, repeuple les coins de rue, magasins, cafés et restaurants référencés digitalement, une nouvelle vague s’empare de tout Hong Kong, celle d’accrocher une « gūng jái » (公仔), c’est-à-dire une « petite poupée », à son sac à main ou à son sac à dos. L’engouement pour le port du jouet dans la rue a démarré concomitamment au succès croissant de Labubu (拉布布), Lāai bou bou en Cantonais, la figurine en peluche créée par l'illustrateur Hongkongais Kasing Lung (龍家昇), né à Yuen Long (Yùhn lóhng, 元朗) dans les Nouveaux Territoires, venu vivre à Utrech (Pays Bas) à l'âge de 7 ans. Introduite pour la première fois en 2015 avec la série « Monstres » produite par How2Work, la poupée a grandi en popularité à partir de 2019 avec la collaboration commerciale de Pop Mart (entreprise de jouets chinois basée à Pékin). En près d’une décennie, plus de 300 modèles de « Lāai bou bou gūng jái » ont conquis le cœur des enfants et même des adultes. Maintenant que le prix du gadget aux oreilles de lapin, considéré comme objet de collection, s’est considérablement apprécié, les Hongkongais optent pour d’autres « gūng jái » de gabarits similaires. Le choix ne manque guère car de multiples enseignes du Port au Parfum en fabriquent, désireuses de profiter à leur tour de cet emballement incroyablement « hīng » (兴), soit « à la mode », « plébiscité par la population ». Une passion collective à faire pâlir de jalousie les Keung To (姜濤), Anson Lo Hon-ting (盧瀚霆), Tyson Yoshi (程浚彥), MC Cheung Tin-fu (張天賦), Janice Vidal (衛蘭), Kelly Chen (陳慧琳), Sammi Cheng (鄭秀文), Miriam Yeung Chin-wah (楊千嬅), Nicholas Tse Ting-fung (谢霆锋), etc., toutes ces célébrités « rouges » (« hùhng, », 紅) de Hong Kong, « rouge » prenant, dans ce contexte, le sens de « populaire ». Afin de raviver la flamme des admirateurs de toutes ces figures de notoriété, à quand la conception de « gūng jái » à leur effigie ? Par E.M. à Hong Kong Photo : 22/09/2025 Forbes Street, Kennedy Town - ©Keih Saht Le Influenceurs et « followers » font la queue en face d’un café référencé du quartier pour se « Dá kāat ». Lexique : Dá : Cogner, frapper 打 Kāat : Carte 卡 Kā : Calorie 卡 Gǒu jái deuih : Paparazzis (Queue, rangée de petits chiens) 狗仔隊 Gūng jái : Petites poupées 公仔 Yáuh méng : Renommé, « avoir un nom » 有名 Hīng : Populaire (pour une tendance, des habitudes, des choses) 興 Hùhng : Rouge, populaire pour des hommes, des stars, des chanteurs, des acteurs, des écrivains 紅 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
EXPRESSION CANTONAISE : « Mh gwāan néih sih ! » - « Cela ne vous regarde pas ! » Si, comme Montaigne, vous pensez que « la politesse coûte peu et achète tout », les finesses hongkongaises du savoir vivre en société vous captiveront. Prêtant l’oreille, vous entendrez « Mh gōi » (唔該) sonner à tout bout de champ, le « s’il vous plaît » cantonnais employé également pour signaler sa présence dans la foule, comme sur la ligne de métro (MTR, Mass Transit Railway system) direction Tsuen Wan (Chyùhn Wāan, 荃灣) bondée aux heures de sortie de bureau. Afin que les passagers absorbés par leur partie de jeu sur téléphone mobile, coupés du monde extérieur par le port du masque et d’écouteurs, dégagent le passage au moment de descendre à la station Tsim Sha Tsui (Jīm Sā Jéui,尖沙咀), vous pousserez un « Mh gōi ! » assez ferme pour interpeller, sans pour autant vous époumoner. Paraître agressif attire des ennuis, toute scène insolite étant susceptible d’être filmée puis retransmise sur les divers réseaux sociaux. Dans l’hypothèse où vous écraseriez un pied malencontreusement, adoptez un air contrit, excusez-vous avec un franc « Mh hóu yi si !». Le maniement du « merci » à bon escient (sans modération, comme en France) requiert d’assimiler cette subtilité : Remercier contre un service rendu (notamment en échange de rémunération) diffère de témoigner de sa reconnaissance à la réception d’un cadeau. A la vendeuse du 7-Eleven venant de charger votre Octopus (Baat daaht tūng, 八達通) - carte de paiement électronique rechargeable acceptée dans une multitude d’enseignes du Port au Parfum, dont les opérateurs de transport - de 100 HKD, comme vous le lui avez demandé, vous direz « mh gōi saai ». En guise de « je vous en prie », celle-ci vous répondra « mh sái haak hei ». En revanche, vous gratifierez votre amie, rentrant de vacances d’Osaka qui vous offre de délicieux Daifuku Mochi, d’un « dō jeh saai ! » (« merci beaucoup »). Du tac au tac, elle vous rétorquera « mh sái dō jeh ! » (« avec plaisir, pas besoin de me remercier »). Maîtriser le « mh gōi saai » et le « dō jeh saai » est un bon début pour prétendre « avoir de bonnes manières » (« yáuh láih maauh », 有禮貌), effort nécessaire mais pas suffisant. Pour éviter de collectionner les couacs, l’initiation au tact hongkongais s’apparente à l’apprentissage du dosage. Tempérez l’expression des désaccords, comme la manie de toujours rendre service éventuellement perçue comme intrusive. Bannissez le paternalisme archaïque, machisme (« daaih nàahm yahn », 大男人) honni par les femmes entrepreneures du Port au Parfum, de même que la curiosité excessive. S’entêter à mettre les pieds dans le plat pour aborder des sujets jugés tabous, en particulier ceux susceptibles d’écorner le prestige de la personne visée, conduit à l’échec. Première hypothèse, gêné par votre acharnement intempestif mais soucieux de tourner la page rapidement, votre interlocuteur vous rétorquera « Mh gwāan néih sih ! » (唔關你事) - « Ce ne sont pas tes affaires ! ». Une formule torpille dotée de l’avantage de mettre les points sur les i sans délai. Deuxième éventualité, votre contact choisit de jouer la carte de l’évitement. Il garde le silence, s’efface, voire disparaît car, selon les méthodes de gestion de conflits inculquées depuis la plus tendre enfance, dire « non ! » frontalement ne se fait pas. En cas de fermeture des canaux de communication, réfléchissez à une stratégie constructive de contournement sans hésiter à user d’un médiateur dédié à la relance de discussions. Lors de retrouvailles, ne remettez point votre différend sur le tapis : Cette attitude risquerait d’entraîner la rupture définitive. Il ne reste plus qu’à persévérer dans le décryptage des silences hongkongais, tout en s’exerçant à prononcer l’expression locale « hóu nàahn hōi háu », littéralement « ouvrir la bouche est très difficile », c’est-à-dire, « il est fort embarrassant de s’exprimer sur ce point. » Après tout, l’obligation de parler ne s’avère-t-elle pas, dans certains cas, aussi violente que l’injonction au silence ? Finalement, l’initiation à la politesse ressemble à bien des égards à un exercice de tolérance. Comme disait Colette, « Il est sage de verser sur le rouage de l'amitié l'huile de la politesse délicate. » Par E.M. à Hong Kong Photo : 03/10/2021 Ville de Sai Kung, Péninsule de Sai Kung - ©Keih Saht Le Karaoké - Cheung kēi (唱K) La chanson de Kelly Chen (陳慧琳), « mh gwāan néih sih » (唔關你事) (Cela ne te regarde pas !) Paroles : https://www.kkbox.com/hk/tc/song/DYTDLz_7ri5YRn0D_E Musique : https://www.youtube.com/watch?v=tVreDgOoJso Lexique : Mh hóu yi si : Pardon, excusez-moi 唔好意思 Mh gōi : S’il vous plaît 唔該 Mh gōi saai : Merci (pour le service) 唔該嗮 Mh sái haak hei : Je vous en prie 唔駛客氣 Dō jeh saai : Merci beaucoup (pour le cadeau) 多謝嗮 Mh sái dō jeh : Je vous en prie. Pas besoin de remercier 唔駛多謝 Mh gwāan néih sih ! : Cela ne vous (te) regarde pas ! 唔關你事 Yáuh láih maauh : Avoir de bonnes manières, être poli 有禮貌 Mouh láih maauh : Être impoli, irrespectueux 冇禮貌 Mh hóu yi si, yiu néih bōng ngóh ! : Pardon d’avoir sollicité votre aide ! 唔好意思, 要你幫我 Bōng : Aider 幫 Daaih nàahm yahn : Être machiste, paternaliste à l'excès 大男人 Nàahm : L’homme, genre masculin 男 Daaih : Grand 大 Yàhn : L'homme, les gens 人 Hóu nàahn hōi háu : Il est fort embarrassant de s’exprimer sur cette question 好難開口 Háu : La bouche 口 Hōi : Ouvrir 開 Nàahn : Difficile 難 Hóu : Trés, bien 好 Baat daaht tūng kāat : Carte Octopus 八達通卡 La carte Octopus, carte de paiement électronique rechargeable acceptée dans une multitude d’enseignes de Hong Kong, dont les opérateurs de transport, se dit « Baat daaht tūng kāat », incluant le mot « Baat « (八), signifiant « huit », en guise de référence à la pieuvre (traduction de l’Anglais octopus) caractérisée par ses huit bras. Daaht : Intelligent, communiquer, atteindre 達 Tūng : Circuler, notifier 通 kāat : Carte 卡 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
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Février 2026
Mots-clés :
Expression cantonaise
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