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A Hong Kong, les bons comptes font les bons amis

5/8/2026

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EXPRESSION CANTONAISE : « Ngóh deih A A lā » - « Partageons l’addition ! »
Dans le panier de bambou encore tiède, il ne reste plus que l’un des quatre « sīu maaih » (燒賣), dimsum (dím sām, 點心) savoureux farci aux crevettes et au porc, couronné d’œufs de crabe. Sans demander votre permission, votre compagnon de déjeuner le dépose généreusement au fond de votre bol. « Sihk mh lohk » (食唔落) - « la nourriture ne descend plus, » prétexte-t-il usant de cette formule hongkongaise couramment employée pour décrire une « extrême satiété ». Vous aussi êtes « hóu báau » (好飽, mot à mot « bien plein ») - « complétement repu ». Gourmandise oblige, vous engloutissez la dernière bouchée du repas pantagruélique sans vous faire prier. L’addition arrive. Votre camarade gastronome confirme : « A A lā ». Vous renchérissez : « Cela pourrait même valoir un AAA, en l’occurrence un triple A. » Vous croyez qu’il s’agit de poster une note de recommandation – calquée sur le modèle de celles des agences de notation de crédits – dédiée aux réseaux sociaux du restaurant.
Au froncement de sourcils de votre accompagnateur, vous suspectez un malentendu. Souhaitant corriger le tir, vous persistez dans l’exploration de la piste la plus plausible à vos yeux. A quels mots Anglais le sigle « A A » se réfère-il ? : Vous avez remarqué que les Hongkongais ont l’habitude d’intégrer spontanément à leur Cantonais parlé des multitudes d’acronymes basés sur le langage britannique tels « OT » pour « overtime » (« heures supplémentaires »), « OL » pour « office ladies » (« femmes travaillant dans les bureaux »), etc. Il s’avère que vous êtes en train de faire fausse route. Votre ami vous révèle que, contre toute attente, l’expression n’a rien à voir avec la langue de Shakespeare. « A A » indique que « chacun paie A, finance une part égale à l’autre ». « Ngóh deih A A lā » (我哋 A A 啦) équivaut à « partageons l’addition ! » comme cela est généralement prévu au préalable.
Les règles de politesse hongkongaises concernant le règlement de la « máaih dāan » (買單, « addition, note à payer dans un restaurant ») sont conçues pour éviter tout quiproquo. La coutume est de spécifier clairement, en amont, comment les frais seront partagés, qu’il s’agisse d’un déjeuner, d’un dîner entre amis proches ou entre contacts professionnels. Dans ce cas de figure, quelques phrases introductrices adoucissant une formalisation potentiellement abrupte sont appréciées. L’initiateur d’un rendez-vous gourmet suggère par exemple « d’aller essayer ce restaurant » (去試呢間餐廳) - « heui si li gaan chāantēng »). C’est un peu « cher » (貴, « gwai »). Alors, « ngóh deih A A lā » !
En revanche, si le mot « chíng » (請), qui signifie « inviter en offrant », est employé, aucun retour en arrière n’est possible. Les destinataires d’une telle invitation mettront un point d’honneur à l’honorer non seulement parce qu’elle est gratuite, mais aussi et surtout pour « béi mihn » (俾面) - « valoriser, donner de la face » au bienfaiteur qui les convie. Suivant cette logique, un imposteur annonçant qu’il « chíng » sans honorer sa promesse fait perdre la face à ses invités. En guise de punition, il sera rayé définitivement de leurs tablettes. Où que l’on soit en Chine, au Nord, au Sud, à l’Ouest ou à l’Est, on ne badine pas avec le subtil concept de « béi mihn ». Le « b. a-ba » (« béaba ») pour ne point revenir bredouille en amitiés est de savoir quand couper la poire en deux.

Par E.M. à Hong Kong

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Photo : 31/03/2021  Stanley, Ile de Hong Kong - ©Keih Saht
Lexique :

« Ngóh deih A A lā ! » : « Partageons l’addition en parts égales ! »
我哋 A A 啦
Chíng :
Inviter en offrant
請
Máaih dāan :
L’addition, la note à payer dans un restaurant
買單
Gaai siuh :
Recommander, Introduire quelque chose à quelqu’un, suggérer
介紹
« Ngóh gaai siuh néih : « Je vous suggère »
我介紹你
Gwai :
Cher, onéreux
貴
Béi mihn :
Donner de la face
俾面
Sihk mh lohk :
Extrême satiété
食唔落
Sihk :
Manger
食
Mh :
Expression de la négation
唔
Lohk :
Descendre
落
Hóu báau :
Être complétement repu
好飽
Hóu :
Bien, très
好
Báau :
Satisfait, plein, à satiété
飽
Dím sām :
Dimsum
點心
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A Hong Kong, on ne compare pas des pistaches et des cacahuètes

4/15/2026

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EXPRESSION CANTONAISE : « Hōi sām gwó » - « Quelqu'un à la joie de vivre communicative »
Vous franchissez le seuil de la salle privée réservée pour la soirée. Le thé « Pu-erh » (« Póu léi chàh », 普洱茶) a été servi. Personne encore n’a songé à ouvrir de bouteille de vin. Quelques notes de conversations poussives bruissent en sourdine. On dirait que les tracas du bureau ont accompagné les invités qui conservent leur mine sévère de bourreau de travail. Comme un charme rompant le sortilège de l’ennui, votre entrée en scène fait sensation. D’un coup, les visages crispés se détendent, s’irradient d’allégresse. « Enfin ! Voici notre « hōi sām gwó ! » (開心果) » s’exclame un hôte. Constatant votre air mi-contrarié mi-perplexe, ce dernier vous explique qu’il ne s’agit point d’une insulte, au contraire : Certes, « hōi sām gwó » peut signifier « pistache, » la drupe délicieuse à chair verte que vous connaissez bien en qualité de fine bouche. Or, suivant le contexte, la combinaison de ses trois caractères 開, 心 et 果 s’emploie pour décrire « les personnes à la joie de vivre communicative qui apportent de la gaité naturellement, » celles qui sont dotées d’un enthousiasme irrésistible. La pistache est le fruit du bonheur. Mot à mot, « gwó » (果) se traduit pas « fruit » et « hōi sām » (開心) par « joyeux ». Cet adjectif est composé de « hōi » (開) signifiant « ouvrir » et de « sām » (心) représentant le « cœur ».
Attention à ne pas confondre les pistaches avec les « cacahuètes » - « fā sāng » (花生) ! Si savourer des pistaches est toujours honorable (à moins d’en engloutir une quantité inconsidérée), en revanche, « avaler des cacahuètes » « sihk fā sāng » (食花生) laisse parfois à désirer. A Hong Kong, « le mangeur d’arachide » surnommé également le « fā sāng yáu » (花生友) n’est autre qu’un voyeur ou une oreille indiscrète. Ce dévoreur de commérages piochés par tout moyen se nourrit autour de lui et sur les réseaux sociaux. La devise de cet énergumène qui se délecte de faits cocasses est de ne jamais intervenir, surtout en cas de danger. Selon l’humeur, il prendra la peine de diffuser le ragot récolté, habillé en anecdote juteuse. A l’image de ce passager du métro hongkongais signalant en ligne, photo à l’appui, « qu'une personne portant un chapeau a transporté une bonbonne de gaz sous pression dans une rame, » sans que personne ne réagisse ni ne songe à déplacer l’objet en lieu sûr. Ce fait divers ne vaut peut-être pas une cacahuète : Les journaux qui se sont penchés sur l’affaire n’ont pas réussi à en vérifier la source. Quoi qu’il en soit, cette délation anonyme a contribué à un vif débat entre internautes.
Au Port au Parfum, l’expression « fā sāng yáu » est aussi à la mode que péjorative.  « Yáu » équivaut au mot Français « mec ». Marque d’humour Cantonaise, son classificateur grammatical est « tìuh » (條) désignant ce qui est long, étroit et déplaisant. Maintenant que vous êtes prévenu, éloignez-vous des vulgaires provocateurs qui vous traitent de « tìuh yáu ! » (« type ! »). Tendez bien l’oreille toutefois. Ne tombez pas dans le piège de mélanger le vulgaire « yáu » avec l’aimable « yáuh » de « pàhng yáuh » (« l’ami », 朋友) qui, phénomène déroutant, s’écrit avec le même caractère. Seule une ouïe bien entraînée évite de mélanger les torchons et les serviettes.


Par E.M. à Hong Kong
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Photo : 14/04/2026 La boulangerie Kee Wah Bakery, Wan Chai - ©Keih Saht Le
Fondée à Hong Kong en 1938, la chaîne de boulangerie Kee Wah confectionne les pâtisseries traditionnelles du Port au Parfum (dont nombre de friandises à base de cacahuètes).

Lexique :
Póu léi chàh : Le thé Pu-erh
普洱茶
Hōi sām gwó :  
La pistache, quelqu'un à la joie de vivre communicative
開心果
Hōi sām :
Joyeux, bonheur
開心
Gwó :
Le fruit
果
Sām :
Le cœur
心
Sām léih gihn hōng :
La santé mentale
心理健康
Sām léih :
La psychologie
心理
Gihn hōng :
La santé
健康
Fā sāng :
La cacahuète
花生
Fā :
La fleur
花
Sāng :
Être né, la vie
生
Sihk fā sāng :
La commère, le collectionneur de potins, le dévoreur de ragots
食花生
Sihk :
Manger
食
Fā sāng yáu :
Le voyeur, l’oreille indiscrète (péjoratif)
花生友
Yáu :
Le mec, le type (familier)
友
Tìuh yáu :
Un mec, un type (familier)
條友
Pàhng yáuh :
L’ami
朋友

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A Hong Kong, les animaux brouillent les cartes

4/9/2026

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EXPRESSION CANTONAISE : « Baahn jyū sihk lóuh fú » - « Se déguiser en cochon pour dévorer le tigre »
Le train à grande vitesse s’éloigne de la gare de Hong Kong West Kowloon (WEK, « Hēung góng sāi gáu lùhng », 香港西九龍站). Cette fois, votre embarquement pour Canton s’est déroulé comme sur des roulettes. Grâce à votre nouveau permis d’entrée en Chine continentale dédié aux résidents permanents de Hong Kong non Chinois - « Mainland Travel Permit for Hong Kong and Macao Residents (for Non-Chinese Citizens), « Góng ou gēui màhn wóhng lòih noih deih tūng hàhng jing (fēi jūng gwok jihk) », 港澳居民往來內地通行證(非中國籍)- vous n’avez pas eu à faire la queue au comptoir de contrôle des frontières ni à remplir de formulaire d’entrée. Vous souriez de satisfaction en calculant le temps que vous venez de gagner. Par manie, vous allumez votre téléphone portable pour parcourir les messages qui viennent d’arriver. Vous remarquez que le voyant de la batterie de l'engin dont vous être inséparable indique qu’il lui reste moins de dix pour cent d’autonomie. Vous cherchez son chargeur. En vain. Vous avez oublié de l’emmener ! De rage, vous vous exclamez « sòh gang gang ! (傻更更) pour « quelle tête de linotte ! » ou « quelle idiote ! »  Notons que le degré de dénigrement inhérent à cette expression monte d’un cran dès lors qu’elle cible quelqu’un d’autre : Vous prêtant sa batterie de poche, l’amie serviable qui vous accompagne vous réplique que s’il existe quelqu’un de « sòh gang gang », de « complétement stupide, dénué d’intelligence, » ce n’est point vous. C’est plutôt la nouvelle recrue du club d’affaires dont vous êtes membres.
Vous ne partagez pas cette analyse. D’après vos observations, la personne citée cache son jeu. En réalité, cette dernière « baahn jyū sihk lóuh fú » (扮豬食老虎), « prétend d’être un cochon afin de dévorer le tigre. » « Baahn » signifie « feindre » et « sihk, » « manger ». « Jyū » se traduit par « cochon. » « Lóuh fú » est le « tigre, la tigresse » présents dans les Nouveaux Territoires de Hong Kong jusque dans les années 50. Les individus qui « baahn jyū sihk lóuh fú » ne cachent pas leurs compétences par timidité mais pour arriver à leurs fins. Ces stratèges masqués travaillent d’abord à donner un sentiment de sécurité avant de lancer, au moment adéquat, une attaque surprise pour avaler, ni une ni deux, le félin endormi. Les « baahn jyū sihk lóuh fú » sont des êtres sournois dont il faut se méfier. « Mouh seun ! » (唔信) dira-t-on en Cantonais, pour « il ne faut pas faire confiance ! ».
Après avoir personnifié le cochon puis croqué le roi de la jungle, il ne reste plus qu’à tester la puissance de son pouvoir en « jí luhk wàih máh » (指鹿為馬), à « montrer un cerf puis prétendre que c’est un cheval. »  Ce stratagème consiste à déformer délibérément une vérité afin de repérer ses opposants - ceux qui oseraient mettre en doute le mensonge énoncé - puis à les éliminer. Cet idiome ancien se réfère au règne du deuxième empereur de la dynastie des Qin (de 210 à 207 avant Jésus Christ), appelé « Qin Er Shi » (秦二世, en Cantonais, « Chèuhn Yih Sai »). Les « Mémoires du Grand Historien » (« Shǐjì » 史記, en Cantonais « Sígei »), écrites par l’historien Sima Qian (司馬遷), racontent qu’à cette époque, en voulant éprouver l’obéissance des ministres, le chancelier Zhao Gao (趙高) présenta un cerf à la cour en racontant qu’il s’agissait d’un cheval. Croyant à une plaisanterie, l’empereur interrogea les membres de son gouvernement. Ceux qui craignaient l’homme d’influence rusé affirmèrent voir un destrier. Les quelques obstinés qui s’entêtèrent à reconnaître l’animal à bois furent assassinés. Conclusion, mieux vaut se faire passer pour un cochon plutôt que de s’en aller en eau de boudin.

Par E.M. à Hong Kong 
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Photo : 16/05/2021 Un sanglier se promenant sur la route longeant l’une des plages de Clear Water Bay - ©Keih Saht Le
Lexique
« Baahn jyū sihk lóuh fú » : « Se déguiser en cochon pour dévorer le tigre », « Cacher son jeu »
扮豬食老虎
Baahn :
Prétendre, feindre, se faire passer pour
扮
Jyū :
Le cochon
豬
Sihk :
Manger
食
Lóuh fú :
Le tigre, la tigresse
老虎
« Sòh gang gang » :
« Vraiment stupide ! »
傻更更
Dans le cadre de cette expression, « gang gang » n’a pas de signification particulière. La répétition de « gang » est simplement une astuce phonétique destinée à accentuer le sentiment d’agacement.
Sòh :
Stupide, idiot, naïf, sot
傻
 « Mouh seun ! » :
« Ne pas faire confiance »
唔信
Seun :
La confiance, faire confiance
信
« Jí luhk wàih máh » :
« Montrer un cerf puis prétendre que c’est un cheval. »  « Présenter un cerf pour un cheval. » 
指鹿為馬
Jí :
Montrer, pointer
指
Luhk :
Le cerf
鹿
Wàih :
Pour
為
Máh :
Le cheval
馬
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A Hong Kong, la réussite prend l’allure d’une canne à sucre

4/3/2026

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EXPRESSION CANTONAISE : « Dihm gwo lūk je ! » - « Succès sans encombre ! »
Midi pile, Art Central, la foire hongkongaise d’art contemporain dédiée aux galeries prometteuses, ouvre ses portes. Les collectionneurs et amateurs de la première heure présentent le code barre de leur invitation aux hôtesses d’accueil. Souriantes, celles-ci leur remettent un sac de toile mode, égayé de trois bandes de couleurs orange, blanche et rose masquant aux trois quarts un fond noir tamponné des logos du salon et de son partenaire principal. Munis de cet accessoire de bienvenue adapté au port en bandoulière, les visiteurs pénètrent dans l’immense chapiteau installé sur le front de mer (« Harbourfront ») du quartier Central de l’Ile de Hong Kong.
La première invitée arrive à votre stand, un visage rieur que vous connaissez de longue date. Ravie de ce geste d’amitié, vous vous empressez de l’accueillir. Vous lui présentez avec fierté la sélection éclectique des œuvres d’artistes chinois et européens que vous promouvez. Votre enthousiasme est contagieux. Conquise, votre amie radieuse vous souhaite « Dihm gwo lūk je ! » (掂過碌蔗) littéralement « mieux fait qu’une canne à sucre ! ». Il se peut qu’à première vue (ou écoute), le lien entre la plante sucrière et la tenue de votre exposition ne vous saute guère aux yeux. Pour le saisir, le décorticage de cette expression imagée à référence bucolique, employée essentiellement par les Hongkongais, s’impose.
Le mot Dihm (掂) provient de l’exclamation typiquement cantonaise « Gáau dihm ! » (搞掂) signifiant « C’est fini ! » exprimant le soulagement, la joie d’avoir achevé un travail. « Gwo » joue ici le rôle d’adverbe de comparaison. Il est suivi de « lūk, » le classificateur grammatical utilisé pour désigner ce qui est à la fois dur et long, étroit, en forme de bâton, à l'instar de la « je » qui désigne la canne à sucre. Justement, c’est dans son allure droite et allongée que réside la clé de l’énigme « Dihm gwo lūk je ! ». Cette évocation appelle de ses vœux une réussite sans accrocs, sans détours, sans rencontrer d’embûches le long du chemin menant au succès, à l’image des hautes tiges du végétal cité, aussi robustes que longilignes.
Cultivée en grande quantité dans le sud de la Chine, la « je » est très populaire à Hong Kong, au moins autant que la finalisation victorieuse d’un projet. Son jus au goût caramélisé fait le bonheur des dents sucrées tout en rafraîchissant le palais et l’organisme de ceux qui supportent mal l’inéluctable imprégnation de l’humidité tropicale : S’installant aux premières heures du printemps, l’atmosphère moite provoque un phénomène de chaleur corporelle excessive appelé « yiht hei » (熱氣, « air chaud »). La médecine chinoise traditionnelle traduit plutôt ce terme par « accumulation de chaleur interne, » causant un déséquilibre coupable de déclencher de multiples symptômes gênants, dont des maux de gorge, de l'acné, etc. Par souci de prévention, soucieux « d’évacuer le trop plein de leur humidité interne » (« heui sāp », 去濕), les habitants de Hong Kong ont l’habitude de boire sans modération les fameuses « lèuhng chàh » (涼茶). Ces « tisanes désaltérantes » aux vertus détoxifiantes, concoctées pour rafraîchir plaisamment, s’avèrent en outre moins amères que les potions d’herbes préparées par les médecins chinois traditionnels. Comme en France où l’on garde une poire pour la soif, dans la région de Canton, on met de côté une canne à sucre pour se désaltérer.
 
Par E.M. à Hong Kong 

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Photo : 21/03/2026 Marché de la ville de Daguan, Chine - ©Keih Saht Le
A Hong Kong, malgré un climat tropical favorable, la culture de la canne à sucre à des fins commerciales demeure marginale. Pourtant, son jus y est très populaire.

 
Lexique
« Dihm gwo lūk je ! » :
« Succès sans rencontrer d’embûches ! »
掂過碌蔗
Gáau dihm ! :
C’est fini !
搞掂
Gwo :
Adverbe de comparaison
過
Lūk :
Classificateur grammatical utilisé pour désigner ce qui est à la fois dur et long, étroit, en forme de bâton.
碌
Je :
La canne à sucre
蔗
Tòhng :
Le sucre
糖
Je tòhng :
Le sucre de canne
蔗糖
Yiht hei :
Phénomène de chaleur corporelle excessive
熱氣
Yiht :
Chaud
熱
Hei :
L’air
氣
Heui sāp :
Evacuer le trop plein d’humidité interne (de l’organisme)
去濕
Heui :
Aller
去
Sāp :
L’humidité
濕
Lèuhng chàh :
Tisanes désaltérantes et détoxifiantes conçues pour lutter contre les effets indésirables de l’humidité.
涼茶
Lèuhng chàh pou :
Echoppe vendant les « lèuhng chàh »
涼茶舖
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Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
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A Hong Kong, on n’apprend pas à un vieux cheval à faire des grimaces

2/13/2026

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EXPRESSION CANTONAISE : « Yùhn ngàaih lahk máh » - « Retenir sa monture à flanc de ravin »
Votre téléphone mobile vibre. Vous ne reconnaissez pas le numéro qui appelle, passé entre les mailles du filet de « Call Guard » (« Gardien d’appel »), l’application de votre opérateur téléphonique hongkongais configurée pour bloquer les appels masqués et frauduleux. Intriguée, vous décrochez. Au bout du fil, une voix masculine suave et enjouée met en confiance. Elle raconte avec aplomb qu’aujourd’hui est votre jour de chance. Un poste, comme conçu sur mesure pour vous, vient de se libérer. La rémunération est attrayante, les collaborateurs de l’entreprise sont aussi dynamiques que sympathiques. C’est certain, en les rejoignant, vous vous épanouirez. L’occasion est à saisir maintenant ou jamais. Le conte est trop beau pour être vrai mais vous vous autorisez à y rêver pendant quelques secondes. Maintenant, la voix, qui n’a eu de cesse de s’affirmer au fur et à mesure de son exposé, vous ordonne de lui envoyer une copie de votre carte d’identité. Au même instant, des cris stridents retentissent. Survolant le groupe d’immeubles qui vous entourent, un cacatoès soufré à huppe jaune (« Síu kwàih fā fuhng tàuh yīng móuh », 小葵花鳳頭鸚鵡) est en train de rameuter ses congénères. Pour ces perroquets sauvages citadins de Hong Kong, le crépuscule sonne l’heure de regagner les nids dans les kapokiers (« Cotton tree », muhk mìhn, 木棉). Tombé du ciel, ce son de cloche primitif résonne comme un avertissement.
Réveillé à la réalité, vous clôturez la conversation à l’aide du premier mensonge qui vous vient à l’esprit - « Je ne cherche pas d’emploi, je suis à la retraite » - et raccrochez d’un coup sec. En réfléchissant à ce qui vient de se produire, vous dressez le parallèle avec certaines des fraudes défrayant la chronique. Par exemple, de jeunes Hongkongais sont recrutés mensongèrement pour travailler en Thaïlande puis, dès qu’ils y atterrissent, sont trafiqués dans des camps (appelés « scam farms », « fermes à arnaque ») de Myanmar (Birmanie) transformés en centres d’appels. Menacés de torture, les prisonniers sont contraints d’escroquer à la chaîne des listes de cibles.
En ce qui vous concerne, soulagée de ne pas être tombée dans le piège tendu, vous vous exclamez « yùhn ngàaih lahk máh ! » (懸崖勒馬). Vous avez su « retenir de justesse votre cheval, qui vient d’arriver au bord du précipice. » « Yùhn ngàaih » se traduit par « ravin, abîme » et « lahk máh » par « brider, arrêter, retenir son cheval. » Vous avez stoppé votre monture juste à temps, avant de tomber dans le gouffre. En reconnaissant que vous alliez dans la mauvaise direction, le danger a pu être évité in extremis. Vous l’avez échappé belle.
Après tout, « on n'apprend pas à un vieux singe à faire des grimaces. » Notons qu’au Port au Parfum, bien qu’ils s’y trouvent en grand nombre dans certains parcs protégés - au monastère des Dix Mille Bouddhas de Sha Tin (Sā Tìhn, 沙田) ou à Kam Shan Country Park « Gām Sāan gāau yéh Gūng yùhn » (金山郊野公園), Monkey Hill « Máh lāu Sāan » (馬騮山) notamment - les macaques sont remplacés par les chevaux. C’est ainsi qu’en Cantonais, on dit « le vieux cheval connaît la piste, » « lóuh máh sīk tòuh » (老馬識途) avec « lóuh » pour « âgé, vétéran », « máh » pour « cheval », « sīk » pour « savoir, connaître, avoir appris » et « tòuh » pour « route, itinéraire ». Le destrier expérimenté a parcouru tant de chemins qu’il n’a plus besoin de cavalier pour le guider. Afin d’arriver à bon port sans être pris dans un traquenard, les ancêtres rusés conseillent la compagnie d’un mentor qui « connaît la musique ».  Grâce à lui, vous n’aurez même plus à « yùhn ngàaih lahk máh ».
 
Par E.M. à Hong Kong
 
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Photo : 13/02/2026 Landmark, Central - ©Keih Saht Le
Décoration animée au cœur du centre commercial du Landmark, à l’occasion de la nouvelle année chinoise du cheval.

Quelques formules de vœux pour l’année du cheval :
« Jūk néih » : « En vous souhaitant de »
祝你
« Máh seuhng faat chòih » :
« Fortune immédiate ! »
馬上發財
Mot à mot, « máh seuhng » se traduit « sur le cheval, à cheval, » sous-entendant, « rapidement » prenant le sens de « immédiatement ». « faat chòih » indique « devenir riche. »
« Yāt máh dōng sīn » :
« Soyez le champion ! »
一馬當先
« Máh dou gūng sìhng » :
« Réussite immédiate, éclatante et sans accroc ! »
馬到功成
L’arrivée des chevaux (« máh dou ») conduit à la victoire (« gūng sìhng »), en référence aux anciennes victoires militaires remportées lorsque les destriers arrivaient sur les champs de batailles.
« Lùhng máh jīng sàhn » :
« Bonne santé et vitalité ! »
龍馬精神
Le dragon cheval (« lùhng máh ») est plein d’énergie (« jīng sàhn »).  La créature dragon-cheval est réputée disposer de l’esprit vigoureux d'un ancien combiné à un tonus à revendre.


Quelques formules de vœux souhaitées à chaque nouvelle année chinoise :
« Gūng héi faat chòih ! » :
« Vœux de fortune ! »
恭喜發財
« Sān tái gihn hōng » : «
 Soyez en bonne santé ! »
身體健康
« Daaih gāt daaih leih » :
« Vœux de bonne chance ! »
大吉大利
« Sām séung sih sìhng » :
« Que tous vos souhaits se réalisent ! »
心想事成
« Gūng jok seuhn leih » :
« Que le travail soit fructueux et harmonieux ! »
工作順利


 Lexique :
« Yùhn ngàaih lahk máh » :
« Retenir son cheval à flanc de ravin », « y échapper belle »
懸崖勒馬
Yùhn ngàaih :
Le ravin, le précipice, l'abîme, le gouffre
懸崖
Lahk máh :
Brider, arrêter, retenir son cheval
勒馬
Máh :
Le cheval
馬
Síu kwàih fā fuhng tàuh yīng móuh :
Cacatoès à huppe jaune de Hong Kong
 小葵花鳳頭鸚鵡
Muhk mìhn :
Le kapokier (« arbre à coton ») 
木棉
Máh lāu Sāan :
La Montagne des singes (de Hong Kong)
馬騮山
Sāan :
La montagne
山
Máh lāu :
Terme affectueux pour parler d’un singe, ou employé pour appeler quelqu’un gentiment.
馬騮
« Lóuh máh sīk tòuh » :
« Le vieux cheval connaît le chemin »
老馬識途
 Lóuh :
Vieux, âgé, vétéran
老
 Sīk :
Savoir, connaître, avoir appris 
識
Tòuh :
La route, l’itinéraire, le chemin
途

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A Hong Kong, la vie se court au galop à bride abattue

2/6/2026

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EXPRESSION CANTONAISE : « Kèh ngàuh wán máh » - « Monter un bœuf, chercher un cheval »
Attablé au nouveau café à la mode ouvert depuis quelques jours dans la rue Wellington (Wellington Street, Wāi lìhng deuhn gāai,威靈頓街), vous vous épanchez sur vos malheurs professionnels auprès d’un ami Hongkongais. Tandis que celui-ci, placide, sirote avec délectation son « Super creamy vanilla matcha latte » (thé vert moulu aux extraits de vanille, mélangés à du lait de noix de coco à l’origine de l’effet crémeux sensationnel), vous énumérez vos doléances. Vous vous plaignez d’une répartition illogique des tâches, d’une coordination inexistante entre les divers services, de la désorganisation de la hiérarchie, de la stagnation de salaire sans perspective de bonus, etc. Vous reprenez votre souffle, jetez un coup d’œil à vos voisins de table. Afin que ces derniers n’entendent pas la suite de vos propos, vous chuchotez : « En même temps que l’exercice de votre poste actuel, vous êtes en quête d’un nouvel emploi ! »  Guère impressionné par la révélation de votre secret, votre interlocuteur se lèche les babines ostensiblement, occupé à prolonger le plaisir de la dégustation de sa boisson verte. Arrivé au bout, constatant qu’il n’y a plus rien à en retirer, il en ôte la paille nonchalamment. Il hausse les épaules en guise de réveil au souvenir de votre présence puis résume votre situation tout de go : « kèh ngàuh wán máh » (騎牛搵馬) soit « monter un bœuf, chercher un cheval », avec « kèh » pour « monter, chevaucher », « ngàuh » pour « bœuf, vache », « wán », pour « chercher, dénicher », et « máh » pour « cheval ». Tout en trottinant avec votre monture existante, vous cherchez un destrier capable de galoper.

Signifiant que toutes les options sont ouvertes, cet idiome très courant de Hong Kong s’utilise souvent dans le cadre du travail. La flexibilité est une caractéristique du marché de l’emploi hongkongais, peu coutumier de la fidélité à l’employeur. Non parce que les employés sont exagérément ambitieux – même si la culture de la compétition demeure prégnante – mais parce que, dans un monde où les filets sociaux sont minces, nécessité fait loi. En fin de mois, il faut pouvoir payer les factures, dont les dépenses de logement connues pour avaler une grande partie des revenus des ménages locaux. Plus rarement, « kèh ngàuh wán máh » s'emploie aussi pour illustrer la prospection amoureuse à tout crin, la recherche sans état d’âme d’un autre petit ami (ou d’une autre petite amie) susceptible d’être plus conforme à ses rêves.
 « Monter un bœuf, chercher un cheval » sous-entend que ce qui est plus rapide est mieux. Ce n’est pas toujours vrai, en conviennent les Cantonais. Ils admettent que tout effectuer à la hâte peut provoquer de la négligence. Ils ironisent « jáu máh, hon fā » (走馬看花), mot à mot « cavaler à cheval, regarder les fleurs. » Cette image décrit le passage d'un endroit à l’autre à vive allure sans prendre le temps d’observer les détails, d’inspecter, ni d’assimiler. Ceci caractérise, par exemple, les voyages touristiques organisés au pas de course n’offrant qu’une vision superficielle des lieux visités. Au sens figuré, l’expression signifie jeter un coup d’œil rapide, sans chercher à comprendre l’essence des choses.
Malgré cette critique moqueuse de la superficialité, à Hong Kong, se hâter, agir sans délai, est autant une habitude qu’un talent prisé. (Lire : https://www.keihsahtle.com/accueil/a-hong-kong-la-celerite-en-toutes-choses) La réussite y est réputée résulter de la vélocité, comparable à la célérité d’un pur-sang en plein élan. Aussi, afin d’adresser des vœux de succès à vos amis, souhaitez leur d’être « yāt máh dōng sīn » (一馬當先), « un cheval champion ». « Yāt máh » correspond à « un cheval » et « dōng sīn » à « arriver en tête ». A dire sans modération, surtout à l’occasion de la Nouvelle Année du Cheval qui approche au grand galop.


Par E.M. à Hong Kong
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Photo : 30/01/2026 Admitalty, Two Pacific Place - ©Keih Saht Le
Vœux pour la Nouvelle Année du Cheval :

« Jūk néih » : « En vous souhaitant de »
祝你
« Yāt máh dōng sīn » :
« Soyez le champion ! »
一馬當先
« Máh dou gūng sìhng » :
« Réussite immédiate, éclatante et sans accroc ! »
馬到功成
Littéralement : L’arrivée des chevaux (« máh dou ») conduit à la victoire (« gūng sìhng »), en référence aux anciennes victoires militaires remportées lorsque les destriers arrivaient sur les champs de batailles.
« Lùhng máh jīng sàhn » :
« Bonne santé et vitalité ! »
龍馬精神
Littéralement : Le dragon cheval (« lùhng máh ») est plein d’énergie (« jīng sàhn »).  La créature dragon-cheval est réputée disposer de l’esprit vigoureux d'un ancien, combiné à un tonus à revendre.


Lexique :
Kèh :
Monter, chevaucher
騎
Ngàuh :
Le bœuf, la vache
牛
Wán :
Chercher, dénicher
搵
Máh :
Le cheval
馬
Jáu :
Aller
走
Jáu máh :
Cavaler, monter à cheval
走馬
Hon :
Regarder, voir
看
Fā :
La fleur
花
Yāt :
Un, le premier
一
Sīn :
D’abord, en premier, pour commencer
先
Dōng Sīn :
Dans les premiers rangs, en tête
當先

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A Hong Kong, le 7 combiné au 8 évoque le désordre

1/23/2026

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EXPRESSION CANTONAISE : « Sēung gin hóu, tùhng jyuh làahn » - « Agréable de se rencontrer, difficile de vivre ensemble »
A votre grande surprise, pendant les vacances de Noël, la cohabitation inédite avec vos beaux-parents sous un même toit s’est avérée terriblement pénible. Tant que vous les voyiez à l’extérieur de chez vous, au restaurant, au spectacle ou à l’hôtel, les relations étaient au beau fixe. Aujourd’hui, vous êtes désappointé, à bout de nerf après une lutte sans merci de quinze jours avec votre belle-famille afin de sécuriser, en vain, une zone de tranquillité dans votre cocon douillet transformé en champ de bataille. Vous vous plaignez de cette expérience éreintante auprès de votre confident Hongkongais qui vous invite à en tirer l’enseignement suivant : « Sēung gin hóu, tùhng jyuh làahn » (相見好,同住難), « Il peut être agréable de se rencontrer mais difficile de vivre ensemble. » Cet adage vaut autant pour la famille que pour les bons camarades. Les voyages entre amis ne finissent pas toujours bien. Combien d’amitiés ont-elles été rompues à cause de l’ignorance de la combinaison de ces six mots : « Sēung gin » pour « se rencontrer », « hóu » pour « bien », « tùhng jyuh » pour « habiter ensemble » et « làahn » signifiant « difficile ».
Il n’y a pas plus grand révélateur de manies que la vie commune. Si vous êtes un maniaque du rangement, évitez, par exemple, de partir en congés avec une personne naturellement désordonnée. Las de récriminer silencieusement, un « lyuhn chāt baat jōu » (亂七八糟) soit « quel désordre ! » ou « quel bazar ! » pourrait vous échapper à voix haute. « Lyuhn » se traduit par « désordre » ou par « chaos », « chāt » par « sept » (七), « baat » par « huit » (八) et « jōu » par « pourri, complètement fichu ». L’introduction des chiffres 7 et 8 entre « Lyuhn » et « jōu » référerait à deux guerres civiles de l’histoire ancienne de la Chine. Le 7 évoquerait la « Rébellion des sept royaumes » (ou la « Révolte des sept rois ») contre l'empereur Han Jingdi en l’an 154 avant Jésus Christ. Le 8, quant à lui, désignerait la « Guerre des huit princes » marquée par une série de conflits entre 291 et 306 après Jésus Christ. Provoqués par la soif de pouvoir de l'impératrice Jia Nanfeng, ces affrontements sont réputés pour avoir contribué à l’affaiblissement de la dynastie Jin. Après lecture de ces explications historiques, l’insertion du 7 et du 8 entre « lyuhn » et « jōu » prend tout son sens. Son objectif serait de montrer l’existence d’un lien entre fouillis, désobéissance et bagarre. Cela dit, en cas d’extrême urgence de remédier à la pagaille ambiante, on peut faire mouche avec concision en omettant le 7 et le 8 : On s’exclamera « Lyuhn jōu jōu ! » (亂糟糟) tout en forçant l’accentuation sur le second « jōu ! ». Diriger son énergie sur la prononciation de ce dernier mot peut éventuellement soulager une patience mise à rude épreuve.
Quoi qu’il en soit, au lieu de tirer à boulet rouge sur vos compagnons incompatibles - alors que, finalement, il pourrait n’y avoir que maille à partir -, sans doute vaut-il mieux modifier ses plans de vacances ou prendre la poudre d’escampette.


Par E.M. à Hong Kong
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Photo : 01/12/2021 Vue du WM Hotel, Sai Kung - ©Keih Saht Le
Nettoyage de printemps :
A propos de rangement, l’heure du « sái laaht taat » (« grand nettoyage de l’année ») approche (Lire : https://www.keihsahtle.com/accueil/a-hong-kong-le-nettoyage-de-printemps-fait-place-au-renouveau). Cette année le « lìhn yah baat » (« 28ième jour du dernier mois de l’année chinoise ») sera le 15 février 2026. La nouvelle année du Cheval débutera le 17 février 2026.

Lexique :
Sēung gin: Se rencontrer, se voir, se retrouver
相見
Hóu :
Bien, agréable, bon
好
 Tùhng jyuh :
Vivre, habiter ensemble
同住
Làahn :
Difficile, pénible
難
Lyuhn :
Désordre, fouillis, capharnaüm, chaos
亂
Chāt :
Sept
七
Baat :
Huit
八
Jōu :
Pourri, fichu, de mauvaise qualité
糟
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A Hong Kong, les voyages forment la jeunesse

1/16/2026

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EXPRESSION CANTONAISE : « Lohk yihp gwāi gān » - « Les feuilles qui tombent retournent à leur racine »
Rompu à l’exercice du réseautage, vous participez au cocktail de clôture du salon « Revival » (« Renouveau ») qualifié de vitrine asiatique incontournable des nouvelles technologies dédiées au bien-être des personnes âgées. Tandis que vous stationnez près de la partie occidentale du buffet international, vous en profitez pour nouer connaissance. Intrigué par votre capacité à balbutier un peu plus qu’un mot de cantonais, votre compagnon de dégustation de canapés au fromage vous demande de confirmer que vous êtes bien un « faat gwok yàhn » (« Français ») et depuis combien d’années vous vivez à Hong Kong. Après avoir écouté votre réponse, celui-ci s’enquiert du lieu envisagé pour votre retraite : « Au Port au Parfum ou ailleurs ? » Notant votre hésitation, il vous décoche un sourire puis déclare « lohk yihp gwāi gān » (落葉歸根), « les feuilles qui tombent retournent à leur racine. » Selon cette métaphore poétique, l’homme vieillissant qui a vécu plusieurs décennies à l’étranger a l’habitude de regagner sa maison ancestrale. Composé de « lohk » pour « tomber », de « yihp » pour « feuille », et de « gwāi gān » pour « revenir à l’origine, retourner à la racine », ce proverbe découlerait des anciens textes bouddhiques relatifs à la déesse de la compassion, Guanyin (Gūn yām, 觀音), enseignant que chaque chose revient à son principe originel (« feuille qui tombe retourne à sa racine »).
Transformé en dicton populaire, « lohk yihp gwāi gān » inspire toujours penseurs et artistes. En 2007 par exemple, l’acteur et chanteur Wang Leehom (王力宏) en a fait le titre d’une chanson d’amour. Depuis, le troubadour des temps modernes est devenu l’une des plus grandes stars de la scène Pop chinoise (C-Pop) à renommée mondiale. Elon Musk lui-même a qualifié (par réseau social interposé) d’impressionnante sa chorégraphie dansante révélée à Chengdu (le 18/12/2025) en compagnie de robots gymnastes parfaitement synchronisés.
Pour en revenir à l’inéluctable retour aux sources prédit par les sages d’Orient, à quoi bon partir, s’il faut toujours revenir ? Parce que « les voyages forment la jeunesse » assure Montaigne qui fut aussi philosophe que voyageur. Cet enthousiasme pour l’exploration est entièrement partagé par les Cantonais qui affirment « duhk maahn gyún syū, hàahng maahn léih louh » (讀萬卷書,行萬里路), « lire 10 000 livres, parcourir 10 000里 (5 000 km) ». Selon cet idiome, la lecture est nécessaire mais il faut aussi voyager pour acquérir une expérience pratique. La découverte d’autres contrées complète la formation de l’esprit ou, selon le nombre de nos années vécues, continue de l’aiguiser. Effectivement, nulle part n’est écrit qu’il y a un âge limite pour cesser de parcourir le monde. Pourquoi donc mettre un terme à nos pérégrinations avant que le mystère de notre quête n’ait été résolu, que ce soit à l’automne, lorsque les arbres s’effeuillent, ou au printemps, lorsqu’ils verdissent.


Par E.M. à Hong Kong
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Photo : 10/01/2025 Hospital Road, Sai Ying Pun - ©Keih Saht Le
Les racines profondes des Banians s'accrochent aux murs de la ville.

Lexique :
Faat gwok : France
法國
Faat gwok yàhn :
Français (e)
法國人
Yàhn :
L’homme, la personne
人
Lohk :
Tomber, descendre
 落
Yihp :
La feuille (d’arbre, de plante)
葉
Gwāi :
Rentrer, retourner
歸
Gān :
Origine, racine, source
根
Duhk :
Lire
讀
Maahn :
10 000
萬
Gyún :
Unité de mesure pour un rouleau
卷
Syū :
Le livre
書
Hàahng :
Marcher, aller
行
Léih :
Unité de mesure égale à 500 mètres
里
Louh :
La route, la rue, le chemin
路

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A Hong Kong, les « tōng yún » réchauffent les jours les plus courts

12/9/2025

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EXPRESSION CANTONAISE : « dūng daaih gwo nìhn » - « Le solstice d’hiver est plus important que la nouvelle année »
Tandis que vous rêvez du chapon aux morilles, à la bûche aux marrons servis à Noël ou au foie gras du réveillon de la Saint-Sylvestre, les Hongkongais songent aux « tōng yún » (湯圓), symboles de bonheur et de retrouvailles. Savourées par paires, ces boules de riz gluant classiquement fourrées à la crème de sésame, plongées dans une soupe au sirop de gingembre, réchauffent le corps et le cœur des habitants du Port au Parfum habitués à fêter en famille le solstice d’hiver. Cette année, celui-ci aura lieu le 21 décembre (à 11 heures du soir heure de Hong Kong), coïncidant cette fois avec le début de l’hiver selon le calendrier Grégorien.
« Dūng daaih gwo nìhn » (冬大過年), « le solstice d’hiver est plus important que la nouvelle année, » dit-on dans la région de Canton en se référant au calendrier chinois traditionnel, selon lequel une année se compose de 24 termes solaires. L’arrivée de l’hiver (« laahp dūng », 立冬) correspond à celle du 19ième terme solaire (le 7 novembre dernier).  Le solstice d’hiver (« dūng ji », 冬至), pour sa part, se tient au premier jour du 22ième terme solaire. Le début du printemps (« laahp chēun », 立春) de 2026, prévu pour le 4 février, concorde avec le commencement du premier terme solaire.
D’après la pratique ancestrale du Feng Shui (Fūng Séui, 風水, https://www.keihsahtle.com/accueil/entrevue-avec-raymond-lo-grand-maitre-feng-shui), lors du « dūng ji », la journée la plus courte de l’année (dans l’Hémisphère Nord), l’énergie du ciel symbolisée par le Yang, représentant chaleur et lumière, atteint son niveau le plus bas puis s’accroît à nouveau. A l’opposé, l’énergie de la terre, symbolisée par le Yin, culminante, commence à décliner. Cet entre-deux est l’occasion de recharger ses batteries de Yang. Attention, pour réussir parfaitement cette régénération naturelle, les coups de froid doivent être évités. Les ancêtres conseillent à cet égard de s’habiller chaudement et de consommer des aliments chauds. Surtout, les disputes doivent être évitées afin de ne pas dérouter la circulation de l’énergie.
A Canton et dans ses alentours, la célébration familiale du « dūng ji » est primordiale, aussi fondamentale que celle de Noël ou du Nouvel An aux yeux des occidentaux. Pendant le solstice d’hiver, rien ne sert de tenter d’organiser une soirée entre amis ou, ultime bévue, un déplacement professionnel. Les Hongkongais resteront aux abonnés absents.
L’ampleur de la fête dépend des régions de l’immense Chine. « Gok chyu hēung chyūn, gok chyu laih » (各處鄉村,各處例), « A chaque campagne ses coutumes, » observent les Cantonais avec pragmatisme. La même remarque vaut pour les multiples accents provinciaux - les « háu yām » (口音, « háu » pour « bouche » et « yām » pour « son ») -, un point commun avec la France finalement.
Un usage commun à toute la Chine, quant à lui radicalement différent de la pratique française, est de célébrer les anniversaires en avance. Les vœux les plus tardifs s’effectuent le jour J, à 11 heures et 59 minutes du soir dernier carat. Souhaiter « sāang yaht faai lohk ! » (生日快樂 !) - « Joyeux anniversaire ! » en retard est vraiment malpoli : Si vous laissez passer la date, mieux vaut encore rester silencieux. Seule une action sincère et généreuse fera oublier votre maladresse. Souvenez-vous, lorsqu’il s’agit de fêter les naissances, le vieux proverbe français « mieux vaut tard que jamais » est une hérésie. Après l'heure, ce n’est plus l’heure.


Par EM à Hong Kong
Photo
Photo : « Tōng yún » (2021) et décorations de Noël, Central (07/12/2025) - ©Keih Saht Le
Lexique
Dūng ji :
Solstice d’hiver
冬至
Dūng :
L’hiver
冬
Daaih :
Grand
大
Gwo :
Comparé à
過
Nìhn :
L’année
年
Gok :
Tous, chacun
各
Chyu :
Indicateur de mesure
處
Hēung chyūn :
La campagne, le village
鄉村
Laih :
Le règlement, la convention, la coutume
例
Gā hēung :
La ville natale
家鄉
Néih haih bīn douh yàhn a ? :
D’où êtes-vous originaire ?
你係邊度人呀
Háu yām :
Accent
口音
Háu :
La bouche
口
Yām :
Le son, la note
音
Sāang yaht faai lohk ! :
Joyeux anniversaire !
生日快樂
Sāang :
Donner naissance, naître, vivant, frais, cru
生
Yaht :
Jour
日
Faai lohk :
Joyeux
快樂


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A Hong Kong, les snobs sont qualifiés d’œil de pigeon blanc

11/19/2025

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EXPRESSION CANTONAISE : « Jí sáu waahk geuk » - « Gesticuler avec arrogance »
La conférence vous paraît interminable. Jetant des regards désespérés vers la sortie, vous vous demandez comment vous éclipser le plus discrètement possible. Voici une demi-heure que l’intervenant fort en voix, gesticulant dans tous les sens, s’obstine à ne raconter que des banalités. Ce spectacle qui ne rime à rien est exténuant. Votre voisine de supplice, également à bout de patience, vous murmure « Jí sáu waahk geuk » (指手畫腳). Entendant ces paroles moqueuses décrivant l’arrogance ridicule du conférencier brasseur du vent, il vous est bien difficile de réprimer un éclat de rire. Proféré avec ironie, « jí sáu waahk geuk » signifie littéralement « montrer du doigt, dessiner avec les pieds ». « Jí sáu » se traduit par « pointer », « waahk » par « dessiner » et « geuk » par « pied ». Cette description espiègle et distanciée de l'infatuation habille la situation de burlesque, la rendant d’emblée plus agréable à vivre.
Les Hongkongais ne se privent pas d’utiliser le remède de l’ironie contre les gens arrogants. Ils caractérisent leurs manières condescendantes « d’œil de pigeon blanc », expression prononcée « baahk gap ngáahn, 白鴿眼 », « baahk » désignant « la couleur blanche », « gap » le « pigeon » et « ngáahn » « l’œil ». Par exemple, vous êtes invité à remplacer une connaissance (partie en déplacement) au cocktail d’un cercle privé réputé pour être fermé. Malgré votre tempérament jovial, vous faites tapisserie dans un coin. Par la suite, parlant de cette soirée de solitude, vous raconterez que vous y avez trouvé les invités tellement « baahk gap ngáahn, » « snob », « hautains », que vous ne leur avez pas adressé la parole. En cette circonstance, la référence au « pigeon blanc » est fort éloignée de celle à la « blanche colombe, » symbole d’espérance, de paix et d’amour.
Parler du sentiment de supériorité en usant du Cantonais ne manque ni de couleur ni de gestuelle. A cet égard, parfois, l’expression « jí sáu waahk geuk » revêt aussi un sens figuré. Dans ce cas, elle sert à se plaindre de l’interférence systématique et contreproductive d’une personne cherchant à imposer son pouvoir. Elle dénonce un comportement à la limite du harcèlement : Vous préparez une présentation sur un sujet que vous maîtrisez, or, la personne chargée de l’organisation du colloque où vous devez vous exprimer veut contrôler votre travail. Cette dernière vous demande maintes fois de modifier le plan de votre énoncé, d’ajouter des corrections dont vous ne comprenez guère l’intérêt. Au bout d’une série d’échanges avec l'interlocuteur têtu d’imprimer sa patte, vous vous exclamez, irrité : « kéuih deui ngóh jí sáu waahk geuk ! » (佢 對 我 指手畫腳), « Quel comportement despotique à mon égard » !  Une complainte souvent répétée par les adolescents rebelles, exaspérés de devoir prêter l’oreille aux mises en garde constantes de leurs parents. Cette formule leur permet d’affirmer qu’eux non plus ne sont pas tombés de la dernière pluie, ni prêts de se faire pigeonner.
 
Par E.M. à Hong Kong

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Photo : 10/04/2023  Man Mo Temple, Sheung Wan - ©Keih Saht Le
Installé à l’entrée du temple comme maître des lieux, un pigeon observe les visiteurs.
Lexique
Jí :
Se référer à
指
Jí sáu :
Le doigt, montrer du doigt
 指手
Sáu :
La main
手
Waahk :
Dessiner
畫
Geuk :
Le pied
腳
Jyūn gā :
L’expert
專家

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