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EXPRESSION CANTONAISE : « dūng daaih gwo nìhn » - « Le solstice d’hiver est plus important que la nouvelle année » Tandis que vous rêvez du chapon aux morilles, à la bûche aux marrons servis à Noël ou au foie gras du réveillon de la Saint-Sylvestre, les Hongkongais songent aux « tōng yún » (湯圓), symboles de bonheur et de retrouvailles. Savourées par paires, ces boules de riz gluant classiquement fourrées à la crème de sésame, plongées dans une soupe au sirop de gingembre, réchauffent le corps et le cœur des habitants du Port au Parfum habitués à fêter en famille le solstice d’hiver. Cette année, celui-ci aura lieu le 21 décembre (à 11 heures du soir heure de Hong Kong), coïncidant cette fois avec le début de l’hiver selon le calendrier Grégorien. « Dūng daaih gwo nìhn » (冬大過年), « le solstice d’hiver est plus important que la nouvelle année, » dit-on dans la région de Canton en se référant au calendrier chinois traditionnel, selon lequel une année se compose de 24 termes solaires. L’arrivée de l’hiver (« laahp dūng », 立冬) correspond à celle du 19ième terme solaire (le 7 novembre dernier). Le solstice d’hiver (« dūng ji », 冬至), pour sa part, se tient au premier jour du 22ième terme solaire. Le début du printemps (« laahp chēun », 立春) de 2026, prévu pour le 4 février, concorde avec le commencement du premier terme solaire. D’après la pratique ancestrale du Feng Shui (Fūng Séui, 風水, https://www.keihsahtle.com/accueil/entrevue-avec-raymond-lo-grand-maitre-feng-shui), lors du « dūng ji », la journée la plus courte de l’année (dans l’Hémisphère Nord), l’énergie du ciel symbolisée par le Yang, représentant chaleur et lumière, atteint son niveau le plus bas puis s’accroît à nouveau. A l’opposé, l’énergie de la terre, symbolisée par le Yin, culminante, commence à décliner. Cet entre-deux est l’occasion de recharger ses batteries de Yang. Attention, pour réussir parfaitement cette régénération naturelle, les coups de froid doivent être évités. Les ancêtres conseillent à cet égard de s’habiller chaudement et de consommer des aliments chauds. Surtout, les disputes doivent être évitées afin de ne pas dérouter la circulation de l’énergie. A Canton et dans ses alentours, la célébration familiale du « dūng ji » est primordiale, aussi fondamentale que celle de Noël ou du Nouvel An aux yeux des occidentaux. Pendant le solstice d’hiver, rien ne sert de tenter d’organiser une soirée entre amis ou, ultime bévue, un déplacement professionnel. Les Hongkongais resteront aux abonnés absents. L’ampleur de la fête dépend des régions de l’immense Chine. « Gok chyu hēung chyūn, gok chyu laih » (各處鄉村,各處例), « A chaque campagne ses coutumes, » observent les Cantonais avec pragmatisme. La même remarque vaut pour les multiples accents provinciaux - les « háu yām » (口音, « háu » pour « bouche » et « yām » pour « son ») -, un point commun avec la France finalement. Un usage commun à toute la Chine, quant à lui radicalement différent de la pratique française, est de célébrer les anniversaires en avance. Les vœux les plus tardifs s’effectuent le jour J, à 11 heures et 59 minutes du soir dernier carat. Souhaiter « sāang yaht faai lohk ! » (生日快樂 !) - « Joyeux anniversaire ! » en retard est vraiment malpoli : Si vous laissez passer la date, mieux vaut encore rester silencieux. Seule une action sincère et généreuse fera oublier votre maladresse. Souvenez-vous, lorsqu’il s’agit de fêter les naissances, le vieux proverbe français « mieux vaut tard que jamais » est une hérésie. Après l'heure, ce n’est plus l’heure. Par EM à Hong Kong Photo : « Tōng yún » (2021) et décorations de Noël, Central (07/12/2025) - ©Keih Saht Le Lexique Dūng ji : Solstice d’hiver 冬至 Dūng : L’hiver 冬 Daaih : Grand 大 Gwo : Comparé à 過 Nìhn : L’année 年 Gok : Tous, chacun 各 Chyu : Indicateur de mesure 處 Hēung chyūn : La campagne, le village 鄉村 Laih : Le règlement, la convention, la coutume 例 Gā hēung : La ville natale 家鄉 Néih haih bīn douh yàhn a ? : D’où êtes-vous originaire ? 你係邊度人呀 Háu yām : Accent 口音 Háu : La bouche 口 Yām : Le son, la note 音 Sāang yaht faai lohk ! : Joyeux anniversaire ! 生日快樂 Sāang : Donner naissance, naître, vivant, frais, cru 生 Yaht : Jour 日 Faai lohk : Joyeux 快樂 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
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EXPRESSION CANTONAISE : « Jí sáu waahk geuk » - « Gesticuler avec arrogance » La conférence vous paraît interminable. Jetant des regards désespérés vers la sortie, vous vous demandez comment vous éclipser le plus discrètement possible. Voici une demi-heure que l’intervenant fort en voix, gesticulant dans tous les sens, s’obstine à ne raconter que des banalités. Ce spectacle qui ne rime à rien est exténuant. Votre voisine de supplice, également à bout de patience, vous murmure « Jí sáu waahk geuk » (指手畫腳). Entendant ces paroles moqueuses décrivant l’arrogance ridicule du conférencier brasseur du vent, il vous est bien difficile de réprimer un éclat de rire. Proféré avec ironie, « jí sáu waahk geuk » signifie littéralement « montrer du doigt, dessiner avec les pieds ». « Jí sáu » se traduit par « pointer », « waahk » par « dessiner » et « geuk » par « pied ». Cette description espiègle et distanciée de l'infatuation habille la situation de burlesque, la rendant d’emblée plus agréable à vivre. Les Hongkongais ne se privent pas d’utiliser le remède de l’ironie contre les gens arrogants. Ils caractérisent leurs manières condescendantes « d’œil de pigeon blanc », expression prononcée « baahk gap ngáahn, 白鴿眼 », « baahk » désignant « la couleur blanche », « gap » le « pigeon » et « ngáahn » « l’œil ». Par exemple, vous êtes invité à remplacer une connaissance (partie en déplacement) au cocktail d’un cercle privé réputé pour être fermé. Malgré votre tempérament jovial, vous faites tapisserie dans un coin. Par la suite, parlant de cette soirée de solitude, vous raconterez que vous y avez trouvé les invités tellement « baahk gap ngáahn, » « snob », « hautains », que vous ne leur avez pas adressé la parole. En cette circonstance, la référence au « pigeon blanc » est fort éloignée de celle à la « blanche colombe, » symbole d’espérance, de paix et d’amour. Parler du sentiment de supériorité en usant du Cantonais ne manque ni de couleur ni de gestuelle. A cet égard, parfois, l’expression « jí sáu waahk geuk » revêt aussi un sens figuré. Dans ce cas, elle sert à se plaindre de l’interférence systématique et contreproductive d’une personne cherchant à imposer son pouvoir. Elle dénonce un comportement à la limite du harcèlement : Vous préparez une présentation sur un sujet que vous maîtrisez, or, la personne chargée de l’organisation du colloque où vous devez vous exprimer veut contrôler votre travail. Cette dernière vous demande maintes fois de modifier le plan de votre énoncé, d’ajouter des corrections dont vous ne comprenez guère l’intérêt. Au bout d’une série d’échanges avec l'interlocuteur têtu d’imprimer sa patte, vous vous exclamez, irrité : « kéuih deui ngóh jí sáu waahk geuk ! » (佢 對 我 指手畫腳), « Quel comportement despotique à mon égard » ! Une complainte souvent répétée par les adolescents rebelles, exaspérés de devoir prêter l’oreille aux mises en garde constantes de leurs parents. Cette formule leur permet d’affirmer qu’eux non plus ne sont pas tombés de la dernière pluie, ni prêts de se faire pigeonner. Par E.M. à Hong Kong Photo : 10/04/2023 Man Mo Temple, Sheung Wan - ©Keih Saht Le Installé à l’entrée du temple comme maître des lieux, un pigeon observe les visiteurs. Lexique Jí : Se référer à 指 Jí sáu : Le doigt, montrer du doigt 指手 Sáu : La main 手 Waahk : Dessiner 畫 Geuk : Le pied 腳 Jyūn gā : L’expert 專家 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
EXPRESSION CANTONAISE : « Gwa yèuhng tàuh, maaih gáu yuhk » - « Accrocher une tête de mouton, vendre de la viande de chien » De retour d’excursion, vous souhaitez vérifier que le bracelet onéreux vert foncé que vous venez d’acheter est effectivement en jade de Lantian (Làahm tīn yuhk, 藍天玉). Par acquis de conscience, vous vous rendez chez votre bijoutier local de confiance. Sortant sa loupe, celui-ci l’observe pendant quelques minutes puis vous informe, navré, que le bijou est sans doute en agate mousse. De plus, afin de s’assurer que la pierre est naturelle, qu’elle n’est pas colorée chimiquement et par conséquent non nocive pour la peau, le professionnel vous conseille de l’envoyer tester au laboratoire. Le joaillier hongkongais a l’air sincèrement désolé de vous informer que vous avez été victime d’une supercherie. Des vendeurs de pacotille vous ont « fait prendre des vessies pour des lanternes » en « gwa yèuhng tàuh, maaih gáu yuhk » (掛羊頭,賣狗肉), énoncé traduit mot à mot par « accrocher une tête de mouton, vendre de la viande de chien ». « Gwa » et « maaih » signifient respectivement « accrocher » et « vendre ». « yèuhng tàuh » désigne la « tête de mouton ou de chèvre » et « gáu yuhk » la « viande de chien ». Le tableau est cocasse. Cette expression idiomatique indiquant qu’il y a duperie, que quelque chose a été vendu en le faisant passer pour autre chose, a de quoi chatouiller l'imagination. Si la scène dépeinte semble réaliste, celle-ci ne décrit nullement la réalité. Une mise au point s’impose, « Gwa yèuhng tàuh, maaih gáu yuhk » ne fait guère référence à l’existence d’un marché légendaire de la viande canine. A Hong Kong, aucune enseigne n’aurait l’idée de servir la chair de cet animal élevé au rang de compagnon familial. Chéris par toutes les tranches d’âges, les canins sont choyés. Une étude datant de février 2025 réalisée par la City University of Hong Kong (CityUHK Scholars) relate, qu’au Port au Parfum, la motivation principale d’adopter cet attachant descendant du loup est de bénéficier d’une compagnie domestique (pour 41,5 % des 685 habitants de Hong Kong répondants à l’enquête). La seconde raison de l’accueillir chez soi est de lui procurer un toit (30,9 % des réponses). La plupart d’entre eux viendraient « de source non commerciale », des amis, du voisinage, des abris, des refuges pour animaux abandonnés. Traités comme des membres de la famille, certains toutous jouissent même de l’accompagnement d’une auxiliaire attitrée. Il est vrai cependant que les Hongkongais dotés d’ancêtres issus de la région de Canton, ont pu entendre cette formule : « Gáu yuhk gwán léuhng gwán sàhn sīn kéih mh wán » (狗肉滾兩滾神仙企唔穩) soit « La viande de chien deux fois bouillie, les divinités ne se tiennent plus debout, » sous-entendant que le fumet de ce mets est si appétissant qu’il a le pouvoir d’enivrer les immortelles, ces créatures célestes taoïstes (sàhn sīn, 神仙) pourtant réputées végétariennes. Dans l’ancien temps, les agriculteurs n’avaient pas les moyens de consommer du bœuf, entièrement consacré au labour, ni du cochon à cause de sa cherté. Plus facilement accessible, la race canine était bien plus pratique à cuisiner. Depuis lors, les régions agricoles se sont modernisées, enrichies, la gastronomie s’est modifiée. Aujourd’hui, la province cantonnaise ne compte plus que quelques restaurants de viande de chien. La vieille tradition survit encore dans la province de Guangxi - les chiens n’en finissent pas d’y vivre une vie de chien - avec, à l’occasion du solstice d’été, « La fête du litchi et de la viande de chien » de Yulin. De plus en plus controversé, ce festival est proche de l’extinction. Si chaque pays hérite d’un art culinaire propre à son histoire et à son terroir, l’arnaque, quant à elle intemporelle, demeure universelle. Afin d’éviter le piège du « gwa yèuhng tàuh, maaih gáu yuhk », mieux vaut vérifier l’authenticité de toute chose, même si cette tâche requiert de se donner un mal de chien. Par E.M. à Hong Kong Photo : 21/10/2025 Wing Lee Street Rest Garden, Mid-Levels - ©Keih Saht Le Point de rencontre matinal des chiens du quartier dans l’ère piétonne de Wing Lee Street Lexique : Làahm tīn yuhk : Jade de Lantian 藍天玉 Yuhk : Jade 玉 Gáu : Le chien 狗 Yèuhng : La chèvre, le mouton 羊 Tàuh : La tête 頭 Yuhk : La viande 肉 Gwa : Accrocher 掛 Maaih : Vendre 賣 Gwán : Bouillir 滾 Kéih wán : Tenir debout 企穩 Mh : Expression de la négation 唔 Sàhn sīn : Créature céleste, Immortelle, divinité 神仙 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
EXPRESSION CANTONAISE : « Yāt baahk jē sāam cháu » - « Le blanc cache les imperfections » En ces jours d’automne, vous faites tout pour entretenir votre teint hâlé, ravivé récemment grâce à une exposition aux embruns marins, à l’occasion d’une sortie improvisée en jonque opportunément ensoleillée. Vous entrez dans un magasin de cosmétique en quête d’une crème après-solaire dans l’optique de maintenir cette mine dorée qui vous sied à merveille - vous en êtes convaincue - le plus longtemps possible. Le stock de soins prolongeant le bronzage est épuisé, affirme la vendeuse. Celle-ci observe votre peau d’un peu plus près puis vous tend, tout de go, une crème de beauté blanchissante accompagnée d'un fond de teint blanc. Remarquant votre air interloqué, celle-ci vous explique qu’en général, d’un point de vue esthétique, l’affichage d’une carnation blafarde est plus en vogue. A Hong Kong, on dit : « Yāt baahk jē sāam cháu » (一白遮三醜), littéralement « Un blanc cache trois laideurs, » signifiant que « la couleur blanche masque les imperfections. » Si ce vieil adage ne parvient pas à vous convaincre de la beauté d’un visage laiteux bien talqué, pour empêcher votre peau de brunir naturellement, il ne vous reste plus qu’à vous procurer l’un des nombreux accessoires de protection contre le soleil vendus au Port au Parfum. Vous n’aurez que l’embarras du choix, entre les parapluies anti-ultraviolets, la multitude de modèles de chapeaux à bord large, de casquettes à longue visière avec cache-cou amovible, etc. Pour vous protéger intégralement, testez les mitaines ou les gants longs, ainsi que le très en vogue « maillot de bain pour le visage », couvrant toute la figure en ne comportant que quatre ouvertures étroites (pour les yeux, le bas du nez et la bouche). Camouflant aussi le cou, cet accoutrement dédié à la nage, des plus efficace, est appelé par les Hongkongais tantôt « facekini », tantôt « líhmkini » (líhm, 臉, pour « visage ») ou, en Cantonais, « líhmgēinèih » (臉基尼). Déboussolés car peu habitués à la contemplation de ces cagoules composées de polyester et de spandex, les raisonneurs pourraient être tentés de conclure qu’il s’agit, finalement, de combattre une forme de laideur par une autre. Répondons-leur toutefois que la hideur, qui se prononce « cháu » en claquant rapidement la langue d'un coup sec contre son palais, comme pour suggérer un mouvement de répulsion, demeure bel et bien un concept subjectif. Par ailleurs, suivant le contexte, « cháu » peut s’écrire de deux façons, soit 醜 en caractère chinois traditionnel pour traduire « mocheté, défaut, imperfection, disgracieux », soit 丑 en caractère simplifié pour se référer à la « branche terrestre du Bœuf » (丑) du Feng Shui (« Fūng Séui » en Cantonais, 風水), discipline ancestrale chinoise très influente à Hong Kong. ( Lire : https://www.keihsahtle.com/accueil/entrevue-avec-raymond-lo-grand-maitre-feng-shui ) Pour mémoire, les onze autres branches terrestres sont celles du Rat 子, du Tigre 寅, du Lapin 卯, du Dragon 辰, du Serpent 巳, du Cheval 午, de la Chèvre 未, du Singe 申, du Coq 酉, du Chien 戌 et du Cochon 亥. Par ricochet, « Cháu » s’écrit en caractère simplifié s’il se rapporte à « cháu sìh » (丑時), la période de temps de deux heures allant d’une à trois heures du matin dans le calendrier chinois lunisolaire : Selon ce système de mesure, de même qu’il existe douze signes astrologiques, la journée se divise en douze intervalles de temps. « Jí sìh » (子時) en est le premier : Commençant à 11 heures du soir, il s’achève à une heure du matin. Au lieu de compter les moutons, s’amuser à réciter dans l’ordre le nom des douze tranches de la journée (voir ci-dessous) peut favoriser l’endormissement : Un vrai sommeil réparateur n’est-il pas la garantie du renouvellement cellulaire propice à l’entretien d’une peau de pêche, économisant ainsi le coup de crayon correcteur blanc. Par E.M. à Hong Kong Photo : 28/08/2021 Deep Water Bay - ©Keih Saht Le Une personne portant un « facekini » s’apprêtant à aller nager. Calendrier chinois lunisolaire, douze périodes de temps par jour : Jí sìh 子時 : 11h du soir à 1h du matin Cháu sìh 丑時 : 1h à 3h du matin Yàhn sìh 寅時 : 3 h à 5 h du matin Máauh sìh 卯時 : 5h à 7h du matin Sàhn sìh 辰時 : 7h à 9h du matin Jih sìh 巳時 : 9h à 11h du matin Ngh sìh 午時 : 11h du matin à 1h de l’après-midi Meih sìh 未時 : 1h à 3h de l’après-midi Sān sìh 申時 : 3h à 5h de l’après-midi Yáuh sìh 酉時 : 5h de l’après-midi à 7h du soir Sēut sìh 戌時 : 7h à 9h du soir Hoih sìh 亥時 : 9h à 11h du soir Lexique : Fa jōng : Maquillage 化妝 Chàh : Appliquer une lotion ou du maquillage 搽 Sèuhn gōu : Rouge à lèvre 唇膏 On peut aussi dire háu hùhng (口紅), mais ce mot est peu utilisé à Hong Kong. Sèuhn : Lévre 唇 Gōu : Créme, graisse 膏 Háu : Bouche 口 Hùhng : Rouge 紅 Fán : Poudre 粉 Fán dái : Fond de teint 粉底 Dái : Base 底 Facekini, líhmkini, líhmgēinèih : Maillot pour le visage 臉基尼 Líhm : Visage 臉 Gēi : Base, fondation, basique 基 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
EXPRESSION CANTONAISE : « Dá kāat » - « Se prendre ou être pris en photo à un lieu emblématique afin d’être publié sur les réseaux sociaux » L’art de la concision est Cantonais. Deux mots seulement, « Dá kāat », sont nécessaires pour exprimer une combinaison de dix-neuf mots en Français : « Se prendre ou être pris en photo à un endroit iconique, afin d’être publié sur les réseaux sociaux. » L’association minimaliste de « dá » (打), signifiant au choix « cogner » ou « frapper », avec « kāat » (卡) pour « la carte » invite à se concentrer sur le déclic, cet instant décisif où le photographe des temps modernes, qu’il soit du dimanche ou professionnel, se « shoot », se « fixe » au cœur du décor de l’instantané qu’il prévoit de diffuser en ligne. Le fait que le caractère « 卡 » puisse en outre revêtir le sens de « calorie », prononcé « kā » dans ce cas de figure, interpelle. Cet amalgame expliquerait-il l’étalage culinaire, la cascade de clichés de plats cuisinés défilant sur les comptes Instagram, Facebook, DouYin, WeChat, Xiaohongshu, Weibo, etc. ? La prise de calories est postée sans modération. En réalité, « dá kā », avec « dá kā louh léih, 打卡路里 » comme version allongée, désigne « le suivi de ses calories en enregistrant ou en partageant ses apports et dépenses caloriques sur des applications de fitness, ou sur les réseaux sociaux. » Tandis que la fièvre de s’adonner au « dá kāat », entretenue par les influenceurs endurants et leurs suiveurs (« followers ») opiniâtres, repeuple les coins de rue, magasins, cafés et restaurants référencés digitalement, une nouvelle vague s’empare de tout Hong Kong, celle d’accrocher une « gūng jái » (公仔), c’est-à-dire une « petite poupée », à son sac à main ou à son sac à dos. L’engouement pour le port du jouet dans la rue a démarré concomitamment au succès croissant de Labubu (拉布布), Lāai bou bou en Cantonais, la figurine en peluche créée par l'illustrateur Hongkongais Kasing Lung (龍家昇), né à Yuen Long (Yùhn lóhng, 元朗) dans les Nouveaux Territoires, venu vivre à Utrech (Pays Bas) à l'âge de 7 ans. Introduite pour la première fois en 2015 avec la série « Monstres » produite par How2Work, la poupée a grandi en popularité à partir de 2019 avec la collaboration commerciale de Pop Mart (entreprise de jouets chinois basée à Pékin). En près d’une décennie, plus de 300 modèles de « Lāai bou bou gūng jái » ont conquis le cœur des enfants et même des adultes. Maintenant que le prix du gadget aux oreilles de lapin, considéré comme objet de collection, s’est considérablement apprécié, les Hongkongais optent pour d’autres « gūng jái » de gabarits similaires. Le choix ne manque guère car de multiples enseignes du Port au Parfum en fabriquent, désireuses de profiter à leur tour de cet emballement incroyablement « hīng » (兴), soit « à la mode », « plébiscité par la population ». Une passion collective à faire pâlir de jalousie les Keung To (姜濤), Anson Lo Hon-ting (盧瀚霆), Tyson Yoshi (程浚彥), MC Cheung Tin-fu (張天賦), Janice Vidal (衛蘭), Kelly Chen (陳慧琳), Sammi Cheng (鄭秀文), Miriam Yeung Chin-wah (楊千嬅), Nicholas Tse Ting-fung (谢霆锋), etc., toutes ces célébrités « rouges » (« hùhng, », 紅) de Hong Kong, « rouge » prenant, dans ce contexte, le sens de « populaire ». Afin de raviver la flamme des admirateurs de toutes ces figures de notoriété, à quand la conception de « gūng jái » à leur effigie ? Par E.M. à Hong Kong Photo : 22/09/2025 Forbes Street, Kennedy Town - ©Keih Saht Le Influenceurs et « followers » font la queue en face d’un café référencé du quartier pour se « Dá kāat ». Lexique : Dá : Cogner, frapper 打 Kāat : Carte 卡 Kā : Calorie 卡 Gǒu jái deuih : Paparazzis (Queue, rangée de petits chiens) 狗仔隊 Gūng jái : Petites poupées 公仔 Yáuh méng : Renommé, « avoir un nom » 有名 Hīng : Populaire (pour une tendance, des habitudes, des choses) 興 Hùhng : Rouge, populaire pour des hommes, des stars, des chanteurs, des acteurs, des écrivains 紅 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
EXPRESSION CANTONAISE : « Mh gwāan néih sih ! » - « Cela ne vous regarde pas ! » Si, comme Montaigne, vous pensez que « la politesse coûte peu et achète tout », les finesses hongkongaises du savoir vivre en société vous captiveront. Prêtant l’oreille, vous entendrez « Mh gōi » (唔該) sonner à tout bout de champ, le « s’il vous plaît » cantonnais employé également pour signaler sa présence dans la foule, comme sur la ligne de métro (MTR, Mass Transit Railway system) direction Tsuen Wan (Chyùhn Wāan, 荃灣) bondée aux heures de sortie de bureau. Afin que les passagers absorbés par leur partie de jeu sur téléphone mobile, coupés du monde extérieur par le port du masque et d’écouteurs, dégagent le passage au moment de descendre à la station Tsim Sha Tsui (Jīm Sā Jéui,尖沙咀), vous pousserez un « Mh gōi ! » assez ferme pour interpeller, sans pour autant vous époumoner. Paraître agressif attire des ennuis, toute scène insolite étant susceptible d’être filmée puis retransmise sur les divers réseaux sociaux. Dans l’hypothèse où vous écraseriez un pied malencontreusement, adoptez un air contrit, excusez-vous avec un franc « Mh hóu yi si !». Le maniement du « merci » à bon escient (sans modération, comme en France) requiert d’assimiler cette subtilité : Remercier contre un service rendu (notamment en échange de rémunération) diffère de témoigner de sa reconnaissance à la réception d’un cadeau. A la vendeuse du 7-Eleven venant de charger votre Octopus (Baat daaht tūng, 八達通) - carte de paiement électronique rechargeable acceptée dans une multitude d’enseignes du Port au Parfum, dont les opérateurs de transport - de 100 HKD, comme vous le lui avez demandé, vous direz « mh gōi saai ». En guise de « je vous en prie », celle-ci vous répondra « mh sái haak hei ». En revanche, vous gratifierez votre amie, rentrant de vacances d’Osaka qui vous offre de délicieux Daifuku Mochi, d’un « dō jeh saai ! » (« merci beaucoup »). Du tac au tac, elle vous rétorquera « mh sái dō jeh ! » (« avec plaisir, pas besoin de me remercier »). Maîtriser le « mh gōi saai » et le « dō jeh saai » est un bon début pour prétendre « avoir de bonnes manières » (« yáuh láih maauh », 有禮貌), effort nécessaire mais pas suffisant. Pour éviter de collectionner les couacs, l’initiation au tact hongkongais s’apparente à l’apprentissage du dosage. Tempérez l’expression des désaccords, comme la manie de toujours rendre service éventuellement perçue comme intrusive. Bannissez le paternalisme archaïque, machisme (« daaih nàahm yahn », 大男人) honni par les femmes entrepreneures du Port au Parfum, de même que la curiosité excessive. S’entêter à mettre les pieds dans le plat pour aborder des sujets jugés tabous, en particulier ceux susceptibles d’écorner le prestige de la personne visée, conduit à l’échec. Première hypothèse, gêné par votre acharnement intempestif mais soucieux de tourner la page rapidement, votre interlocuteur vous rétorquera « Mh gwāan néih sih ! » (唔關你事) - « Ce ne sont pas tes affaires ! ». Une formule torpille dotée de l’avantage de mettre les points sur les i sans délai. Deuxième éventualité, votre contact choisit de jouer la carte de l’évitement. Il garde le silence, s’efface, voire disparaît car, selon les méthodes de gestion de conflits inculquées depuis la plus tendre enfance, dire « non ! » frontalement ne se fait pas. En cas de fermeture des canaux de communication, réfléchissez à une stratégie constructive de contournement sans hésiter à user d’un médiateur dédié à la relance de discussions. Lors de retrouvailles, ne remettez point votre différend sur le tapis : Cette attitude risquerait d’entraîner la rupture définitive. Il ne reste plus qu’à persévérer dans le décryptage des silences hongkongais, tout en s’exerçant à prononcer l’expression locale « hóu nàahn hōi háu », littéralement « ouvrir la bouche est très difficile », c’est-à-dire, « il est fort embarrassant de s’exprimer sur ce point. » Après tout, l’obligation de parler ne s’avère-t-elle pas, dans certains cas, aussi violente que l’injonction au silence ? Finalement, l’initiation à la politesse ressemble à bien des égards à un exercice de tolérance. Comme disait Colette, « Il est sage de verser sur le rouage de l'amitié l'huile de la politesse délicate. » Par E.M. à Hong Kong Photo : 03/10/2021 Ville de Sai Kung, Péninsule de Sai Kung - ©Keih Saht Le Karaoké - Cheung kēi (唱K) La chanson de Kelly Chen (陳慧琳), « mh gwāan néih sih » (唔關你事) (Cela ne te regarde pas !) Paroles : https://www.kkbox.com/hk/tc/song/DYTDLz_7ri5YRn0D_E Musique : https://www.youtube.com/watch?v=tVreDgOoJso Lexique : Mh hóu yi si : Pardon, excusez-moi 唔好意思 Mh gōi : S’il vous plaît 唔該 Mh gōi saai : Merci (pour le service) 唔該嗮 Mh sái haak hei : Je vous en prie 唔駛客氣 Dō jeh saai : Merci beaucoup (pour le cadeau) 多謝嗮 Mh sái dō jeh : Je vous en prie. Pas besoin de remercier 唔駛多謝 Mh gwāan néih sih ! : Cela ne vous (te) regarde pas ! 唔關你事 Yáuh láih maauh : Avoir de bonnes manières, être poli 有禮貌 Mouh láih maauh : Être impoli, irrespectueux 冇禮貌 Mh hóu yi si, yiu néih bōng ngóh ! : Pardon d’avoir sollicité votre aide ! 唔好意思, 要你幫我 Bōng : Aider 幫 Daaih nàahm yahn : Être machiste, paternaliste à l'excès 大男人 Nàahm : L’homme, genre masculin 男 Daaih : Grand 大 Yàhn : L'homme, les gens 人 Hóu nàahn hōi háu : Il est fort embarrassant de s’exprimer sur cette question 好難開口 Háu : La bouche 口 Hōi : Ouvrir 開 Nàahn : Difficile 難 Hóu : Trés, bien 好 Baat daaht tūng kāat : Carte Octopus 八達通卡 La carte Octopus, carte de paiement électronique rechargeable acceptée dans une multitude d’enseignes de Hong Kong, dont les opérateurs de transport, se dit « Baat daaht tūng kāat », incluant le mot « Baat « (八), signifiant « huit », en guise de référence à la pieuvre (traduction de l’Anglais octopus) caractérisée par ses huit bras. Daaht : Intelligent, communiquer, atteindre 達 Tūng : Circuler, notifier 通 kāat : Carte 卡 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
EXPRESSION CANTONAISE : « Yáuh chín sái dāk gwái tēui mòh » - « La richesse convainc le fantôme de tourner la meule » Vous sortez des loges de l’hippodrome légendaire de Happy Valley (Páau máh déi, 跑馬地) des étoiles plein les yeux. Quelle ambiance galvanisante ! Ce mercredi est aussi hippique qu’épique. Après avoir parié sur des chevaux perdants cinq fois d’affilée, vous avez enfin pris la peine de mieux vous renseigner sur les coursiers favoris. L’effort s’est avéré payant. Pour la dernière course, vous avez misé sur le destrier victorieux. Maintenant, observant les joueurs professionnels compter leurs gains, vous vous prêtez au rêve d'avoir empoché le jackpot. Comment le dépenseriez-vous ? « L’argent ne fait pas le bonheur ; mais il faut avouer qu'il le facilite beaucoup » dites-vous, partageant un bout de votre songerie avec votre compagnon de jeu Hongkongais. Il vous répond : « Yáuh chín sái dāk gwái tēui mòh, » littéralement, « être fortuné permet de convaincre le fantôme de faire tourner la meule. » Autrement dit, contre finances, il est possible de demander à n’importe qui n’importe quel service (légal ou illégal) puis celui-ci sera exécuté. Être riche (« yáuh chín », 有錢) rend tout puissant, conférant même le pouvoir de persuader les fantômes (« gwái », 鬼) de pousser les anciennes meules en pierre (« mòh », 磨) extrêmement lourdes, qui servent à moudre riz et haricots. Pour sa part dépourvue de cynisme, l’exclamation « Daaih bá chín lā ! », équivalente à « Que d’argent ! », exprime une franche admiration à l’observation d’une accumulation de richesse. Elle s’emploie pour décrire, par exemple, le trésor constitué par le célèbre milliardaire, Li Ka-shing (李嘉誠), surnommé « Superman Li » (« Li chīu yàhn », 李超人), dont la première entreprise a été l’ouverture, en 1950, d’une usine de fleurs en plastique. Aujourd’hui, le défi de ses successeurs est d’éviter un revers de fortune. A en croire le proverbe « Fu bāt gwo sāam doih » (富不過三代), signifiant « le patrimoine ne survit pas à trois générations, » leur route sera pavée d’embûches. Loin d’avoir toujours raison, les dictons ne justifient pas d’aller noyer son chagrin en jouant sa chance aux casinos de Macao, au risque de se retrouver « móuh séui » (冇水), « sans le rond », « complétement fauché ». « Móuh » se traduit par « ne pas avoir » tandis que « séui » prend tantôt le sens « d’argent », tantôt celui « d’eau ». Cette interchangeabilité viendrait de la discipline du Feng Shui (Fūng Séui, 風水), très influente à Hong Kong, affirmant que l’eau et l’argent, dotés de traits de caractère similaires, vont de pair. L’eau - sans laquelle la vie n’existe pas – attirerait l’argent, dont la circulation favoriserait les occasions de s’enrichir. Sa stagnation, au contraire, signalerait une panne d’activité économique, voire une disette. Après avoir pris connaissance de ce principe millénaire, on comprend mieux pourquoi les Hongkongais s’effraient peu des pluies diluviennes et, même, relativisent les fuites d’eau soudaines des climatiseurs surmenés, annonciatrices de futurs gains en capitaux. Par EM à Hong Kong Photo : 26/09/2019 Hippodrome de Happy Valley, Ile de Hong Kong - ©Keih Saht Le Une soirée à l’hippodrome de Happy Valley (Páau máh déi, 跑馬地) A Happy Valley, la saison des courses, que se tiennent habituellement chaque mercredi soir, vient de rouvrir (le 10 septembre 2025). https://racingnews.hkjc.com/english/2025/09/10/dbs-x-manulife-million-challenge-opening-ceremony-photo-release-happy-wednesday-starts/ Demandez le programme : https://racingnews.hkjc.com/english/ Hong Kong dispose de deux hippodromes, celui de Sha Tin (Sā Tìhn, 沙田) en activité depuis 1978, et celui, ouvert en 1846, de Happy Valley. En Cantonais, celui-ci s’appelle « Páau máh déi » (跑馬地), signifiant mot à mot « terrain de courses de chevaux », éloigné du nom Anglais de l’hippodrome provenant de l’appellation de son propre district, Happy Valley : Ce nom de l’ancienne époque coloniale se réfère, avec une pointe d’humour noir, aux cimetières du même quartier dédiés aux Britanniques décimés par la malaria dans les années 1840. Jadis, cette zone entourant la « Wong Nai Chung » (Wòhng nàih yúng, 黃泥涌), c’est-à-dire la « Rivière jaune et boueuse », était insalubre. Depuis, la rivière fautive a été détournée et Happy Valley est devenu un quartier résidentiel où il fait bon vivre. Lexique Yáuh : Avoir, il y a 有 Chín : Argent 錢 Sái dāk : Pouvoir faire 使得 Gwái : Fantôme 鬼 Tēui : Pousser (pousser la porte) 推 Mòh : Meule 磨 Séui : Eau, argent 水 Móuh : Ne pas avoir 冇 Móuh séui : Ne pas avoir un rond, être fauché / Il n’y a pas d’eau 冇水 Yáuh séui : Avoir de l’argent, être riche / Il y a de l’eau 有水 Chòih : Richesse 財 Daaih bá : Beaucoup 大把 Bāt : Ne pas (Signifie la négation) 不 Gwo : Traverser, passer, expérimenter 過 Sāam : Trois 三 Doih : Génération 代 Fu : Richesse, patrimoine 富 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
ENTREVUE : Intuitive et ingénieuse, dotée du regard inspiré de l’artiste et de l’œil aiguisé de l’experte, Maggie Ma, fondatrice de Violets Jewellery Co. (紫斐珠寶), s’est entretenue avec Keih Saht Le pour révéler comment la haute joaillerie de Hong Kong autour des diamants, des pierres naturelles précieuses et fines, du jade et des perles continue de faire rêver. Elle lève aussi le voile sur les aspirations de sa clientèle chinoise, soucieuse d’attacher à sa quête du Beau une dimension de transmission, un vœu de souvenir éternel et de prospérité. Animée par deux passions, le dessin et la contemplation des pierres naturelles, Maggie Ma, diplômée de la Gemmological Association of Great Britain (Gem-A) dont elle est Diamond Member, est forte de 30 ans d’expérience dans la conception de bijoux. La professionnelle a travaillé pendant près de 20 ans pour une maison américaine basée au Port au Parfum avant de fonder en 2013, avec son époux, sa propre enseigne Violets Jewellery Co. (紫斐珠寶). Généreuse, Maggie Ma s’implique dans le bien-être de la communauté locale en participant à de nombreuses opérations caritatives dans le cadre de son club Rotary. Photos ci-dessus : 13/08/2025 Maggie Ma, fondatrice de Violets Jewellery Co. / Violets Jewellery Co., Tsim Sha Tsui ©Keih Saht Le Introduction L’honnêteté, joyau des joyaux Hong Kong conserve sa place d’acteur majeur de l’industrie joaillière malgré les aléas conjoncturels caractérisant la période d’après Covid, marquée par le ralentissement d’activité du Continent chinois. L’année dernière, le Port au Parfum demeurait le premier exportateur mondial de perles (importées du Japon, d'Inde, d'Australie et de Chine continentale), de pierres précieuses et semi-précieuses. La Région administrative spéciale de Chine est reconnue comme producteur de premier plan de bijoux en jade (bracelets, bagues, pendentifs). Selon les derniers chiffres publiés par le Hong Kong Trade Development Council (HKTDC), en 2024, les exportations en haute joaillerie s’y sont élevées à 80,5 milliards HKD, soit 91,6 % des exportations totales de bijoux de Hong Kong (le solde correspondant à de l’export de joaillerie d’imitation). Notons que la France a contribué à 3,8 % de ces exportations (une contribution en croissance de 17 % par rapport à 2023), loin derrière les Etats-Unis détenteur d’une part de marché de 20,7 % (en hausse de 11 % par rapport à 2023). Les objets les plus populaires continuent d’être les bijoux sertis de pierres précieuses. Localement, les ventes de bijoux, de montres et d'objets de valeur se sont établies à environ 51,3 milliards de HKD (en 2024), bénéficiant surtout de l’appétit des touristes. La compétence des fabricants hongkongais « en sertissage et leur capacité de conception sont compétitives par rapport aux fabricants européens, » conclut le HKTDC. Même si des procédés de fabrication des articles en or se sont déplacés vers le Continent chinois (Shenzhen, Panyu, Lunjiao), Hong Kong dispose encore d’une main-d'œuvre hautement qualifiée qui exerce dans ses usines de pointe. S’il fallait citer une ombre au tableau, ce serait la contrefaçon. Lors de la foire Jewellery & Gem ASIA Hong Kong (JGA), qui se tenait au Hong Kong Convention and Exhibition Centre de Wan Chai, les douanes ont par exemple saisi (le 20 juin 2025) 50 pièces de bijoux suspectées d'être contrefaites (exposées sur trois stands) d'une valeur marchande totale estimée autour de 150 000 de dollars. Sur le terrain, les arnaques sont légion : La circulation de pierres précieuses synthétiques et simulées usant de méthodes de plus en plus pointues complique la séparation du bon grain de l’ivraie. Dans cette jungle, il est primordial de faire appel aux services d’un joaillier de confiance. Son honnêteté constitue un bien d’une valeur inestimable. Entretien avec Maggie Ma, fondatrice de Violets Jewellery Co. (紫斐珠寶) Comment la passion du dessin vous a-t-elle conduite à la haute joaillerie ? Juste après le lycée, j’ai réalisé un stage qui m’a amené à travailler pendant deux ans chez un bijoutier de Hong Kong en qualité d’assistante de ventes. Au cours de cette expérience, j’ai aussitôt été attirée par la partie création du métier qui m’offrait la liberté d’utiliser mes crayons, d’exprimer mon sens artistique. Je me suis donc inscrite aux cours du soir d’un institut technique en conception de bijoux. Je venais de trouver ma voie, le métier qui serait celui de toute ma vie. D’où vient votre fascination pour le diamant et les pierres naturelles ? Lors de ma première expérience en bijouterie, j’ai d’emblée été fascinée par les pierres naturelles. J’ai eu un coup de foudre pour les diamants. J’ai été subjuguée par leur splendeur, leur brillance caractéristique, leurs reflets de lumière vifs parfois colorés. Songer à l’origine de cette gemme venant des profondeurs de la Terre, transportée à la surface grâce à des éruptions magmatiques, ne cesse de m’émerveiller. Le diamant est le minéral le plus pur et le plus dur que l’on puisse trouver dans la nature, contenant généralement 99,95 % de carbone (piégé dans la Terre à la formation de celle-ci) voire jusqu’à 99,99 %. La cristallisation naturelle des plus anciens diamants se serait produite il y a 3,5 milliards d’années environ, provoquée par des températures comprises entre 900 et 1 300 degrés Celsius combinées à une pression de 725 000 livres par pouce carré. Seulement une cinquantaine de mines permettent de les extraire. La beauté du diamant n’a d’égale que sa rareté, justifiant sa cherté. Quelles sont vos sources d’inspiration ? Je m’inspire de la féérie de la nature, des fleurs, des arbres, des animaux. L’observation de l’architecture aussi instille de nombreuses idées. Par exemple, j’ai créé une bague autour d’un diamant vert représentant le stade national de Pékin construit (pour les jeux Olympiques de 2008) en forme de nid d’oiseau. Ma curiosité est en éveil permanent. Étant Hongkongaise, je bénéficie à la fois de la connaissance de la culture chinoise et de l’exceptionnelle ouverture internationale du Port au Parfum. Grâce à cette position unique, je suis rapidement au fait des modes et innovations. Photos ci-dessus : Bague conçue autour d’un diamant vert représentant le stade national de Pékin en forme de « nid d’oiseau » / Création de Maggie Ma, fondatrice de Violets Jewellery Co. ©Violets Jewellery Co. Quelle est l’origine du nom Violets Jewellery Co. (紫斐珠寶) ? Après avoir exercé pendant vingt ans dans un groupe de joaillerie américain basé à Hong Kong, pour moi, la création en 2013 de ma propre enseigne indépendante était une étape décisive de ma carrière. Afin que notre maison soit lancée avec succès et qu’elle vive longtemps sous les meilleurs auspices possibles, mon époux et moi avons demandé à un Maître Feng Shui (En savoir plus sur le Feng Shui : https://www.keihsahtle.com/accueil/entrevue-avec-raymond-lo-grand-maitre-feng-shui) de nous proposer 3 noms. Parmi eux, nous avons choisi la combinaison 紫斐珠寶 (« Jí féi Jyū bóu »), le caractère 紫 signifiant « violet » une couleur que j’affectionne particulièrement, le caractère 斐 traduit par « gracieux » et 珠寶 pour « bijouterie » ou « perles et bijoux ». En Chine, la couleur violette symbolise l’immortalité et la divinité. A l’époque moderne, elle indique aussi l’amour et la romance. Cette évocation correspond à ma volonté d’accompagner tout un chacun dans les étapes mémorables de sa vie. Trois thèmes me sont chers, l’engagement en proposant des bagues de fiançailles ou de mariage, la célébration de l’amour avec des bijoux d’anniversaire (qui peuvent être portés chaque jour ou lors d’occasions spéciales) et la transmission avec des objets de valeur susceptibles d’être légués de génération en génération. Le logo de Violets Jewellery Co. (紫斐珠寶), quant à lui, évoque mon attachement au diamant grâce au dessin de la gemme taillée avec sa table, l’ensemble formant une fleur épanouie. Restaurez-vous des bijoux anciens ? Je raffole des bijoux anciens et j’en vends. Je les restaure également. En réalité, lorsqu’ils commandent une restauration, les clients locaux attendent une transformation plutôt qu’une réparation à l’identique. Ils souhaitent une adaptation du bijou à leur taille pour le porter au lieu de laisser dans un coffre, ainsi qu’une rénovation dans l’air du temps : Tout en se souciant des coutumes, les Hongkongais rêvent de modernité. Ces requêtes sur-mesure sont de véritables défis de créativité. D’abord, il faut comprendre parfaitement les objectifs de la « rénovation-métamorphose » souhaitée puis soumettre une proposition réaliste en fonction du budget à disposition. Quoi qu’il en soit, avant toute chose, nous vérifions l’authenticité des gemmes apportées. Il serait insensé d’engager d’importantes dépenses de sertissage pour du faux ! Si nécessaire, je sais sourcer, sur demande, de magnifiques pierres précieuses venant de fournisseurs de confiance, des diamants d’Afrique du Sud et d’Inde, des saphirs du Sri Lanka, des rubis de Myanmar, des émeraudes de Colombie et de Zambie, etc. Photos ci-dessus : Créations de Maggie Ma, fondatrice de Violets Jewellery Co. ©Violets Jewellery Co. Quelles sont les aspirations de la clientèle de Hong Kong ? Plus que la valeur pécuniaire, notre clientèle majoritairement locale – composée de Chinois du Continent en moindre proportion – souhaite insuffler du sens aux bijoux qu’elle porte et dont elle fait cadeau. En jouant sur le choix des motifs et des gemmes, en y incorporant des symboles issus de la culture chinoise ou de l’expertise Feng Shui, nos clients veulent joindre des vœux de prospérité, de fortune, d’opulence, de bonne santé, d’amour éternel, de bonheur et de protection. Qu’elles soient offertes à des proches, transmises à d’autres générations, ces œuvres d’art personnalisées doivent être, au-delà du souvenir, le vecteur indéfectible, immortel, de toutes ces aspirations. Quel regard portez-vous sur les diamants de laboratoire ? Les diamants synthétiques, fabriqués rapidement en laboratoire, sont des produits de masse bien distincts des diamants naturels recherchés pour leur rareté. Leurs attributs diffèrent, comme leur valeur. Très éloignés des prix des diamants naturels, les prix des diamants de laboratoire ont beaucoup baissé sur le marché de gros. Soucieux de mieux expliquer aux consommateurs la différence entre les deux types de diamants, pour caractériser les diamants synthétiques, le Gemological Institute of America (GIA) a récemment décidé de ne plus se servir de la nomenclature de couleur et de pureté qu’il avait développée pour les diamants naturels. Un autre système sera utilisé, classant les diamants de laboratoire « premium » ou « standard », en fonction d’une combinaison de critères liés à la couleur, à la pureté et à la finition. Le International Gemological Institute (IGI), en revanche, continue de classer les diamants de laboratoire (représentant 54 % de son activité de certification) à l’aide des mêmes critères universels « 4C » que ceux appliqués aux diamants naturels. Force est de constater que le marché synthétique des diamants et des pierres remporte un fort succès auprès des jeunes qui n’ont plus besoin de casser leur tirelire pour porter des bijoux. Qui sait, ce premier achat leur donnera-t-il l’envie d’acquérir, par la suite, une pierre naturelle ? Formez-vous aux métiers de la joaillerie ? J’éprouve un immense plaisir à partager ma passion. Lorsque l’entreprise américaine pour laquelle je travaillais a ouvert une usine en Chine continentale, j’ai été chargée de former toute son équipe basée sur place. Cela a été une expérience extrêmement enrichissante. A la fin des années 1990, le Continent, qui ne disposait pas encore de tous les savoir-faire dans la production de bijoux, s’est ouvert, convaincant nombre de fabriques hongkongaises d’y migrer. Pour autant, des usines spécialisées de pointe demeurent à Hong Kong. Elles se consacrent à la taille de précision des diamants, des pierres précieuses naturelles et du jade. Aujourd’hui, nous manquons cruellement de jeunes attirés par les métiers de l’artisanat. Il faut les y encourager ! Je m’y emploie donc en intervenant dans les lycées. J’organise aussi des ateliers de formation-sensibilisation dans mon magasin. J’explique aux jeunes quels sont les différents métiers liés à la filière. J’aide aussi les étudiants à s’orienter en fonction de leurs prédilections, à savoir où postuler pour se former à Hong Kong ou à l’international. Envisageriez-vous un partenariat avec la France ? Avec plaisir ! Je serais ravie de développer des échanges dans la conception (« design ») de bijoux sertis de pierres précieuses. Dans ce domaine, la culture française que je connais encore peu est si riche. Une telle collaboration permettrait de démultiplier les sources d’inspiration. Ajouter avec élégance une touche culturelle chinoise aux bijoux « accessoires » dédiés à la haute couture est une piste qui mériterait aussi d’être explorée. Par EM à Hong Kong La renaissance du papillon de jade A la demande d’un client, Maggie Ma a restauré et transformé un ancien papillon de jade tombé dans l’oubli. Prenant à nouveau son envol, celui-ci peut désormais être porté en deux pièces distinctes, en broche ou en pendentif, ou, en une seule pièce représentant un papillon épanoui. Photos ci-dessus : La transformation du papillon de jade par Maggie Ma, fondatrice de Violets Jewellery Co. ©Violets Jewellery Co. Contacter Maggie Ma : https://www.violetsjewellery.com/pages/contact (+852) 3580 0301 Adresse de la bijouterie Violets Jewellery Co. (紫斐珠寶) : Shop 67&75 Houston Centre 63 Mody Road, Tsim Sha Tsui, Kowloon, Hong Kong (A deux minutes du métro Tsim Sha Tsui, sortie P1 ou P2) Entrevues : https://www.keihsahtle.com/entrevues.html
Arts et célébrités : https://www.keihsahtle.com/arts-et-celebrites.html EXPRESSION CANTONAISE : « Dung bīng bīng » - « Quel froid glacial ! » 30 degrés Celsius, 90 % d’humidité à l’ombre des banians. Dans quelques heures, le typhon atterrira sur la ville. Il faut sortir braver la chaleur moite pour s’adonner à quelques courses de survie. Avant de claquer la porte de chez vous, n’oubliez pas d’emporter une petite laine. Après 5 minutes de marche dans la fournaise, lorsque vous franchirez la porte de votre centre commercial favori, vous vous écrierez, « Dung bīng bīng ! » - « Quel froid glacial ! ». « Dung » (凍) signifie « froid » et « bing » (冰), « la glace », répétée deux fois, insiste sur le ressenti de gel polaire. Saisi par le contraste entre l’étuve extérieure et l’ambiance sibérienne de l’intérieur, claquant des dents à cause de la chute brutale de température subie – 10 degrés environ -, vous vous couvrirez en hâte. Si vous travaillez à Hong Kong depuis quelques temps, habitué aux bureaux à la climatisation réfrigérante commune à chaque étage, et par conséquent non régulable, vous enfilerez votre « láahng hei sāam » (« láahng hei » 冷氣 pour « climatiseur », « sāam » 衫 pour « vêtement »), c’est-à-dire votre « vêtement anti-climatisation ». C’est ainsi que cette protection (veste rembourrée ou matelassée), nécessaire à la survie de ceux qui évoluent dans les multiples glacières de la cité, s’appelle localement. La compléter par un bonnet et une couverture pour s’installer à son aise dans les salles de cinéma ne relève pas toujours du superflu. N’exagérons pas : dans certains restaurants, ainsi que dans les taxis, si vous demandez poliment à réduire l’intensité de la ventilation, « Mh gōi, láahng hei sai dī », votre souhait sera exaucé avec gentillesse. Pourquoi, contrairement au précepte de la médecine chinoise traditionnelle d’éviter les chocs thermiques, les climatiseurs fonctionnent-ils à plein régime, surtout dans les galeries marchandes ? D’abord, parce qu’en raison de la cherté de l’électricité, souffler de l’air frais sans modération démontre au promeneur, consommateur potentiel, qu’il se balade effectivement au cœur d’un espace luxueux. La seconde explication en est la bataille livrée contre les moisissures aux aguets, toujours prêtes à prendre leurs quartiers, fléau associé à l’humidité tropicale du Port au Parfum. Malgré le risque d’invasion des champignons honnis, il arrive souvent que les portes des centres commerciaux soient laissées grandes ouvertes, un gaspillage d’énergie additionnel délibéré au motif que certains refusent de toucher les poignées, de peur d’attraper un quelconque microbe. Lorsque l’hygrométrie atteint son apogée, les Hongkongais qualifient leur climat de « sāp laahp laahp », « d’humide à étouffer », comportant « sāp pour « humide » et « laahp laaph » sans signification particulière, avec pour seul objectif d’imiter, par un truchement phonétique, l’effet de la vapeur qui, telle la glue, colle à la peau. Sur le même modèle, « chī lahp lahp » se traduit par « poisseux » ou poisseuses comme, par exemple, vos mains pleines de restes d’une boulette de riz gluant fourrée aux jaunes d'œufs de canard salés (« jung jí », en général cuisinée lors du festival des bateaux-dragons) que vous venez de dévorer. Basse latitude oblige, il est plus courant d’entendre les habitants de Hong Kong se plaindre de la canicule que de la froidure. « Yiht laaht laaht ! », littéralement « chaud épicé épicé ! », s’exclameront-ils pour décrire l’été torride, mais aussi un plat brûlant, un thé bouillant. Dans ce cas de figure, certains, fort ingénieux, sortiront le ventilateur de poche (« fūng sin jái », 風扇仔) dont ils se séparent rarement, puis l’approcheront de leur breuvage afin qu’il refroidisse rapidement (Cf photo ci-dessous). A chacun son thermostat. Par E.M. à Hong Kong Photo : 29/07/2025 Central, Pacific Coffee, Ile de Hong Kong - ©Keih Saht Le Lexique Dung : Froid 凍 Bīng : Glace, glacé 冰 Fūng sin : Ventilateur 風扇 Fūng sin jái : Ventilateur portatif 風扇仔 Sin: Eventail 扇 Láahng hei : Air frais, air venant du climatiseur 冷氣 Láahng hei sāam : Vêtement anti-climatisation 冷氣衫 Mh gōi : S’il vous plait 唔該 Sai : Fin, un peu 細 Sai dī : Plus fin, plus faible / moins fort 細啲 Mhgōi, láahng hei sai dī : S’il vous plaît, pouvez-vous réduire l’intensité de l’air conditionné ? 唔該冷氣細啲 Sāp laahp laahp : Extrêmement humide 濕立立 Sāp : Humide 濕 Chī lahp lahp : Poisseux, collant 黐立立 Yiht laaht laaht : Brûlant, bouillant, extrêmement chaud 熱辣辣 Yiht : Chaud 熱 Laaht : Epicé 辣 Tūng fūng : Circulation de l’air 通風 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
LIVRE : Le duo formé de Cynthia Cheng, qui manie une très belle plume, et de Maxime Vanhollebeke, jouant avec dextérité de ses talents de photographe, signe une œuvre aussi originale qu’émouvante. Dans une démarche humaniste, les auteurs de « Hong Kong Shifts, stories from the streets of Hong Kong » (« Quarts de Hong Kong, histoires des rues de Hong Kong ») capturent avec brio la quintessence de la vie des travailleurs du Port au Parfum, ces hommes et ces femmes qui travaillent sans relâche, aussi discrets qu’indispensables au fonctionnement harmonieux de la cité. Les lecteurs en quête de témoignages authentiques se réjouiront de tourner les pages de ce livre exceptionnel (publié en juillet 2024) qui sort des sentiers battus. Une fois n’est pas coutume, l’humain, photographié et raconté, vole la vedette à l’architecture hétéroclite de la ville, à sa densité à donner le vertige, à ses échafaudages en bambous qui sont habituellement pris en photo. Photo 1 : Couverture du livre Hong Kong Shifts ©Hong Kong Shifts Photo 2 : Cynthia Cheng et Maxime Vanhollebeke ©Bradley Aaron La photographie de Maxime Vanhollebeke a, quant à elle, le don de révéler la lumière particulière émanant de la personnalité de ceux qui acceptent de se prêter à son jeu, ôtant leur masque au sens figuré comme au sens propre. Comblant notre curiosité soudain réveillée, l’écriture accompagnatrice de Cynthia Cheng – en Anglais et en Cantonnais -, pétillante, invite à une rencontre plus en profondeur de ces personnages jusqu’à présent rarement dévoilés, pourtant aussi valeureux que clairvoyants. La réussite de l’ouvrage « Hong Kong Shifts », haut en couleur et reflet de la puissante énergie vitale hongkongaise, vient sans conteste de la créativité astucieuse des deux auteurs. Elle est aussi le fruit d’une complicité qui s’est instaurée au fur et à mesure de leur exploration commune des quatre coins de la Région Administrative Spéciale (Ile de Hong Kong, Kowloon, Nouveaux Territoires, Lantau Sud, Discovery Bay, Cheung Chau, Lamma, etc). Ce cheminement épique les a parfois conduits au-delà de leur zone de confort tandis que, de temps à autre, l’épidémie de Covid battait son plein. Cynthia Cheng se souvient de la naissance du projet : « C’était en 2019. Maxime et moi travaillions ensemble comme avocats. Maxime estimait beaucoup sa gardienne d’immeuble, Mei Fung (Beau Phénix, 美鳳), mais, ne sachant pas parler Cantonnais, se demandait comment engager la conversation avec elle. Alors, un dimanche, je suis venue les retrouver puis nous l’avons invitée à déjeuner au Chàh chāan tēng. (茶餐, café cuisinant les plats locaux). » A l’aise dans cette ambiance chaleureuse, Mei Fung a dépeint sa routine quotidienne, son métier, ses centres d’intérêt, sa famille, son enfance. Heureux de cette jovialité communicative, « nous avons réalisé, bien que nous ayons peu en commun dans notre vie de tous les jours, qu'une interaction humaine porteuse de sens ne nécessite souvent aucun autre dénominateur commun qu'un mélange de respect mutuel, de curiosité et de gentillesse. » C’est ainsi que l’aventure a commencé. Photo 1 : Ling, 玲 , batelière de sanpam ©Hong Kong Shifts Photo 2 : Tsing, 清, nettoyeur du port ©Hong Kong Shifts Photo 3 : Kwun, 坤, tapissier de sièges de taxi ©Hong Kong Shifts « Souvent, nous choisissions une station de métro au hasard puis explorions son quartier, » relate Maxime Vanhollebeke : « Même si nous ne trouvions pas tout de suite un représentant de la profession que nous espérions interviewer, nous ne rentrions jamais bredouilles. » Sur l’île de Cheung Chau (長洲), par exemple, avant de faire la connaissance du pêcheur Gun (Racine, 根) à l’heure du soleil couchant, les deux explorateurs ont d’abord croisé la route du conducteur de véhicule VV, Tak (Vertu, 德), surnommé « Goldfish Tak » car, dans son enfance, il élevait des poissons rouges. Ils ont également eu la chance de discuter avec Sai (Élancé, 細), monteur d’échafaudage en bambous qui préfère installer les structures dédiées aux festivals, les trouvant « amusantes car elles me permettent d’être créatif et « freestyle » », explique-t-il : « Je n’ai pas peur des hauteurs, mais, lorsqu’on est tout là-haut, il faut se souvenir de ne pas regarder en bas – Regarder devant ! » Certaines personnalités ne cessent de se déplacer. « Dans ce cas, nous organisons des rendez-vous, » précise le photographe : « Cela a été le cas avec Jean, que nous avons retrouvée à Pui O ». Connue comme celle qui « chuchote à l’oreille buffalos, » Jean prend soin de ceux qui vivent au Sud de Lantau (嶼南) ». Chaque jour depuis 15 ans, elle leur apporte du foin, des pommes, des oranges, des pomélos et les soigne s’ils sont blessés. Photo : Jean, qui murmure à l'oreille des buffalos ©Hong Kong Shifts « Tout le monde a une histoire intéressante à raconter » observe Cynthia Cheng. Remarquant que s’adonner à la narration développe des facultés d’écoute, d’interaction avec son entourage et d’empathie, les deux auteurs ont fondé une plateforme sociale (« social impact platform ») qui anime des ateliers d’apprentissage en la matière. Ceux-ci ont lieu dans des écoles, dans des maisons de retraite, ou dans des entreprises. Les deux conteurs reçoivent aussi des commandes d’institutions, à l’image du Royal Hong Kong Yacht Club, qui souhaitent valoriser leurs employés en publiant leur parcours de vie en guise de reconnaissance. C’est ainsi qu’au-delà d’un précieux exercice artistique, « Hong Kong Shifts », témoin d’une époque, permet de rendre à César ce qui est à César. Par E.M. à Hong Kong Chronique simultanément publiée sur le site https://www.lessoireesdeparis.com/ édité par Philippe Bonnet En savoir plus :
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