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Expression cantonaise : « Sāu bīng » - « Collectionner les chevaliers servants » Accompagnée d’une complice dans la quête d’un cadeau d’anniversaire, vous explorez, des étoiles plein les yeux, les échoppes d’artisanat du village de Stanley, ainsi que les Anglais l’appellent en souvenir de Lord Stanley (Edward George Geoffrey Smith-Stanley) qui fut Secrétaire aux colonies britanniques de 1841 à 1845. Les Cantonais, quant à eux, nomment le lieu Chek chyúh (赤柱) - « Pilier rouge ». Selon certains, cette appellation provient d’une expression Hakka employée pour décrire l’imposant kapokier de jadis aux fleurs rouge flamboyant qui embellissait la bourgade. D’autres affirment que Chek chyúh dérive de « chaahk syùhn » (賊船) – « bateau de pirate » en souvenir du forban Cheung Po Tsai (Jēung bóu jái, 張保仔), bandit des mers régionales de 1798 à 1810. Quelle que soit son histoire, Chek chyúh síh jaahp (赤柱市集) – Stanley market (« le marché de Stanley »), bazar authentique bon enfant, demeure l’une des cavernes d’Ali Baba du Port au Parfum où la tradition du « góng ga » (講價) - « marchandage » perdure. Un groupe de cinq personnes attire votre attention. Leur inspection méthodique de chaque magasin vous interpelle. D’abord, la meneuse d’équipe passe la boutique au peigne fin puis discute le prix des objets convoités. Ensuite, le coéquipier qui tient en laisse Teddy (Taai dihk) - diminutif de Teddy Bear (Taai dihk hùhng, 泰迪熊) -, caniche nain (« toy poodle ») aussi remuant que débordant d’affection, règle la facture. Enfin, la cheftaine distribue les paquets de ses nouvelles emplettes entre les mains des trois autres subordonnés. Votre compagne s’amuse de la galanterie des quatre garçons : « Cette jeune femme sait « sāu bīng » (收兵) ! » - « collectionner les chevaliers servants ! », « sāu » signifiant « collecter » et « bīng », le « soldat. » Apportant de l’eau au moulin à la loi des séries, votre amie vous confie que justement, ce matin elle a ordonné à son petit frère épris de l’une de ses camarades d’université « de ne pas faire le soldat » - « mh hóu jouh bīng ! » (唔好做兵). La demoiselle en question est hautaine et autoritaire. Elle passe son temps à donner des ordres, à l’instar d’une impératrice disposant d’une batterie d’esclaves pour exaucer tous ses caprices. « Muht yáuh gūng jyú mihng, daahn haih yáuh gūng jyú behng » (沒有公主命, 但係有公主病) – « Elle n’a guère la destinée d’une princesse, mais elle en a le syndrome, » résume l’expression locale caustique. Comme à Hong Kong, la concision prévaut, cette périphrase se dit en trois sons : « Gūng jyú behng » soit « la maladie de la princesse » avec « gūng jyú » désignant « la princesse » et « behng », « la pathologie, le trouble ». Ces paroles percutantes ont-elles été entendues par l’escouade cible de nos moqueries ? L’un de ses membres se retourne. Coup de théâtre, il reconnaît votre partenaire de commérage. Visiblement heureux de se retrouver, tous deux échangent des formules de politesse chaleureuses. Galvanisés par l'élan enthousiaste des retrouvailles, nous convenons d’aller nous installer tous les trois dans l’un des cafés de la promenade côtière. Ni une ni deux, le nouveau membre de notre bande se débarrasse des sacs dont il avait la responsabilité auprès de ses anciens compagnons de troupe. En chemin, le jeune évadé nous avoue : « J’étais le « á jái sihk wòhng lìhn, yáuh fú góng mh chēut » (啞仔食黃蓮,有苦講唔出) - « le garçon muet qui mange du Coptis chinensis, sans pouvoir en révéler l’amer. » Quelle torture ! D’habitude, cette plante de Coptis chinensis (wòhng lìhn, 黃蓮), dotée de multiples propriétés thérapeutiques, se mélange aux potions de médecine chinoise traditionnelle. Son goût mordant est d’une incommensurable âpreté. Il n’empêche, l’homme stoïque a avalé la pilule sans mot dire. Désormais libéré, il ose décrire son exploit chevaleresque : « Comme je ne voulais pas rompre la promesse à ma cousine de passer l’après-midi avec elle, bien que je déteste l’escorter faire les boutiques, j’ai souffert en silence ». A peine a-t-il achevé sa phrase qu’il attrape le cabas rempli à ras bord de cadeaux de mon amie pour le porter. Décidément, ce noble compagnon a une âme de « bīng » . Par E.M. à Hong Kong Photo : 27/07/2019 L'arrière du marché de Stanley, Sud de l’Ile de Hong Kong - ©Keih Saht Le Vue sur les « Pat Kan Uk », 8 maisons construites par le gouvernement des années 30 pour reloger des familles Hakka déplacées du village voisin de Wong Ma Kok, dont les terres étaient réquisitionnées pour des constructions militaires. Lexique : Chek chyúh : Pilier rouge, « Stanley » 赤柱 Chek chyúh síh jaahp : Le marché de Stanley, « Stanley market » 赤柱市集 Síh jaahp : Marché local, foire 市集 Chaahk syùhn : Le bateau pirate 賊船 Chaahk : Le pirate 賊 Syùhn : Le bateau 船 Góng ga : Marchander 講價 Góng : Dire 講 Ga : Le prix 價 Taai dihk hùhng : « Teddy Bear » 泰迪熊 Hùhng : L’ours 熊 « Sāu bīng » : « Collectionner les chevaliers servants » Littéralement : « Collecter les soldats » 收兵 Sāu : Collecter, rassembler 收 Bīng : Le soldat 兵 « Muht yáuh gūng jyú mihng, daahn haih yáuh gūng jyú behng » : « Elle n’a guère la destinée d’une princesse, mais elle en a le syndrome » 沒有公主命, 但係有公主病 « Gūng jyú behng » : « La maladie de la princesse » 公主病 Gūng jyú : La princesse 公主 Behng : La maladie, le syndrome, la pathologie, le trouble 病 Mihng : La destinée, le destin, la vie 命 Daahn haih : Pourtant, cependant, toutefois 但係 Yáuh : Avoir 有 Muht yáuh : Ne pas avoir, négation 沒有 « Á jái sihk wòhng lìhn, yáuh fú góng mh chēut » : « Le garçon muet avale du Coptis chinensis, sans pouvoir en révéler le goût amer. » 啞仔食黃蓮,有苦講唔出 Á : Être muet 啞 Á jái : Un garçon muet 啞仔 Sihk : Manger 食 Wòhng lìhn : Coptis chinensis (L’une des cinquante plantes médicinales fondamentales utilisées en médecine traditionnelle chinoise) 黃蓮 Fú : Amer 苦 Góng mh chēut : Impossible à dire, ne pas pouvoir révéler en public 講唔出 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
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Août 2026
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