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EXPRESSION CANTONAISE : « Mh gwāan néih sih ! » - « Cela ne vous regarde pas ! » Si, comme Montaigne, vous pensez que « la politesse coûte peu et achète tout », les finesses hongkongaises du savoir vivre en société vous captiveront. Prêtant l’oreille, vous entendrez « Mh gōi » (唔該) sonner à tout bout de champ, le « s’il vous plaît » cantonnais employé également pour signaler sa présence dans la foule, comme sur la ligne de métro (MTR, Mass Transit Railway system) direction Tsuen Wan (Chyùhn Wāan, 荃灣) bondée aux heures de sortie de bureau. Afin que les passagers absorbés par leur partie de jeu sur téléphone mobile, coupés du monde extérieur par le port du masque et d’écouteurs, dégagent le passage au moment de descendre à la station Tsim Sha Tsui (Jīm Sā Jéui,尖沙咀), vous pousserez un « Mh gōi ! » assez ferme pour interpeller, sans pour autant vous époumoner. Paraître agressif attire des ennuis, toute scène insolite étant susceptible d’être filmée puis retransmise sur les divers réseaux sociaux. Dans l’hypothèse où vous écraseriez un pied malencontreusement, adoptez un air contrit, excusez-vous avec un franc « Mh hóu yi si !». Le maniement du « merci » à bon escient (sans modération, comme en France) requiert d’assimiler cette subtilité : Remercier contre un service rendu (notamment en échange de rémunération) diffère de témoigner de sa reconnaissance à la réception d’un cadeau. A la vendeuse du 7-Eleven venant de charger votre Octopus (Baat daaht tūng, 八達通) - carte de paiement électronique rechargeable acceptée dans une multitude d’enseignes du Port au Parfum, dont les opérateurs de transport - de 100 HKD, comme vous le lui avez demandé, vous direz « mh gōi saai ». En guise de « je vous en prie », celle-ci vous répondra « mh sái haak hei ». En revanche, vous gratifierez votre amie, rentrant de vacances d’Osaka qui vous offre de délicieux Daifuku Mochi, d’un « dō jeh saai ! » (« merci beaucoup »). Du tac au tac, elle vous rétorquera « mh sái dō jeh ! » (« avec plaisir, pas besoin de me remercier »). Maîtriser le « mh gōi saai » et le « dō jeh saai » est un bon début pour prétendre « avoir de bonnes manières » (« yáuh láih maauh », 有禮貌), effort nécessaire mais pas suffisant. Pour éviter de collectionner les couacs, l’initiation au tact hongkongais s’apparente à l’apprentissage du dosage. Tempérez l’expression des désaccords, comme la manie de toujours rendre service éventuellement perçue comme intrusive. Bannissez le paternalisme archaïque, machisme (« daaih nàahm yahn », 大男人) honni par les femmes entrepreneures du Port au Parfum, de même que la curiosité excessive. S’entêter à mettre les pieds dans le plat pour aborder des sujets jugés tabous, en particulier ceux susceptibles d’écorner le prestige de la personne visée, conduit à l’échec. Première hypothèse, gêné par votre acharnement intempestif mais soucieux de tourner la page rapidement, votre interlocuteur vous rétorquera « Mh gwāan néih sih ! » (唔關你事) - « Ce ne sont pas tes affaires ! ». Une formule torpille dotée de l’avantage de mettre les points sur les i sans délai. Deuxième éventualité, votre contact choisit de jouer la carte de l’évitement. Il garde le silence, s’efface, voire disparaît car, selon les méthodes de gestion de conflits inculquées depuis la plus tendre enfance, dire « non ! » frontalement ne se fait pas. En cas de fermeture des canaux de communication, réfléchissez à une stratégie constructive de contournement sans hésiter à user d’un médiateur dédié à la relance de discussions. Lors de retrouvailles, ne remettez point votre différend sur le tapis : Cette attitude risquerait d’entraîner la rupture définitive. Il ne reste plus qu’à persévérer dans le décryptage des silences hongkongais, tout en s’exerçant à prononcer l’expression locale « hóu nàahn hōi háu », littéralement « ouvrir la bouche est très difficile », c’est-à-dire, « il est fort embarrassant de s’exprimer sur ce point. » Après tout, l’obligation de parler ne s’avère-t-elle pas, dans certains cas, aussi violente que l’injonction au silence ? Finalement, l’initiation à la politesse ressemble à bien des égards à un exercice de tolérance. Comme disait Colette, « Il est sage de verser sur le rouage de l'amitié l'huile de la politesse délicate. » Par E.M. à Hong Kong Photo : 03/10/2021 Ville de Sai Kung, Péninsule de Sai Kung - ©Keih Saht Le Karaoké - Cheung kēi (唱K) La chanson de Kelly Chen (陳慧琳), « mh gwāan néih sih » (唔關你事) (Cela ne te regarde pas !) Paroles : https://www.kkbox.com/hk/tc/song/DYTDLz_7ri5YRn0D_E Musique : https://www.youtube.com/watch?v=tVreDgOoJso Lexique : Mh hóu yi si : Pardon, excusez-moi 唔好意思 Mh gōi : S’il vous plaît 唔該 Mh gōi saai : Merci (pour le service) 唔該嗮 Mh sái haak hei : Je vous en prie 唔駛客氣 Dō jeh saai : Merci beaucoup (pour le cadeau) 多謝嗮 Mh sái dō jeh : Je vous en prie. Pas besoin de remercier 唔駛多謝 Mh gwāan néih sih ! : Cela ne vous (te) regarde pas ! 唔關你事 Yáuh láih maauh : Avoir de bonnes manières, être poli 有禮貌 Mouh láih maauh : Être impoli, irrespectueux 冇禮貌 Mh hóu yi si, yiu néih bōng ngóh ! : Pardon d’avoir sollicité votre aide ! 唔好意思, 要你幫我 Bōng : Aider 幫 Daaih nàahm yahn : Être machiste, paternaliste à l'excès 大男人 Nàahm : L’homme, genre masculin 男 Daaih : Grand 大 Yàhn : L'homme, les gens 人 Hóu nàahn hōi háu : Il est fort embarrassant de s’exprimer sur cette question 好難開口 Háu : La bouche 口 Hōi : Ouvrir 開 Nàahn : Difficile 難 Hóu : Trés, bien 好 Baat daaht tūng kāat : Carte Octopus 八達通卡 La carte Octopus, carte de paiement électronique rechargeable acceptée dans une multitude d’enseignes de Hong Kong, dont les opérateurs de transport, se dit « Baat daaht tūng kāat », incluant le mot « Baat « (八), signifiant « huit », en guise de référence à la pieuvre (traduction de l’Anglais octopus) caractérisée par ses huit bras. Daaht : Intelligent, communiquer, atteindre 達 Tūng : Circuler, notifier 通 kāat : Carte 卡 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
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Février 2026
Mots-clés :
Expression cantonaise
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