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EXPRESSION CANTONAISE : « Kèh ngàuh wán máh » - « Monter un bœuf, chercher un cheval » Attablé au nouveau café à la mode ouvert depuis quelques jours dans la rue Wellington (Wellington Street, Wāi lìhng deuhn gāai,威靈頓街), vous vous épanchez sur vos malheurs professionnels auprès d’un ami Hongkongais. Tandis que celui-ci, placide, sirote avec délectation son « Super creamy vanilla matcha latte » (thé vert moulu aux extraits de vanille, mélangés à du lait de noix de coco à l’origine de l’effet crémeux sensationnel), vous énumérez vos doléances. Vous vous plaignez d’une répartition illogique des tâches, d’une coordination inexistante entre les divers services, de la désorganisation de la hiérarchie, de la stagnation de salaire sans perspective de bonus, etc. Vous reprenez votre souffle, jetez un coup d’œil à vos voisins de table. Afin que ces derniers n’entendent pas la suite de vos propos, vous chuchotez : « En même temps que l’exercice de votre poste actuel, vous êtes en quête d’un nouvel emploi ! » Guère impressionné par la révélation de votre secret, votre interlocuteur se lèche les babines ostensiblement, occupé à prolonger le plaisir de la dégustation de sa boisson verte. Arrivé au bout, constatant qu’il n’y a plus rien à en retirer, il en ôte la paille nonchalamment. Il hausse les épaules en guise de réveil au souvenir de votre présence puis résume votre situation tout de go : « kèh ngàuh wán máh » (騎牛搵馬) soit « monter un bœuf, chercher un cheval », avec « kèh » pour « monter, chevaucher », « ngàuh » pour « bœuf, vache », « wán », pour « chercher, dénicher », et « máh » pour « cheval ». Tout en trottinant avec votre monture existante, vous cherchez un destrier capable de galoper. Signifiant que toutes les options sont ouvertes, cet idiome très courant de Hong Kong s’utilise souvent dans le cadre du travail. La flexibilité est une caractéristique du marché de l’emploi hongkongais, peu coutumier de la fidélité à l’employeur. Non parce que les employés sont exagérément ambitieux – même si la culture de la compétition demeure prégnante – mais parce que, dans un monde où les filets sociaux sont minces, nécessité fait loi. En fin de mois, il faut pouvoir payer les factures, dont les dépenses de logement connues pour avaler une grande partie des revenus des ménages locaux. Plus rarement, « kèh ngàuh wán máh » s'emploie aussi pour illustrer la prospection amoureuse à tout crin, la recherche sans état d’âme d’un autre petit ami (ou d’une autre petite amie) susceptible d’être plus conforme à ses rêves. « Monter un bœuf, chercher un cheval » sous-entend que ce qui est plus rapide est mieux. Ce n’est pas toujours vrai, en conviennent les Cantonais. Ils admettent que tout effectuer à la hâte peut provoquer de la négligence. Ils ironisent « jáu máh, hon fā » (走馬看花), mot à mot « cavaler à cheval, regarder les fleurs. » Cette image décrit le passage d'un endroit à l’autre à vive allure sans prendre le temps d’observer les détails, d’inspecter, ni d’assimiler. Ceci caractérise, par exemple, les voyages touristiques organisés au pas de course n’offrant qu’une vision superficielle des lieux visités. Au sens figuré, l’expression signifie jeter un coup d’œil rapide, sans chercher à comprendre l’essence des choses. Malgré cette critique moqueuse de la superficialité, à Hong Kong, se hâter, agir sans délai, est autant une habitude qu’un talent prisé. (Lire : https://www.keihsahtle.com/accueil/a-hong-kong-la-celerite-en-toutes-choses) La réussite y est réputée résulter de la vélocité, comparable à la célérité d’un pur-sang en plein élan. Aussi, afin d’adresser des vœux de succès à vos amis, souhaitez leur d’être « yāt máh dōng sīn » (一馬當先), « un cheval champion ». « Yāt máh » correspond à « un cheval » et « dōng sīn » à « arriver en tête ». A dire sans modération, surtout à l’occasion de la Nouvelle Année du Cheval qui approche au grand galop. Par E.M. à Hong Kong Photo : 30/01/2026 Admitalty, Two Pacific Place - ©Keih Saht Le Vœux pour la Nouvelle Année du Cheval : « Jūk néih » : « En vous souhaitant de » 祝你 « Yāt máh dōng sīn » : « Soyez le champion ! » 一馬當先 « Máh dou gūng sìhng » : « Réussite immédiate, éclatante et sans accroc ! » 馬到功成 Littéralement : L’arrivée des chevaux (« máh dou ») conduit à la victoire (« gūng sìhng »), en référence aux anciennes victoires militaires remportées lorsque les destriers arrivaient sur les champs de batailles. « Lùhng máh jīng sàhn » : « Bonne santé et vitalité ! » 龍馬精神 Littéralement : Le dragon cheval (« lùhng máh ») est plein d’énergie (« jīng sàhn »). La créature dragon-cheval est réputée disposer de l’esprit vigoureux d'un ancien, combiné à un tonus à revendre. Lexique : Kèh : Monter, chevaucher 騎 Ngàuh : Le bœuf, la vache 牛 Wán : Chercher, dénicher 搵 Máh : Le cheval 馬 Jáu : Aller 走 Jáu máh : Cavaler, monter à cheval 走馬 Hon : Regarder, voir 看 Fā : La fleur 花 Yāt : Un, le premier 一 Sīn : D’abord, en premier, pour commencer 先 Dōng Sīn : Dans les premiers rangs, en tête 當先 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
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Février 2026
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