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Expression cantonaise : « Yāt jūk gōu dá syùhn yàhn » - « Mettre tout le monde dans le même panier » Le nez au vent, vous savourez l’instant. L’air marin emplit vos poumons. Sa caresse salée détend votre visage. Votre relaxation est telle que vous ne sentez même plus les vibrations du moteur transmises aux lattes en bois de votre siège. Le trajet du vaisseau vert et blanc ne dure que 10 minutes. Pourtant, vous avez l’impression de partir très loin. Quel bonheur de s’évader en bateau plutôt que de courir dans les couloirs du métro ou d’attraper un bus bondé pour « gwo hói » (過海) - « traverser la mer », selon la formule hongkongaise signifiant aller de Central (Jūng wàahn, 中環) à Kowloon (Gáu lùhng, 九龍) ou en sens inverse, de Kowloon à Central. Le soleil joue à cache-cache. Les jets de lumière argentée qu’il catapulte avec espièglerie percent les flots vert-de-gris de manière aléatoire. Les vagues bombardées étincellent, rendant la navigation encore plus féérique. Autour de vous, tout le monde s’extasie de la splendeur de la baie Victoria (Wàih dō leih a, 維多利亞). La plupart des places sont occupées dans la « Síu lèuhn » (小輪) - « Petite roue », surnom donné à la ligne de ferry légendaire en référence au démarrage de son exploitation (en 1898) à l’époque des navires à vapeur. Aujourd’hui, diverses populations la peuplent, des touristes de Chine Continentale, de Corée du Sud, du Japon, de Singapour, des Amériques, du Moyen Orient, d’Europe, etc. Des familles locales en vacances la fréquentent également. Sans compter une poignée de travailleurs qui, comme vous, ont souhaité joindre l’utile à l’agréable pour se rendre de l’autre côté de la berge, à Tsim Sha Tsui (Jīm Sā Jéui,尖沙咀). Un « bateau taxi » - (« Hong Kong Water Taxi », « Hēung Góng séui seuhng dīk sí », 香港水上的士) surgit de l’horizon. Fendant la mer à fond les turbots, l’intrus vrombit à quelques mètres de vous. Le roulis causé par cette provocation déstabilise quelques voyageurs du creuset qui poussent des petits cris de stupeur. « Nous venons tous d’un monde différent. Si nous sombrons, nous serons tous logés à la même enseigne. Nous sommes dans le même bateau, » songez-vous. De fil en aiguille, vous vous remémorez l’expression cantonaise « yāt jūk gōu dá syùhn yàhn » (一竹篙打一船人), traduite mot à mot par « une perche en bambou frappe un bateau de gens ». « Yāt » (一) représente le chiffre « un ». « Jūk gōu » désigne la « perche en bambou », « syùhn » le « bateau » et « yàhn », « l’humain ». Dá (打) est le verbe « frapper ». Comment une seule tige de bambou peut-elle percuter toutes les personnes d’une embarcation ? Pour le visualiser, une astuce est de se déporter à l’ère des bateliers usant d’une longue canne pour ramer sur les confluents de la rivière des Perles (« Jyū gōng », 珠江) ou sur les canaux fluviaux du Port au Parfum. Imaginez un passeur irrité sortant de ses gonds. Souhaitant se débarrasser de l’importun qui a chargé la barque, il décoche un coup brutal à l’aide de sa longue rame élancée : Bien que la plupart des personnes embarquées soient innocentes, toutes sont touchées. Le rameur furieux « a mis tout le monde dans le même panier. » Cette anecdote illustre que la colère est mauvaise conseillère. Toutefois, l’objectif principal de la maxime « yāt jūk gōu dá syùhn yàhn » est de dénoncer les préjugés. Elle dépeint l’absurdité de juger un groupe d’individus à partir d’un exemple isolé. Consciente de la diversité des personnalités existant dans l’Empire du Milieu, la sagesse chinoise édicte que « yāt yeuhng máih, baak yeuhng yàhn » (一樣米百樣人) - « une espèce de riz, cent sortes de personnes ». Ce n’est pas parce que les hommes se nourrissent d’aliments similaires qu’ils développent le même caractère. Soulignant la multiplicité des tempéraments, ce proverbe de jadis amène aussi à questionner la standardisation à outrance. Votre navire s’approche du « quai » (« máh tàuh » 碼頭). Les marins bleus n’ont pas encore lancé les cordes d’amarrage que les voyageurs se lèvent d’un bond, à l’unisson. Comment analyser cet empressement unanime ? Vous en cherchez l’explication. Vous ne voudriez pas, à votre tour, mettre tout le monde dans le même bain. Au lieu d'en déduire que « personne n’a le pied marin, » vous en concluez, tout bien considéré, que « tous n’ont pas le pied marin ». Par E.M. à Hong Kong Photo : 02/07/2023 Le Star Ferry, Tsim Sha Tsui, Kowloon - ©Keih Saht Le Lexique : « Yāt jūk gōu dá syùhn yàhn » : « Mettre tout le monde dans le même panier » Littéralement : « Une perche en bambou frappe un bateau de gens » 一竹篙打一船人 Yāt : Un, Une 一 Jūk : Le bambou 竹 Jūk gōu : La perche en bambou 竹篙 Dá : Frapper 打 Syùhn : Le bateau 船 Yàhn : L’humain, la personne, les gens 人 « Yāt yeuhng máih, baak yeuhng yàhn » : « Une espèce de riz, cent sortes de personnes ». 一樣米百樣人 Yeuhng. L’espèce, une sorte de, un type de, l'échantillon, l'apparence 樣 Máih : Le riz 米 Baak : Cent 百 Traverser la mer avec le Star Ferry : -------- Gwo hói : Traverser la mer 過海 A Hong Kong, « gwo hói » signifie aller de Kowloon à Central ou de Central à Kowloon, que l’on prenne le métro, le bus, le taxi ou le bateau. Gwo : Traverser, vivre une expérience 過 Hói : La mer 海 Daap syùhn : Prendre le bateau 搭船 Joh syùhn : Prendre le bateau 坐船 « Síu lèuhn » : « Petite roue » Surnom donné à la ligne de ferry légendaire allant de Central à Kowloon (et inversement) en référence au démarrage de son exploitation (en 1898) à l’époque des navires à vapeur. 小輪 Siu : Petit, petite 小 Leuhn : La roue 輪 Daap Síu lèuhn : Prendre la « Petite roue » - la « Síu lèuhn », c’est-à-dire prendre le ferry allant de Central à Kowloon et inversement. Máh tàuh : Le quai, la jetée 碼頭 Tīn Sīng máh tàuh : Star Ferry Terminal, le quai où l’on prend la « Síu lèuhn » 天星碼頭 Tīn Sīng est le nom de la compagnie opérant la « Síu lèuhn » 天星 Tīn : Le ciel 天 Sīng : L’étoile 星 Tīn Sīng Síu lèuhn : La « petite roue », le Star ferry 天星小輪 Chàhng : Le pont (d’un bateau), l’étage 層 Dans la « Síu lèuhn », il y a deux ponts, le pont supérieur, le « seuhng chàhng » (上層), et le pont inférieur, le « hah chàhng » (下層). Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
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Août 2026
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