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EXPRESSION CANTONAISE : « Lohk yihp gwāi gān » - « Les feuilles qui tombent retournent à leur racine » Rompu à l’exercice du réseautage, vous participez au cocktail de clôture du salon « Revival » (« Renouveau ») qualifié de vitrine asiatique incontournable des nouvelles technologies dédiées au bien-être des personnes âgées. Tandis que vous stationnez près de la partie occidentale du buffet international, vous en profitez pour nouer connaissance. Intrigué par votre capacité à balbutier un peu plus qu’un mot de cantonais, votre compagnon de dégustation de canapés au fromage vous demande de confirmer que vous êtes bien un « faat gwok yàhn » (« Français ») et depuis combien d’années vous vivez à Hong Kong. Après avoir écouté votre réponse, celui-ci s’enquiert du lieu envisagé pour votre retraite : « Au Port au Parfum ou ailleurs ? » Notant votre hésitation, il vous décoche un sourire puis déclare « lohk yihp gwāi gān » (落葉歸根), « les feuilles qui tombent retournent à leur racine. » Selon cette métaphore poétique, l’homme vieillissant qui a vécu plusieurs décennies à l’étranger a l’habitude de regagner sa maison ancestrale. Composé de « lohk » pour « tomber », de « yihp » pour « feuille », et de « gwāi gān » pour « revenir à l’origine, retourner à la racine », ce proverbe découlerait des anciens textes bouddhiques relatifs à la déesse de la compassion, Guanyin (Gūn yām, 觀音), enseignant que chaque chose revient à son principe originel (« feuille qui tombe retourne à sa racine »). Transformé en dicton populaire, « lohk yihp gwāi gān » inspire toujours penseurs et artistes. En 2007 par exemple, l’acteur et chanteur Wang Leehom (王力宏) en a fait le titre d’une chanson d’amour. Depuis, le troubadour des temps modernes est devenu l’une des plus grandes stars de la scène Pop chinoise (C-Pop) à renommée mondiale. Elon Musk lui-même a qualifié (par réseau social interposé) d’impressionnante sa chorégraphie dansante révélée à Chengdu (le 18/12/2025) en compagnie de robots gymnastes parfaitement synchronisés. Pour en revenir à l’inéluctable retour aux sources prédit par les sages d’Orient, à quoi bon partir, s’il faut toujours revenir ? Parce que « les voyages forment la jeunesse » assure Montaigne qui fut aussi philosophe que voyageur. Cet enthousiasme pour l’exploration est entièrement partagé par les Cantonais qui affirment « duhk maahn gyún syū, hàahng maahn léih louh » (讀萬卷書,行萬里路), « lire 10 000 livres, parcourir 10 000里 (5 000 km) ». Selon cet idiome, la lecture est nécessaire mais il faut aussi voyager pour acquérir une expérience pratique. La découverte d’autres contrées complète la formation de l’esprit ou, selon le nombre de nos années vécues, continue de l’aiguiser. Effectivement, nulle part n’est écrit qu’il y a un âge limite pour cesser de parcourir le monde. Pourquoi donc mettre un terme à nos pérégrinations avant que le mystère de notre quête n’ait été résolu, que ce soit à l’automne, lorsque les arbres s’effeuillent, ou au printemps, lorsqu’ils verdissent. Par E.M. à Hong Kong Photo : 10/01/2025 Hospital Road, Sai Ying Pun - ©Keih Saht Le Les racines profondes des Banians s'accrochent aux murs de la ville. Lexique : Faat gwok : France 法國 Faat gwok yàhn : Français (e) 法國人 Yàhn : L’homme, la personne 人 Lohk : Tomber, descendre 落 Yihp : La feuille (d’arbre, de plante) 葉 Gwāi : Rentrer, retourner 歸 Gān : Origine, racine, source 根 Duhk : Lire 讀 Maahn : 10 000 萬 Gyún : Unité de mesure pour un rouleau 卷 Syū : Le livre 書 Hàahng : Marcher, aller 行 Léih : Unité de mesure égale à 500 mètres 里 Louh : La route, la rue, le chemin 路 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
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Février 2026
Mots-clés :
Expression cantonaise
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