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EXPRESSION CANTONAISE : « Sēung gin hóu, tùhng jyuh làahn » - « Agréable de se rencontrer, difficile de vivre ensemble » A votre grande surprise, pendant les vacances de Noël, la cohabitation inédite avec vos beaux-parents sous un même toit s’est avérée terriblement pénible. Tant que vous les voyiez à l’extérieur de chez vous, au restaurant, au spectacle ou à l’hôtel, les relations étaient au beau fixe. Aujourd’hui, vous êtes désappointé, à bout de nerf après une lutte sans merci de quinze jours avec votre belle-famille afin de sécuriser, en vain, une zone de tranquillité dans votre cocon douillet transformé en champ de bataille. Vous vous plaignez de cette expérience éreintante auprès de votre confident Hongkongais qui vous invite à en tirer l’enseignement suivant : « Sēung gin hóu, tùhng jyuh làahn » (相見好,同住難), « Il peut être agréable de se rencontrer mais difficile de vivre ensemble. » Cet adage vaut autant pour la famille que pour les bons camarades. Les voyages entre amis ne finissent pas toujours bien. Combien d’amitiés ont-elles été rompues à cause de l’ignorance de la combinaison de ces six mots : « Sēung gin » pour « se rencontrer », « hóu » pour « bien », « tùhng jyuh » pour « habiter ensemble » et « làahn » signifiant « difficile ». Il n’y a pas plus grand révélateur de manies que la vie commune. Si vous êtes un maniaque du rangement, évitez, par exemple, de partir en congés avec une personne naturellement désordonnée. Las de récriminer silencieusement, un « lyuhn chāt baat jōu » (亂七八糟) soit « quel désordre ! » ou « quel bazar ! » pourrait vous échapper à voix haute. « Lyuhn » se traduit par « désordre » ou par « chaos », « chāt » par « sept » (七), « baat » par « huit » (八) et « jōu » par « pourri, complètement fichu ». L’introduction des chiffres 7 et 8 entre « Lyuhn » et « jōu » référerait à deux guerres civiles de l’histoire ancienne de la Chine. Le 7 évoquerait la « Rébellion des sept royaumes » (ou la « Révolte des sept rois ») contre l'empereur Han Jingdi en l’an 154 avant Jésus Christ. Le 8, quant à lui, désignerait la « Guerre des huit princes » marquée par une série de conflits entre 291 et 306 après Jésus Christ. Provoqués par la soif de pouvoir de l'impératrice Jia Nanfeng, ces affrontements sont réputés pour avoir contribué à l’affaiblissement de la dynastie Jin. Après lecture de ces explications historiques, l’insertion du 7 et du 8 entre « lyuhn » et « jōu » prend tout son sens. Son objectif serait de montrer l’existence d’un lien entre fouillis, désobéissance et bagarre. Cela dit, en cas d’extrême urgence de remédier à la pagaille ambiante, on peut faire mouche avec concision en omettant le 7 et le 8 : On s’exclamera « Lyuhn jōu jōu ! » (亂糟糟) tout en forçant l’accentuation sur le second « jōu ! ». Diriger son énergie sur la prononciation de ce dernier mot peut éventuellement soulager une patience mise à rude épreuve. Quoi qu’il en soit, au lieu de tirer à boulet rouge sur vos compagnons incompatibles - alors que, finalement, il pourrait n’y avoir que maille à partir -, sans doute vaut-il mieux modifier ses plans de vacances ou prendre la poudre d’escampette. Par E.M. à Hong Kong Photo : 01/12/2021 Vue du WM Hotel, Sai Kung - ©Keih Saht Le Nettoyage de printemps : A propos de rangement, l’heure du « sái laaht taat » (« grand nettoyage de l’année ») approche (Lire : https://www.keihsahtle.com/accueil/a-hong-kong-le-nettoyage-de-printemps-fait-place-au-renouveau). Cette année le « lìhn yah baat » (« 28ième jour du dernier mois de l’année chinoise ») sera le 15 février 2026. La nouvelle année du Cheval débutera le 17 février 2026. Lexique : Sēung gin: Se rencontrer, se voir, se retrouver 相見 Hóu : Bien, agréable, bon 好 Tùhng jyuh : Vivre, habiter ensemble 同住 Làahn : Difficile, pénible 難 Lyuhn : Désordre, fouillis, capharnaüm, chaos 亂 Chāt : Sept 七 Baat : Huit 八 Jōu : Pourri, fichu, de mauvaise qualité 糟 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
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EXPRESSION CANTONAISE : « Lohk yihp gwāi gān » - « Les feuilles qui tombent retournent à leur racine » Rompu à l’exercice du réseautage, vous participez au cocktail de clôture du salon « Revival » (« Renouveau ») qualifié de vitrine asiatique incontournable des nouvelles technologies dédiées au bien-être des personnes âgées. Tandis que vous stationnez près de la partie occidentale du buffet international, vous en profitez pour nouer connaissance. Intrigué par votre capacité à balbutier un peu plus qu’un mot de cantonais, votre compagnon de dégustation de canapés au fromage vous demande de confirmer que vous êtes bien un « faat gwok yàhn » (« Français ») et depuis combien d’années vous vivez à Hong Kong. Après avoir écouté votre réponse, celui-ci s’enquiert du lieu envisagé pour votre retraite : « Au Port au Parfum ou ailleurs ? » Notant votre hésitation, il vous décoche un sourire puis déclare « lohk yihp gwāi gān » (落葉歸根), « les feuilles qui tombent retournent à leur racine. » Selon cette métaphore poétique, l’homme vieillissant qui a vécu plusieurs décennies à l’étranger a l’habitude de regagner sa maison ancestrale. Composé de « lohk » pour « tomber », de « yihp » pour « feuille », et de « gwāi gān » pour « revenir à l’origine, retourner à la racine », ce proverbe découlerait des anciens textes bouddhiques relatifs à la déesse de la compassion, Guanyin (Gūn yām, 觀音), enseignant que chaque chose revient à son principe originel (« feuille qui tombe retourne à sa racine »). Transformé en dicton populaire, « lohk yihp gwāi gān » inspire toujours penseurs et artistes. En 2007 par exemple, l’acteur et chanteur Wang Leehom (王力宏) en a fait le titre d’une chanson d’amour. Depuis, le troubadour des temps modernes est devenu l’une des plus grandes stars de la scène Pop chinoise (C-Pop) à renommée mondiale. Elon Musk lui-même a qualifié (par réseau social interposé) d’impressionnante sa chorégraphie dansante révélée à Chengdu (le 18/12/2025) en compagnie de robots gymnastes parfaitement synchronisés. Pour en revenir à l’inéluctable retour aux sources prédit par les sages d’Orient, à quoi bon partir, s’il faut toujours revenir ? Parce que « les voyages forment la jeunesse » assure Montaigne qui fut aussi philosophe que voyageur. Cet enthousiasme pour l’exploration est entièrement partagé par les Cantonais qui affirment « duhk maahn gyún syū, hàahng maahn léih louh » (讀萬卷書,行萬里路), « lire 10 000 livres, parcourir 10 000里 (5 000 km) ». Selon cet idiome, la lecture est nécessaire mais il faut aussi voyager pour acquérir une expérience pratique. La découverte d’autres contrées complète la formation de l’esprit ou, selon le nombre de nos années vécues, continue de l’aiguiser. Effectivement, nulle part n’est écrit qu’il y a un âge limite pour cesser de parcourir le monde. Pourquoi donc mettre un terme à nos pérégrinations avant que le mystère de notre quête n’ait été résolu, que ce soit à l’automne, lorsque les arbres s’effeuillent, ou au printemps, lorsqu’ils verdissent. Par E.M. à Hong Kong Photo : 10/01/2025 Hospital Road, Sai Ying Pun - ©Keih Saht Le Les racines profondes des Banians s'accrochent aux murs de la ville. Lexique : Faat gwok : France 法國 Faat gwok yàhn : Français (e) 法國人 Yàhn : L’homme, la personne 人 Lohk : Tomber, descendre 落 Yihp : La feuille (d’arbre, de plante) 葉 Gwāi : Rentrer, retourner 歸 Gān : Origine, racine, source 根 Duhk : Lire 讀 Maahn : 10 000 萬 Gyún : Unité de mesure pour un rouleau 卷 Syū : Le livre 書 Hàahng : Marcher, aller 行 Léih : Unité de mesure égale à 500 mètres 里 Louh : La route, la rue, le chemin 路 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
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Février 2026
Mots-clés :
Expression cantonaise
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