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Expression cantonaise : « Sāu bīng » - « Collectionner les chevaliers servants » Accompagnée d’une complice dans la quête d’un cadeau d’anniversaire, vous explorez, des étoiles plein les yeux, les échoppes d’artisanat du village de Stanley, ainsi que les Anglais l’appellent en souvenir de Lord Stanley (Edward George Geoffrey Smith-Stanley) qui fut Secrétaire aux colonies britanniques de 1841 à 1845. Les Cantonais, quant à eux, nomment le lieu Chek chyúh (赤柱) - « Pilier rouge ». Selon certains, cette appellation provient d’une expression Hakka employée pour décrire l’imposant kapokier de jadis aux fleurs rouge flamboyant qui embellissait la bourgade. D’autres affirment que Chek chyúh dérive de « chaahk syùhn » (賊船) – « bateau de pirate » en souvenir du forban Cheung Po Tsai (Jēung bóu jái, 張保仔), bandit des mers régionales de 1798 à 1810. Quelle que soit son histoire, Chek chyúh síh jaahp (赤柱市集) – Stanley market (« le marché de Stanley »), bazar authentique bon enfant, demeure l’une des cavernes d’Ali Baba du Port au Parfum où la tradition du « góng ga » (講價) - « marchandage » perdure. Un groupe de cinq personnes attire votre attention. Leur inspection méthodique de chaque magasin vous interpelle. D’abord, la meneuse d’équipe passe la boutique au peigne fin puis discute le prix des objets convoités. Ensuite, le coéquipier qui tient en laisse Teddy (Taai dihk) - diminutif de Teddy Bear (Taai dihk hùhng, 泰迪熊) -, caniche nain (« toy poodle ») aussi remuant que débordant d’affection, règle la facture. Enfin, la cheftaine distribue les paquets de ses nouvelles emplettes entre les mains des trois autres subordonnés. Votre compagne s’amuse de la galanterie des quatre garçons : « Cette jeune femme sait « sāu bīng » (收兵) ! » - « collectionner les chevaliers servants ! », « sāu » signifiant « collecter » et « bīng », le « soldat. » Apportant de l’eau au moulin à la loi des séries, votre amie vous confie que justement, ce matin elle a ordonné à son petit frère épris de l’une de ses camarades d’université « de ne pas faire le soldat » - « mh hóu jouh bīng ! » (唔好做兵). La demoiselle en question est hautaine et autoritaire. Elle passe son temps à donner des ordres, à l’instar d’une impératrice disposant d’une batterie d’esclaves pour exaucer tous ses caprices. « Muht yáuh gūng jyú mihng, daahn haih yáuh gūng jyú behng » (沒有公主命, 但係有公主病) – « Elle n’a guère la destinée d’une princesse, mais elle en a le syndrome, » résume l’expression locale caustique. Comme à Hong Kong, la concision prévaut, cette périphrase se dit en trois sons : « Gūng jyú behng » soit « la maladie de la princesse » avec « gūng jyú » désignant « la princesse » et « behng », « la pathologie, le trouble ». Ces paroles percutantes ont-elles été entendues par l’escouade cible de nos moqueries ? L’un de ses membres se retourne. Coup de théâtre, il reconnaît votre partenaire de commérage. Visiblement heureux de se retrouver, tous deux échangent des formules de politesse chaleureuses. Galvanisés par l'élan enthousiaste des retrouvailles, nous convenons d’aller nous installer tous les trois dans l’un des cafés de la promenade côtière. Ni une ni deux, le nouveau membre de notre bande se débarrasse des sacs dont il avait la responsabilité auprès de ses anciens compagnons de troupe. En chemin, le jeune évadé nous avoue : « J’étais le « á jái sihk wòhng lìhn, yáuh fú góng mh chēut » (啞仔食黃蓮,有苦講唔出) - « le garçon muet qui mange du Coptis chinensis, sans pouvoir en révéler l’amer. » Quelle torture ! D’habitude, cette plante de Coptis chinensis (wòhng lìhn, 黃蓮), dotée de multiples propriétés thérapeutiques, se mélange aux potions de médecine chinoise traditionnelle. Son goût mordant est d’une incommensurable âpreté. Il n’empêche, l’homme stoïque a avalé la pilule sans mot dire. Désormais libéré, il ose décrire son exploit chevaleresque : « Comme je ne voulais pas rompre la promesse à ma cousine de passer l’après-midi avec elle, bien que je déteste l’escorter faire les boutiques, j’ai souffert en silence ». A peine a-t-il achevé sa phrase qu’il attrape le cabas rempli à ras bord de cadeaux de mon amie pour le porter. Décidément, ce noble compagnon a une âme de « bīng » . Par E.M. à Hong Kong Photo : 27/07/2019 L'arrière du marché de Stanley, Sud de l’Ile de Hong Kong - ©Keih Saht Le Vue sur les « Pat Kan Uk », 8 maisons construites par le gouvernement des années 30 pour reloger des familles Hakka déplacées du village voisin de Wong Ma Kok, dont les terres étaient réquisitionnées pour des constructions militaires. Lexique : Chek chyúh : Pilier rouge, « Stanley » 赤柱 Chek chyúh síh jaahp : Le marché de Stanley, « Stanley market » 赤柱市集 Síh jaahp : Marché local, foire 市集 Chaahk syùhn : Le bateau pirate 賊船 Chaahk : Le pirate 賊 Syùhn : Le bateau 船 Góng ga : Marchander 講價 Góng : Dire 講 Ga : Le prix 價 Taai dihk hùhng : « Teddy Bear » 泰迪熊 Hùhng : L’ours 熊 « Sāu bīng » : « Collectionner les chevaliers servants » Littéralement : « Collecter les soldats » 收兵 Sāu : Collecter, rassembler 收 Bīng : Le soldat 兵 « Muht yáuh gūng jyú mihng, daahn haih yáuh gūng jyú behng » : « Elle n’a guère la destinée d’une princesse, mais elle en a le syndrome » 沒有公主命, 但係有公主病 « Gūng jyú behng » : « La maladie de la princesse » 公主病 Gūng jyú : La princesse 公主 Behng : La maladie, le syndrome, la pathologie, le trouble 病 Mihng : La destinée, le destin, la vie 命 Daahn haih : Pourtant, cependant, toutefois 但係 Yáuh : Avoir 有 Muht yáuh : Ne pas avoir, négation 沒有 « Á jái sihk wòhng lìhn, yáuh fú góng mh chēut » : « Le garçon muet avale du Coptis chinensis, sans pouvoir en révéler le goût amer. » 啞仔食黃蓮,有苦講唔出 Á : Être muet 啞 Á jái : Un garçon muet 啞仔 Sihk : Manger 食 Wòhng lìhn : Coptis chinensis (L’une des cinquante plantes médicinales fondamentales utilisées en médecine traditionnelle chinoise) 黃蓮 Fú : Amer 苦 Góng mh chēut : Impossible à dire, ne pas pouvoir révéler en public 講唔出 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
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Expression cantonaise : « Yāt jūk gōu dá syùhn yàhn » - « Mettre tout le monde dans le même panier » Le nez au vent, vous savourez l’instant. L’air marin emplit vos poumons. Sa caresse salée détend votre visage. Votre relaxation est telle que vous ne sentez même plus les vibrations du moteur transmises aux lattes en bois de votre siège. Le trajet du vaisseau vert et blanc ne dure que 10 minutes. Pourtant, vous avez l’impression de partir très loin. Quel bonheur de s’évader en bateau plutôt que de courir dans les couloirs du métro ou d’attraper un bus bondé pour « gwo hói » (過海) - « traverser la mer », selon la formule hongkongaise signifiant aller de Central (Jūng wàahn, 中環) à Kowloon (Gáu lùhng, 九龍) ou en sens inverse, de Kowloon à Central. Le soleil joue à cache-cache. Les jets de lumière argentée qu’il catapulte avec espièglerie percent les flots vert-de-gris de manière aléatoire. Les vagues bombardées étincellent, rendant la navigation encore plus féérique. Autour de vous, tout le monde s’extasie de la splendeur de la baie Victoria (Wàih dō leih a, 維多利亞). La plupart des places sont occupées dans la « Síu lèuhn » (小輪) - « Petite roue », surnom donné à la ligne de ferry légendaire en référence au démarrage de son exploitation (en 1898) à l’époque des navires à vapeur. Aujourd’hui, diverses populations la peuplent, des touristes de Chine Continentale, de Corée du Sud, du Japon, de Singapour, des Amériques, du Moyen Orient, d’Europe, etc. Des familles locales en vacances la fréquentent également. Sans compter une poignée de travailleurs qui, comme vous, ont souhaité joindre l’utile à l’agréable pour se rendre de l’autre côté de la berge, à Tsim Sha Tsui (Jīm Sā Jéui,尖沙咀). Un « bateau taxi » - (« Hong Kong Water Taxi », « Hēung Góng séui seuhng dīk sí », 香港水上的士) surgit de l’horizon. Fendant la mer à fond les turbots, l’intrus vrombit à quelques mètres de vous. Le roulis causé par cette provocation déstabilise quelques voyageurs du creuset qui poussent des petits cris de stupeur. « Nous venons tous d’un monde différent. Si nous sombrons, nous serons tous logés à la même enseigne. Nous sommes dans le même bateau, » songez-vous. De fil en aiguille, vous vous remémorez l’expression cantonaise « yāt jūk gōu dá syùhn yàhn » (一竹篙打一船人), traduite mot à mot par « une perche en bambou frappe un bateau de gens ». « Yāt » (一) représente le chiffre « un ». « Jūk gōu » désigne la « perche en bambou », « syùhn » le « bateau » et « yàhn », « l’humain ». Dá (打) est le verbe « frapper ». Comment une seule tige de bambou peut-elle percuter toutes les personnes d’une embarcation ? Pour le visualiser, une astuce est de se déporter à l’ère des bateliers usant d’une longue canne pour ramer sur les confluents de la rivière des Perles (« Jyū gōng », 珠江) ou sur les canaux fluviaux du Port au Parfum. Imaginez un passeur irrité sortant de ses gonds. Souhaitant se débarrasser de l’importun qui a chargé la barque, il décoche un coup brutal à l’aide de sa longue rame élancée : Bien que la plupart des personnes embarquées soient innocentes, toutes sont touchées. Le rameur furieux « a mis tout le monde dans le même panier. » Cette anecdote illustre que la colère est mauvaise conseillère. Toutefois, l’objectif principal de la maxime « yāt jūk gōu dá syùhn yàhn » est de dénoncer les préjugés. Elle dépeint l’absurdité de juger un groupe d’individus à partir d’un exemple isolé. Consciente de la diversité des personnalités existant dans l’Empire du Milieu, la sagesse chinoise édicte que « yāt yeuhng máih, baak yeuhng yàhn » (一樣米百樣人) - « une espèce de riz, cent sortes de personnes ». Ce n’est pas parce que les hommes se nourrissent d’aliments similaires qu’ils développent le même caractère. Soulignant la multiplicité des tempéraments, ce proverbe de jadis amène aussi à questionner la standardisation à outrance. Votre navire s’approche du « quai » (« máh tàuh » 碼頭). Les marins bleus n’ont pas encore lancé les cordes d’amarrage que les voyageurs se lèvent d’un bond, à l’unisson. Comment analyser cet empressement unanime ? Vous en cherchez l’explication. Vous ne voudriez pas, à votre tour, mettre tout le monde dans le même bain. Au lieu d'en déduire que « personne n’a le pied marin, » vous en concluez, tout bien considéré, que « tous n’ont pas le pied marin ». Par E.M. à Hong Kong Photo : 02/07/2023 Le Star Ferry, Tsim Sha Tsui, Kowloon - ©Keih Saht Le Lexique : « Yāt jūk gōu dá syùhn yàhn » : « Mettre tout le monde dans le même panier » Littéralement : « Une perche en bambou frappe un bateau de gens » 一竹篙打一船人 Yāt : Un, Une 一 Jūk : Le bambou 竹 Jūk gōu : La perche en bambou 竹篙 Dá : Frapper 打 Syùhn : Le bateau 船 Yàhn : L’humain, la personne, les gens 人 « Yāt yeuhng máih, baak yeuhng yàhn » : « Une espèce de riz, cent sortes de personnes ». 一樣米百樣人 Yeuhng. L’espèce, une sorte de, un type de, l'échantillon, l'apparence 樣 Máih : Le riz 米 Baak : Cent 百 Traverser la mer avec le Star Ferry : -------- Gwo hói : Traverser la mer 過海 A Hong Kong, « gwo hói » signifie aller de Kowloon à Central ou de Central à Kowloon, que l’on prenne le métro, le bus, le taxi ou le bateau. Gwo : Traverser, vivre une expérience 過 Hói : La mer 海 Daap syùhn : Prendre le bateau 搭船 Joh syùhn : Prendre le bateau 坐船 « Síu lèuhn » : « Petite roue » Surnom donné à la ligne de ferry légendaire allant de Central à Kowloon (et inversement) en référence au démarrage de son exploitation (en 1898) à l’époque des navires à vapeur. 小輪 Siu : Petit, petite 小 Leuhn : La roue 輪 Daap Síu lèuhn : Prendre la « Petite roue » - la « Síu lèuhn », c’est-à-dire prendre le ferry allant de Central à Kowloon et inversement. Máh tàuh : Le quai, la jetée 碼頭 Tīn Sīng máh tàuh : Star Ferry Terminal, le quai où l’on prend la « Síu lèuhn » 天星碼頭 Tīn Sīng est le nom de la compagnie opérant la « Síu lèuhn » 天星 Tīn : Le ciel 天 Sīng : L’étoile 星 Tīn Sīng Síu lèuhn : La « petite roue », le Star ferry 天星小輪 Chàhng : Le pont (d’un bateau), l’étage 層 Dans la « Síu lèuhn », il y a deux ponts, le pont supérieur, le « seuhng chàhng » (上層), et le pont inférieur, le « hah chàhng » (下層). Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
Expression cantonaise : « Gāi tùhng aap góng » (雞同鴨講) – « Dialogue de sourds » Plusieurs tramways - surnommés « Ding ding » (叮叮) en raison du timbre allègre et tranchant de leur cloche de signalement - font escale à la station de Happy Valley (Páau máh déi, 跑馬地). Celui qui traverse Causeway Bay (Tùhng lòh wāan, 銅鑼灣) en direction de l’ouest de l’île de Hong Kong s’apprête à partir. Vous sautez dedans. Les portes vitrées se ferment. La machine (à la vitesse de pointe de 50 km/h) démarre énergiquement. Déséquilibré par l’élan, vous empoignez avec force la rampe de l’escalier étroit en colimaçon que vous grimpez. Vos capacités d’équilibristes sont rudement mises à l’épreuve. Votre persévérance paie. Vous parvenez au deuxième étage sain et sauf. De toute façon, vous n’auriez battu en retraite pour rien au monde car, de là-haut, la vue imprenable sur les rues débordantes de vie est fascinante. Vous avancez vers l’avant de la voiture à impériale, jetez votre dévolu sur la place côté couloir, à deux rangs des marches conduisant à la sortie. A votre droite, deux personnes assises devant vous attirent votre attention, un adolescent coiffé comme la jeune star locale Anson Lo Hon-ting (盧瀚霆) et celle qu’il appelle « Auntie ». Au Port au Parfum, ce diminutif désigne une tante côté maternelle (« A yìh », 阿姨) ou une amie d’âge à peu près similaire à celui de ses parents. Installée côté fenêtre, l’élégante « Auntie », gaie comme un pinson dans sa veste à col mandarin bleu-gris, est fort volubile. Elle se donne beaucoup de peine pour que son voisin à la mine taciturne transforme son monologue en conversation. A défaut d’une parole aimable, celui-ci pourrait émettre quelques signes d’empathie, bouger, parfois, la tête en guise d’acquiescement. Que nenni. Tandis que le « Ding ding » s’engouffre dans le quartier de Wan Chai (Wāan Jái, 灣仔), le jeune garçon sort de sa poche le téléphone portable dont vous apercevez l’écran. Il se branche sur l’arène de combat virtuelle de « Honor of Kings ». Cette ultime preuve d’indifférence semble avoir raison de l’ardente « Auntie ». Celle-ci se tait pendant quelques minutes. Cette ligne de tramway est témoin de bien des scènes de la vie courante, d’imbroglios, de cacophonies. Elle est entrée en service en 1904. Ses sièges sont rodés aux dialogues de sourds entre les générations X (personnes nées entre 1965 et 1985) et Alpha (personnes nées à partir de 2012). « Gāi tùhng aap góng » (雞同鴨講) – « un poulet et un canard parlent » dit-on pour décrire cette situation. Si le « gāi » (« poulet », 雞) et le « aap » (« canard », 鴨) sont dotés de caractéristiques communes - des plumes, des ailes, un bec -, ceux-ci ne parlent guère le même langage. L’un glousse, l’autre cancane. Les habitudes de vie des deux volatiles aussi diffèrent, compliquant leur cohabitation. Leurs éleveurs savent que des aménagements sont nécessaires, telle l’allocation d’espaces de repos distincts, pour éviter qu’ils ne se volent dans les plumes. « Auntie » qui ne marche pas sur des œufs revient à la charge. Elle donne un coup de coude à son voisin et lui crie à l’oreille « Tái ha ! » (睇吓) - « Regarde ! ». Elle lui montre la barquette extirpée du sac imperméable coincé entre ses genoux. A la vue du paquet, acceptant de déserter son monde de simulation, le fanatique de jeu vidéo pouffe de rire joyeusement. Intrigué, vous vous redressez pour mieux voir. L’emballage exposé fièrement par la tentatrice contient un mets recherché, quatre « pèih dáan » (皮蛋), œufs de cane fermentés pendant quelques semaines dans une gangue d'argile et de cendres. (Accompagnés de gingembre, ils sont succulents.) « Dáan » signifie « l’œuf » et « pèih », la « peau ». « Pèih dáan » se traduit pas « l’œuf à peau » évoquant la transformation du blanc d’œuf. Celui-ci coagule en une couche gélatineuse marron-noir, comme une nouvelle enveloppe. Affermi, le jaune se pare de tons verts. Estimant que le produit muté prend l’aspect d’un vieux parchemin, les Occidentaux l’appelle « œuf de cent ans ». Cette appellation tirée par les cheveux est trompeuse car les œufs ne sont pas conservés pendant tout un siècle ! Quoi qu’il en soit, grâce à cette recette plusieurs fois centenaires (de l’époque de la dynastie des Ming, 1368 à 1644), la communication entre les deux générations est rétablie. Une langue universelle existe bien, celle des gourmets. Par E.M. à Hong Kong Photo : 05/03/2026 Pèih dáan (Oeufs de cent ans), Wan Chai, Ile de Hong Kong - ©Keih Saht Le Les « pèih dáan » (皮蛋) sont des œufs fermentés pendant quelques semaines dans une gangue d'argile et de cendres. Lexique : « Gāi tùhng aap góng » : « Dialogue de sourds » Littéralement : « Un poulet et un canard parlent » 雞同鴨講 Gāi : Le poulet 雞 Tùhng : Et, avec 同 Aap : Le canard 鴨 Góng : Parler 講 Dīng dīng : Surnom du tramway de Hong Kong 叮叮 Dihn chē : Tramway 電車 Pèih dáan : « Œuf à peau », œuf fermenté pendant plusieurs semaines dans une gangue d'argile et de cendres, appelé aussi « œuf de cent ans ». 皮蛋 Pèih : La peau, l’écorce, la pelure, croute 皮 Dáan : L’oeuf 蛋 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
EXPRESSION CANTONAISE : « Jūng jó ngàuh yuhk gōn » – « Recevoir une contravention » Vous vous pressez. En vain. Le bonhomme rouge s’allume. Vous craignez d’arriver en retard à votre rendez-vous. La tentation est forte de « griller le feu », de « chūng hùhng dāng » (衝紅燈) - « charger la lumière rouge » à l’image d’un taureau courroucé, comme les Hongkongais le décrivent. Cependant, aujourd’hui, un réflexe de prudence vous retient de foncer tête baissée. Tandis que les accidents de la route se multiplient, la police renforce les contrôles tant à l’égard des conducteurs que des piétons, qu’ils soient délibérément désobéissants, absorbés par leur téléphone portable ou tête en l’air. La rumeur raconte que, tapis non loin des feux, les agents de la circulation se tiennent en embuscade à l’affût de n’importe quel impudent. Traverser à l’écarlate est puni sur-le-champ d’une pénalité de 2000 Hong Kong dollars (224 euros environ au 11/07/2026). Mine de rien, vous regardez à gauche puis à droite. Vous allongez votre cou pour mieux scruter le trottoir opposé avec l’idée de débusquer d’éventuelles « pervenches » surnommées ici « gafē muih » (咖啡妹) - « petite sœur café » en référence à la couleur de leur uniforme jaune et marron. Etant donné qu’au Port au Parfum les jeunes femmes n’ont guère l’apanage de la distribution de prunes, la formule se décline au masculin en « gafē jái » (咖啡仔) - « jeune homme café » ou en « gafē lóuh » (咖啡老) - « vénérable café » afin de caractériser les agents d’âges plus avancés. Le bonhomme passe au vert. Vous empruntez le passage clouté, longez le bout de la rue Sam Chuk (Sāam Jūk, 三祝) dédié aux réparateurs automobiles. A l’approche de l’aire de jeux de Choi Hung Road (Chói Hùhng douh,彩虹道), à l’ouest du district de San Po Kong (Sān Pòuh Gōng, 新蒲崗), vous découvrez enfin un indice du passage des dresseurs de procès-verbaux. Une voiture bleu métallisé garée sur un emplacement réservé aux livraisons a été « jūng jó ngàuh yuhk gōn » (中咗牛肉乾) - « frappée de bœuf séché, » c’est-à- dire « verbalisée ». Dans ce contexte particulier, « jūng jó » (中咗) ne se traduit pas par « milieu » mais par « être frappé, être affecté ». « Ngàuh yuhk gōn » désigne les bouchées à grignoter (les « snacks » en Anglais) composées de « viande de bœuf » (« ngàuh yuhk », 牛肉) savourées après salaison, (« gōn », 乾) signifiant « sec ». D’après les locaux, ces friandises coupées en lamelles épousent une forme similaire aux tickets d’infractions glissés sur le pare-brise. Certes, l’amende distribuée sur la voie publique est plus salée. Elle est aussi nettement moins populaire que les amuse-gueules à base de viande séchée (de bœuf, de porc, de dinde ou de canard) dont les Hongkongais raffolent. Il s’en vend de toutes les sortes, au poivre, à la sauce barbecue, au curry ou marinés en respectant la recette authentique locale. Celle-ci s’exécute grâce à une préparation alliant les sauces de soja et de poisson, le mélange « cinq épices » (anis étoilé, clous de girofle, cannelle, poivre du Sichuan et graines de fenouil) à du sucre et à du vin de riz de Shaoxing. Songeant à la texture tantôt croustillante tantôt fondante de ces coupe-faim, votre estomac crie famine. Vous pourriez vous en procurer quelques-uns au 7 Eleven (« chāt jái », 七仔) de quartier que vous venez d’apercevoir. Pour le rejoindre, vous devez traverser la route. Par malchance, la musique saccadée signalant que le feu s’apprête à rougir se déclenche. Or, ventre creux n’a pas d’oreille. Vous vous mettez à courir, espérant éviter d’avoir à braver l’interdit. Tout cela pour grignoter quelques tranches de « ngàuh yuhk gōn ». Par E.M. à Hong Kong Photo : 06/07/2026 San Po Kong, New Kowloon - ©Keih Saht Le Lexique : « Chūng hùhng dāng » : « Griller un feu » 衝紅燈 Chūng : Charger, foncer 衝 Hùhng dāng : Le feu rouge, la lumière rouge, la lampe rouge 紅燈 Hùhng : Rouge 紅 Dāng : La lumière, la lampe, la lanterne 燈 « Jūng jó ngàuh yuhk gōn » : « Être verbalisé » - « Recevoir une contravention » Littéralement : « Frappé de viande de bœuf séchée » 中咗牛肉乾 « Chē jūng jó ngàuh yuhk gōn » : « Véhicule verbalisé » - « Voiture frappée de viande de bœuf séchée » Jūng jó : Etre frappé, être affecté, souffrir de 中咗 Ngàuh : Le bœuf, la vache 牛 Yuhk : La viande 肉 Gōn : Sec, séché 乾 Ngàuh yuhk gōn : Bouchées de bœuf séché en forme de lamelles à grignoter 牛肉乾 Les agents de la circulation au féminin et au maculin : -------- « Gafē muih » : « Petite sœur café » 咖啡妹 Gafē : Couleur café, le café 咖啡 Muih muih : La petite sœur 妹妹 « Gafē jái » : « Jeune homme café » 咖啡仔 Jái : Le jeune homme, le garçon 仔 « Ga fē lóuh » : « Vénérable café » 咖啡老 Lóuh : Agé, vénérable 老 -------- Gíng chaat: Le policier 警察 Chē pàaih : Le permis de conduire 車牌 Chē pàaih houh máh : Le numéro de permis de conduire, le numéro de licence 車牌號碼 Houh máh : Le numéro, qui se dit aussi en Hongkongais « Lumba », imitant phonétiquement la prononciation du mot « number » de la langue britannique. 號碼 Chāau pàaih : Ecrire une contravention, un procès-verbal 抄牌 Chāau : Copier 抄 Pàaih : La plaque, l'écriteau 牌 Pàaih jí : La marque 牌子 Faht dāan : Mot formel pour l’amende, la réception d’une contravention 罰單 Hàhng yàhn : Le piéton 行人 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
EXPRESSION CANTONAISE : « Tìuh màahng mòuh ! » – « Espèce de chauffard ! » Le chauffeur n’attend pas que la portière claque pour démarrer en trombe. Ce n’est pas un FlyTaxi (Fēidīk, 飛的) pour rien. Pour la plupart connaisseurs des rues de Hong Kong sur le bout des doigts, les taxis commandés grâce à cette application locale ne perdent pas une minute. Remarquant ses gants de formule 1, vous attachez votre ceinture, calez vos affaires au mieux. Le conducteur qui donne un air au célèbre coureur automobile Hongkongais Charles Kwan Siu-Cheung - 關兆昌 (à la retraite depuis 2017) jette un coup d’œil expert à son tableau de bord clignotant de partout. Le bouquet de signaux confirme qu’un bouchon est en train de se former sur le parcours traditionnel : « Sāk chē ! » (塞車), textuellement « farci de véhicules ! », s’exclame-t-il agacé. L’homme averti propose d’éviter les encombrements grâce à un détour puis d’emprunter le tunnel sous la mer côté ouest (le Western Harbour Crossing, Sāi kēui hói dái seuih douh, 西區海底隧道), raccordant Sai Ying Pun ((Sāi yìhng pùhn, 西營盤) à Kowloon West (Sāi gáu lùhng, 西九龍). Conquis par la diligence du pilote expérimenté, vous acquiescez immédiatement. La radio locale passe des tubes Cantonais populaires. Reconnaissant la chanson « Interlude » (Chaap kūk, 插曲) de Sammi Cheng - 鄭秀文, vous la chantonnez en stéréo. Cette attitude réjouit le conducteur qui vous questionne sur vos chanteurs de Cantopop préférés. Hélas, le charme de l’atmosphère joviale qui s’est installée se rompt. Au sortir du tunnel, sur la Route 3 (Sāam houh gon sin, 三號幹綫) - l’autoroute en direction du nord-ouest des Nouveaux Territoires (Sān gaai, 新界) -, juste après avoir dépassé le complexe commercial Element (Yùhn fōng, 圓方) relié au gratte-ciel de l’ICC (International Commerce Centre, Wàahn kàuh mauh yihk gwóng chèuhng, 環球貿易廣場), un bolide surgit de nulle part fait une queue de poisson. Votre chauffeur réagit avec sang-froid. Il freine exactement ce qu’il faut pour ne point être embouti par la voiture de derrière. Furieux, il grommelle « máh louh ja dáan ! » (馬路炸彈 !) – « bombe à retardement ! », expression Hongkongaise utilisée pour décrire un chauffard qui « roule à tombeau ouvert », comportant « máh louh » pour « route » et « ja dáan » pour « engin explosif ». Deux minutes après l’incident, le conducteur du dimanche retourne sur sa ligne initiale sans user de son clignotant. Nous avons affaire avec un « cut sin wòhng ! » (cut 線王 !) – un « roi coupeur de lignes ! » maugrée le taxi de plus en plus irrité. Dans cette formule spécifique au Port au Parfum, notons un intrus, le verbe Anglais « cut ». Son ajout apporte, c'est indéniable, une note phonétique incisive. Son association avec « sin, 線 », signifiant « ligne, voie, démarcation », et « wòhng, 王 », traduit par « roi, monarque, empereur », accentue la causticité de cette description ironique des sans-gênes dangereux qui changent de voies au mépris des distances de sécurité. A l’approche de la sortie 4 (accès à Mei Foo, Sha Tin et Lantau), le danger public récidive sans crier gare. Heureusement, votre coursier chevronné n’a pas baissé la garde. Grâce à un coup de volant précis, il évite la catastrophe. Furibond toutefois, il klaxonne de toutes ses forces. C’en est trop. Il lâche le jet d’insultes qu’il n’arrive plus à contenir. Parmi elles, vous saisissez au vol « tìuh màahng mòuh ! » (條盲毛) - « espèce de poil aveugle ! ». Cette drôle d’injure envers un chauffard vous intrigue. Vous attendez cinq minutes que la colère de votre taxi s’apaise pour vous enquérir du choix du mot « poil » (Mòuh, 毛) ? Parce ce que cette formation filiforme de l’épiderme est « légère, insignifiante, inconsistante, nulle, » explique-t-il. « Et aveugle … (màahng, 盲) » ajoutez-vous. « Cela va sans dire », confirme-t-il. Il s’en est fallu d’un cheveu pour que ne soyez victimes d’un grave accident. La course achevée, vous avez à peine le temps de remercier chaleureusement votre compagnon d’émotions pour sa dextérité. Celui-ci vient d’accepter un autre client. Il repart à toute vitesse. Par E.M. à Hong Kong Photo : 23/09/2019 Times Square, Causeway Bay - ©Keih Saht Le Lexique : « Tìuh màahng mòuh » : « Espèce de chauffard ! » 條盲毛 Yāt tìuh màahng mòuh : Un chauffard 一條盲毛 Tìuh : Classificateur désignant ce qui est long, étroit et déplaisant. 條 Màahng : Aveugle 盲 Mòuh : Le poil 毛 Sī gēi : Le chauffeur 司機 « Máh louh ja dáan » : « Rouler à tombeau ouvert » 馬路炸彈 Máh louh : La route 馬路 Ja dáan : La bombe, l’engin explosif prêt à exploser 炸彈 « Cut sin wòhng » : « Le roi coupeur de voies » En conduite, celui qui ne cesse de changer de lignes dangereusement. « Cut 線王 » Sāk chē : Le bouchon, la circulation 塞車 Chē : Le véhicule, la voiture 車 Sāk : Farcir, emplir 塞 Ngóh sāk gán chē : Je suis coincé(e) dans les encombrements. 我塞緊車 Ngóh : Je 我 Gán : En train de 緊 Dīk sí: Le taxi 的士 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
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Août 2026
Mots-clés :
Expression cantonaise
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