|
EXPRESSION CANTONAISE : « Dá kāat » - « Se prendre ou être pris en photo à un lieu emblématique afin d’être publié sur les réseaux sociaux » L’art de la concision est Cantonais. Deux mots seulement, « Dá kāat », sont nécessaires pour exprimer une combinaison de dix-neuf mots en Français : « Se prendre ou être pris en photo à un endroit iconique, afin d’être publié sur les réseaux sociaux. » L’association minimaliste de « dá » (打), signifiant au choix « cogner » ou « frapper », avec « kāat » (卡) pour « la carte » invite à se concentrer sur le déclic, cet instant décisif où le photographe des temps modernes, qu’il soit du dimanche ou professionnel, se « shoot », se « fixe » au cœur du décor de l’instantané qu’il prévoit de diffuser en ligne. Le fait que le caractère « 卡 » puisse en outre revêtir le sens de « calorie », prononcé « kā » dans ce cas de figure, interpelle. Cet amalgame expliquerait-il l’étalage culinaire, la cascade de clichés de plats cuisinés défilant sur les comptes Instagram, Facebook, DouYin, WeChat, Xiaohongshu, Weibo, etc. ? La prise de calories est postée sans modération. En réalité, « dá kā », avec « dá kā louh léih, 打卡路里 » comme version allongée, désigne « le suivi de ses calories en enregistrant ou en partageant ses apports et dépenses caloriques sur des applications de fitness, ou sur les réseaux sociaux. » Tandis que la fièvre de s’adonner au « dá kāat », entretenue par les influenceurs endurants et leurs suiveurs (« followers ») opiniâtres, repeuple les coins de rue, magasins, cafés et restaurants référencés digitalement, une nouvelle vague s’empare de tout Hong Kong, celle d’accrocher une « gūng jái » (公仔), c’est-à-dire une « petite poupée », à son sac à main ou à son sac à dos. L’engouement pour le port du jouet dans la rue a démarré concomitamment au succès croissant de Labubu (拉布布), Lāai bou bou en Cantonais, la figurine en peluche créée par l'illustrateur Hongkongais Kasing Lung (龍家昇), né à Yuen Long (Yùhn lóhng, 元朗) dans les Nouveaux Territoires, venu vivre à Utrech (Pays Bas) à l'âge de 7 ans. Introduite pour la première fois en 2015 avec la série « Monstres » produite par How2Work, la poupée a grandi en popularité à partir de 2019 avec la collaboration commerciale de Pop Mart (entreprise de jouets chinois basée à Pékin). En près d’une décennie, plus de 300 modèles de « Lāai bou bou gūng jái » ont conquis le cœur des enfants et même des adultes. Maintenant que le prix du gadget aux oreilles de lapin, considéré comme objet de collection, s’est considérablement apprécié, les Hongkongais optent pour d’autres « gūng jái » de gabarits similaires. Le choix ne manque guère car de multiples enseignes du Port au Parfum en fabriquent, désireuses de profiter à leur tour de cet emballement incroyablement « hīng » (兴), soit « à la mode », « plébiscité par la population ». Une passion collective à faire pâlir de jalousie les Keung To (姜濤), Anson Lo Hon-ting (盧瀚霆), Tyson Yoshi (程浚彥), MC Cheung Tin-fu (張天賦), Janice Vidal (衛蘭), Kelly Chen (陳慧琳), Sammi Cheng (鄭秀文), Miriam Yeung Chin-wah (楊千嬅), Nicholas Tse Ting-fung (谢霆锋), etc., toutes ces célébrités « rouges » (« hùhng, », 紅) de Hong Kong, « rouge » prenant, dans ce contexte, le sens de « populaire ». Afin de raviver la flamme des admirateurs de toutes ces figures de notoriété, à quand la conception de « gūng jái » à leur effigie ? Par E.M. à Hong Kong Photo : 22/09/2025 Forbes Street, Kennedy Town - ©Keih Saht Le Influenceurs et « followers » font la queue en face d’un café référencé du quartier pour se « Dá kāat ». Lexique : Dá : Cogner, frapper 打 Kāat : Carte 卡 Kā : Calorie 卡 Gǒu jái deuih : Paparazzis (Queue, rangée de petits chiens) 狗仔隊 Gūng jái : Petites poupées 公仔 Yáuh méng : Renommé, « avoir un nom » 有名 Hīng : Populaire (pour une tendance, des habitudes, des choses) 興 Hùhng : Rouge, populaire pour des hommes, des stars, des chanteurs, des acteurs, des écrivains 紅 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
0 Commentaires
EXPRESSION CANTONAISE : « Mh gwāan néih sih ! » - « Cela ne vous regarde pas ! » Si, comme Montaigne, vous pensez que « la politesse coûte peu et achète tout », les finesses hongkongaises du savoir vivre en société vous captiveront. Prêtant l’oreille, vous entendrez « Mh gōi » (唔該) sonner à tout bout de champ, le « s’il vous plaît » cantonnais employé également pour signaler sa présence dans la foule, comme sur la ligne de métro (MTR, Mass Transit Railway system) direction Tsuen Wan (Chyùhn Wāan, 荃灣) bondée aux heures de sortie de bureau. Afin que les passagers absorbés par leur partie de jeu sur téléphone mobile, coupés du monde extérieur par le port du masque et d’écouteurs, dégagent le passage au moment de descendre à la station Tsim Sha Tsui (Jīm Sā Jéui,尖沙咀), vous pousserez un « Mh gōi ! » assez ferme pour interpeller, sans pour autant vous époumoner. Paraître agressif attire des ennuis, toute scène insolite étant susceptible d’être filmée puis retransmise sur les divers réseaux sociaux. Dans l’hypothèse où vous écraseriez un pied malencontreusement, adoptez un air contrit, excusez-vous avec un franc « Mh hóu yi si !». Le maniement du « merci » à bon escient (sans modération, comme en France) requiert d’assimiler cette subtilité : Remercier contre un service rendu (notamment en échange de rémunération) diffère de témoigner de sa reconnaissance à la réception d’un cadeau. A la vendeuse du 7-Eleven venant de charger votre Octopus (Baat daaht tūng, 八達通) - carte de paiement électronique rechargeable acceptée dans une multitude d’enseignes du Port au Parfum, dont les opérateurs de transport - de 100 HKD, comme vous le lui avez demandé, vous direz « mh gōi saai ». En guise de « je vous en prie », celle-ci vous répondra « mh sái haak hei ». En revanche, vous gratifierez votre amie, rentrant de vacances d’Osaka qui vous offre de délicieux Daifuku Mochi, d’un « dō jeh saai ! » (« merci beaucoup »). Du tac au tac, elle vous rétorquera « mh sái dō jeh ! » (« avec plaisir, pas besoin de me remercier »). Maîtriser le « mh gōi saai » et le « dō jeh saai » est un bon début pour prétendre « avoir de bonnes manières » (« yáuh láih maauh », 有禮貌), effort nécessaire mais pas suffisant. Pour éviter de collectionner les couacs, l’initiation au tact hongkongais s’apparente à l’apprentissage du dosage. Tempérez l’expression des désaccords, comme la manie de toujours rendre service éventuellement perçue comme intrusive. Bannissez le paternalisme archaïque, machisme (« daaih nàahm yahn », 大男人) honni par les femmes entrepreneures du Port au Parfum, de même que la curiosité excessive. S’entêter à mettre les pieds dans le plat pour aborder des sujets jugés tabous, en particulier ceux susceptibles d’écorner le prestige de la personne visée, conduit à l’échec. Première hypothèse, gêné par votre acharnement intempestif mais soucieux de tourner la page rapidement, votre interlocuteur vous rétorquera « Mh gwāan néih sih ! » (唔關你事) - « Ce ne sont pas tes affaires ! ». Une formule torpille dotée de l’avantage de mettre les points sur les i sans délai. Deuxième éventualité, votre contact choisit de jouer la carte de l’évitement. Il garde le silence, s’efface, voire disparaît car, selon les méthodes de gestion de conflits inculquées depuis la plus tendre enfance, dire « non ! » frontalement ne se fait pas. En cas de fermeture des canaux de communication, réfléchissez à une stratégie constructive de contournement sans hésiter à user d’un médiateur dédié à la relance de discussions. Lors de retrouvailles, ne remettez point votre différend sur le tapis : Cette attitude risquerait d’entraîner la rupture définitive. Il ne reste plus qu’à persévérer dans le décryptage des silences hongkongais, tout en s’exerçant à prononcer l’expression locale « hóu nàahn hōi háu », littéralement « ouvrir la bouche est très difficile », c’est-à-dire, « il est fort embarrassant de s’exprimer sur ce point. » Après tout, l’obligation de parler ne s’avère-t-elle pas, dans certains cas, aussi violente que l’injonction au silence ? Finalement, l’initiation à la politesse ressemble à bien des égards à un exercice de tolérance. Comme disait Colette, « Il est sage de verser sur le rouage de l'amitié l'huile de la politesse délicate. » Par E.M. à Hong Kong Photo : 03/10/2021 Ville de Sai Kung, Péninsule de Sai Kung - ©Keih Saht Le Karaoké - Cheung kēi (唱K) La chanson de Kelly Chen (陳慧琳), « mh gwāan néih sih » (唔關你事) (Cela ne te regarde pas !) Paroles : https://www.kkbox.com/hk/tc/song/DYTDLz_7ri5YRn0D_E Musique : https://www.youtube.com/watch?v=tVreDgOoJso Lexique : Mh hóu yi si : Pardon, excusez-moi 唔好意思 Mh gōi : S’il vous plaît 唔該 Mh gōi saai : Merci (pour le service) 唔該嗮 Mh sái haak hei : Je vous en prie 唔駛客氣 Dō jeh saai : Merci beaucoup (pour le cadeau) 多謝嗮 Mh sái dō jeh : Je vous en prie. Pas besoin de remercier 唔駛多謝 Mh gwāan néih sih ! : Cela ne vous (te) regarde pas ! 唔關你事 Yáuh láih maauh : Avoir de bonnes manières, être poli 有禮貌 Mouh láih maauh : Être impoli, irrespectueux 冇禮貌 Mh hóu yi si, yiu néih bōng ngóh ! : Pardon d’avoir sollicité votre aide ! 唔好意思, 要你幫我 Bōng : Aider 幫 Daaih nàahm yahn : Être machiste, paternaliste à l'excès 大男人 Nàahm : L’homme, genre masculin 男 Daaih : Grand 大 Yàhn : L'homme, les gens 人 Hóu nàahn hōi háu : Il est fort embarrassant de s’exprimer sur cette question 好難開口 Háu : La bouche 口 Hōi : Ouvrir 開 Nàahn : Difficile 難 Hóu : Trés, bien 好 Baat daaht tūng kāat : Carte Octopus 八達通卡 La carte Octopus, carte de paiement électronique rechargeable acceptée dans une multitude d’enseignes de Hong Kong, dont les opérateurs de transport, se dit « Baat daaht tūng kāat », incluant le mot « Baat « (八), signifiant « huit », en guise de référence à la pieuvre (traduction de l’Anglais octopus) caractérisée par ses huit bras. Daaht : Intelligent, communiquer, atteindre 達 Tūng : Circuler, notifier 通 kāat : Carte 卡 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
EXPRESSION CANTONAISE : « Yáuh chín sái dāk gwái tēui mòh » - « La richesse convainc le fantôme de tourner la meule » Vous sortez des loges de l’hippodrome légendaire de Happy Valley (Páau máh déi, 跑馬地) des étoiles plein les yeux. Quelle ambiance galvanisante ! Ce mercredi est aussi hippique qu’épique. Après avoir parié sur des chevaux perdants cinq fois d’affilée, vous avez enfin pris la peine de mieux vous renseigner sur les coursiers favoris. L’effort s’est avéré payant. Pour la dernière course, vous avez misé sur le destrier victorieux. Maintenant, observant les joueurs professionnels compter leurs gains, vous vous prêtez au rêve d'avoir empoché le jackpot. Comment le dépenseriez-vous ? « L’argent ne fait pas le bonheur ; mais il faut avouer qu'il le facilite beaucoup » dites-vous, partageant un bout de votre songerie avec votre compagnon de jeu Hongkongais. Il vous répond : « Yáuh chín sái dāk gwái tēui mòh, » littéralement, « être fortuné permet de convaincre le fantôme de faire tourner la meule. » Autrement dit, contre finances, il est possible de demander à n’importe qui n’importe quel service (légal ou illégal) puis celui-ci sera exécuté. Être riche (« yáuh chín », 有錢) rend tout puissant, conférant même le pouvoir de persuader les fantômes (« gwái », 鬼) de pousser les anciennes meules en pierre (« mòh », 磨) extrêmement lourdes, qui servent à moudre riz et haricots. Pour sa part dépourvue de cynisme, l’exclamation « Daaih bá chín lā ! », équivalente à « Que d’argent ! », exprime une franche admiration à l’observation d’une accumulation de richesse. Elle s’emploie pour décrire, par exemple, le trésor constitué par le célèbre milliardaire, Li Ka-shing (李嘉誠), surnommé « Superman Li » (« Li chīu yàhn », 李超人), dont la première entreprise a été l’ouverture, en 1950, d’une usine de fleurs en plastique. Aujourd’hui, le défi de ses successeurs est d’éviter un revers de fortune. A en croire le proverbe « Fu bāt gwo sāam doih » (富不過三代), signifiant « le patrimoine ne survit pas à trois générations, » leur route sera pavée d’embûches. Loin d’avoir toujours raison, les dictons ne justifient pas d’aller noyer son chagrin en jouant sa chance aux casinos de Macao, au risque de se retrouver « móuh séui » (冇水), « sans le rond », « complétement fauché ». « Móuh » se traduit par « ne pas avoir » tandis que « séui » prend tantôt le sens « d’argent », tantôt celui « d’eau ». Cette interchangeabilité viendrait de la discipline du Feng Shui (Fūng Séui, 風水), très influente à Hong Kong, affirmant que l’eau et l’argent, dotés de traits de caractère similaires, vont de pair. L’eau - sans laquelle la vie n’existe pas – attirerait l’argent, dont la circulation favoriserait les occasions de s’enrichir. Sa stagnation, au contraire, signalerait une panne d’activité économique, voire une disette. Après avoir pris connaissance de ce principe millénaire, on comprend mieux pourquoi les Hongkongais s’effraient peu des pluies diluviennes et, même, relativisent les fuites d’eau soudaines des climatiseurs surmenés, annonciatrices de futurs gains en capitaux. Par EM à Hong Kong Photo : 26/09/2019 Hippodrome de Happy Valley, Ile de Hong Kong - ©Keih Saht Le Une soirée à l’hippodrome de Happy Valley (Páau máh déi, 跑馬地) A Happy Valley, la saison des courses, que se tiennent habituellement chaque mercredi soir, vient de rouvrir (le 10 septembre 2025). https://racingnews.hkjc.com/english/2025/09/10/dbs-x-manulife-million-challenge-opening-ceremony-photo-release-happy-wednesday-starts/ Demandez le programme : https://racingnews.hkjc.com/english/ Hong Kong dispose de deux hippodromes, celui de Sha Tin (Sā Tìhn, 沙田) en activité depuis 1978, et celui, ouvert en 1846, de Happy Valley. En Cantonais, celui-ci s’appelle « Páau máh déi » (跑馬地), signifiant mot à mot « terrain de courses de chevaux », éloigné du nom Anglais de l’hippodrome provenant de l’appellation de son propre district, Happy Valley : Ce nom de l’ancienne époque coloniale se réfère, avec une pointe d’humour noir, aux cimetières du même quartier dédiés aux Britanniques décimés par la malaria dans les années 1840. Jadis, cette zone entourant la « Wong Nai Chung » (Wòhng nàih yúng, 黃泥涌), c’est-à-dire la « Rivière jaune et boueuse », était insalubre. Depuis, la rivière fautive a été détournée et Happy Valley est devenu un quartier résidentiel où il fait bon vivre. Lexique Yáuh : Avoir, il y a 有 Chín : Argent 錢 Sái dāk : Pouvoir faire 使得 Gwái : Fantôme 鬼 Tēui : Pousser (pousser la porte) 推 Mòh : Meule 磨 Séui : Eau, argent 水 Móuh : Ne pas avoir 冇 Móuh séui : Ne pas avoir un rond, être fauché / Il n’y a pas d’eau 冇水 Yáuh séui : Avoir de l’argent, être riche / Il y a de l’eau 有水 Chòih : Richesse 財 Daaih bá : Beaucoup 大把 Bāt : Ne pas (Signifie la négation) 不 Gwo : Traverser, passer, expérimenter 過 Sāam : Trois 三 Doih : Génération 代 Fu : Richesse, patrimoine 富 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
|
Archives
Février 2026
Mots-clés :
Expression cantonaise
Exposition Musée Artiste Feng Shui |
Flux RSS