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EXPRESSION CANTONAISE : « Jí sáu waahk geuk » - « Gesticuler avec arrogance » La conférence vous paraît interminable. Jetant des regards désespérés vers la sortie, vous vous demandez comment vous éclipser le plus discrètement possible. Voici une demi-heure que l’intervenant fort en voix, gesticulant dans tous les sens, s’obstine à ne raconter que des banalités. Ce spectacle qui ne rime à rien est exténuant. Votre voisine de supplice, également à bout de patience, vous murmure « Jí sáu waahk geuk » (指手畫腳). Entendant ces paroles moqueuses décrivant l’arrogance ridicule du conférencier brasseur du vent, il vous est bien difficile de réprimer un éclat de rire. Proféré avec ironie, « jí sáu waahk geuk » signifie littéralement « montrer du doigt, dessiner avec les pieds ». « Jí sáu » se traduit par « pointer », « waahk » par « dessiner » et « geuk » par « pied ». Cette description espiègle et distanciée de l'infatuation habille la situation de burlesque, la rendant d’emblée plus agréable à vivre. Les Hongkongais ne se privent pas d’utiliser le remède de l’ironie contre les gens arrogants. Ils caractérisent leurs manières condescendantes « d’œil de pigeon blanc », expression prononcée « baahk gap ngáahn, 白鴿眼 », « baahk » désignant « la couleur blanche », « gap » le « pigeon » et « ngáahn » « l’œil ». Par exemple, vous êtes invité à remplacer une connaissance (partie en déplacement) au cocktail d’un cercle privé réputé pour être fermé. Malgré votre tempérament jovial, vous faites tapisserie dans un coin. Par la suite, parlant de cette soirée de solitude, vous raconterez que vous y avez trouvé les invités tellement « baahk gap ngáahn, » « snob », « hautains », que vous ne leur avez pas adressé la parole. En cette circonstance, la référence au « pigeon blanc » est fort éloignée de celle à la « blanche colombe, » symbole d’espérance, de paix et d’amour. Parler du sentiment de supériorité en usant du Cantonais ne manque ni de couleur ni de gestuelle. A cet égard, parfois, l’expression « jí sáu waahk geuk » revêt aussi un sens figuré. Dans ce cas, elle sert à se plaindre de l’interférence systématique et contreproductive d’une personne cherchant à imposer son pouvoir. Elle dénonce un comportement à la limite du harcèlement : Vous préparez une présentation sur un sujet que vous maîtrisez, or, la personne chargée de l’organisation du colloque où vous devez vous exprimer veut contrôler votre travail. Cette dernière vous demande maintes fois de modifier le plan de votre énoncé, d’ajouter des corrections dont vous ne comprenez guère l’intérêt. Au bout d’une série d’échanges avec l'interlocuteur têtu d’imprimer sa patte, vous vous exclamez, irrité : « kéuih deui ngóh jí sáu waahk geuk ! » (佢 對 我 指手畫腳), « Quel comportement despotique à mon égard » ! Une complainte souvent répétée par les adolescents rebelles, exaspérés de devoir prêter l’oreille aux mises en garde constantes de leurs parents. Cette formule leur permet d’affirmer qu’eux non plus ne sont pas tombés de la dernière pluie, ni prêts de se faire pigeonner. Par E.M. à Hong Kong Photo : 10/04/2023 Man Mo Temple, Sheung Wan - ©Keih Saht Le Installé à l’entrée du temple comme maître des lieux, un pigeon observe les visiteurs. Lexique Jí : Se référer à 指 Jí sáu : Le doigt, montrer du doigt 指手 Sáu : La main 手 Waahk : Dessiner 畫 Geuk : Le pied 腳 Jyūn gā : L’expert 專家 Jongler avec les mots : https://www.keihsahtle.com/jongler-avec-les-mots.htm
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Novembre 2025
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Expression cantonaise
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