|
Si une page de cette édition 2026 devait s’inscrire dans l’histoire, ce serait celle de l’annonce du déploiement ambitieux de l’infrastructure chinoise dédiée au marché du métal jaune. A l’occasion de l’Asian Financial Forum 2026 (les 26 et 27 janvier 2026), intitulé « Co-creating new horizons amid an evolving landscape » (« Co-créer de nouveaux horizons dans un paysage en évolution »), la plupart des thèmes chers à la Place de Hong Kong ont été abordés. Parmi eux, citons la facilitation de coopérations commerciales et leur financement, le déploiement de l’intelligence artificielle et de la science des données, l’avenir des technologies de la finance, le soutien aux biotechnologies, l’utilisation de nouvelles énergies et matériaux, etc. En termes d’audience, la palme d’or des tables rondes revient à celle concernant le négoce du métal jaune, qui a attiré une foule aussi curieuse que passionnée. Le hasard fait bien les choses : Au moment où la conférence se tenait (l’après-midi du lundi 26 janvier), le prix de l’or franchissait à Londres les 5 000 dollars l'once pour la première fois de son histoire. Cette flambée a pu être analysée comme un signe de bon augure, intervenant juste après la signature, le matin même, d’un accord entre le gouvernement de Hong Kong et le Shanghai Gold Exchange (Bourse de l’or de Shanghai) pour créer une nouvelle chambre de compensation dédiée au métal jaune, dénommée la Hong Kong Precious Metals Central Clearing Co. Rappelons par ailleurs que les marchés des métaux précieux sont loin d’être un monde inconnu du Port au Parfum, la Bourse de Hong Kong (Hong Kong Exchanges and Clearing Limited, HKEX) détenant la Bourse des métaux de Londres (London Metal Exchange, LME) depuis 2012. Naissance de la Hong Kong Precious Metals Central Clearing Company Limited Détenue à 100 % par le gouvernement de la Région administrative spéciale de Hong Kong, la nouvelle société, dont les opérations pilotes devraient intervenir cette année, sera présidée par Christopher Hui, secrétaire du Financial Services and the Treasury Bureau (bureau des services financiers et du Trésor de Hong Kong, FSTB). Son vice-président sera un représentant du Shanghai Gold Exchange chargé d’apporter son expertise en matière de réglementation et de gestion des risques. La ville du Bund et celle de la Baie Victoria se promettent de collaborer pour développer un système de compensation efficace aligné sur les normes internationales, pour maximiser les synergies entre interconnexions de marchés, avec des infrastructures physiques considérablement élargies. A cet égard, le Port au Parfum prévoit d’installer une capacité de stockage supérieure à 2 000 tonnes d’or d'ici trois ans. Pour répondre aux besoins locaux de stockage, de livraison et de transit, l’Autorité aéroportuaire de Hong Kong (AAHK) a déjà lancé une extension de ses entrepôts à une capacité de mille tonnes. En ce qui concerne le traitement des métaux précieux, c’est Shenzhen qui est appelé à se mobiliser après avoir signé, en la main du Shenzhen Municipal Financial Regulatory Bureau (Bureau municipal de réglementation financière), un protocole d’accord avec le FSTB. La volonté est d’encourager les négociants d’or hongkongais à collaborer avec les entreprises de raffinage qualifiées de la cité située sur la rive Est de la rivière Perle. La rentabilisation d’une telle infrastructure requiert l’existence de volumes d’échanges constamment nourris. Afin d’encourager la demande, le gouvernement de Hong Kong propose d'inclure les métaux précieux parmi les investissements éligibles aux régimes fiscaux préférentiels offerts aux fonds et aux « single family offices » (entités privées gérant le patrimoine d'une seule famille fortunée). Une proposition législative allant en ce sens sera soumise au cours du premier semestre. En outre, de multiples produits financiers dotés d’une composante « or » verront le jour dans les semaines, les mois à venir. Citons d’ores et déjà le lancement du Hang Seng Gold ETF dès le jeudi 29 janvier. Du point de vue des autorités chinoises, entretenir la flamme locale tout en séduisant les investisseurs étrangers est d’autant plus fondamental que l’installation de la Hong Kong Precious Metals Central Clearing Company Limited est aussi une façon de donner un coup de pouce à l’internationalisation du yuan. Boulimie Cette restructuration ambitieuse des activités de bourse des métaux précieux voit le jour afin d’accompagner un appétit grandissant pour l’or. D’après des données du Fonds Monétaire International compilées par le World Gold Council, au 30 septembre 2025, les réserves de métal jaune de la Banque centrale de l’Empire du Milieu s’établiraient à 2 303,51 tonnes (représentant 7,68 % de ses réserves totales), en deuxième position mondiale derrière les Etats-Unis (avec 8 133,46 tonnes de réserves d’or), devant le Japon (845,97 tonnes) ou l’Inde (880,18 tonnes). D’autres économistes estiment que les réserves d’or chinoises dépassent les chiffres officiels, approchant les 5 000 tonnes. Cette ruée chinoise vers l’or n’est pas encore achevée. Opération en cours représentative de cette boulimie pour le métal jaune, une filiale de la société d’état Zijin Mining Group, Zijin Gold International (récemment introduite à la Bourse de Hong Kong) est en train d’acquérir Allied Gold (pour 4 milliards de dollars). Le groupe canadien racheté détient une dizaine de participations dans des mines d'or au Mali, en Côte d'Ivoire et en Éthiopie. Allied Gold, qui possédait 533 tonnes métriques de ressources aurifères fin 2024, aurait produit entre 11,7 et 12,4 tonnes d’or en 2025. La Chine acquiert-elle de l’or car elle le considère comme une valeur refuge ? Certains observateurs émettent l’hypothèse qu’il s’agirait d’un investissement en remplacement des bons du Trésor américain dont elle continue de se défaire. Ces avoirs en la matière seraient tombés en dessous des 700 milliards de dollars (à comparer à un plus haut de détention de 1 315 milliards de dollars en 2011), représentant à peine 2 % de la dette américaine, contre près de 10 % par le passé. Désormais, l’Empire du Milieu détient moins de dette américaine que le Japon, qui en est devenu le premier détenteur étranger. Quoi qu’il en soit, à ce rythme d’acquisitions aurifères, la Chine pourrait bien rattraper les Etats-Unis en termes d’accumulation de réserves d’or. Peut-être même est-ce son objectif premier.
Par E.M. à Hong Kong
0 Commentaires
Laisser une réponse. |
Archives
Janvier 2026
Mots-clés :
Finance Bourse Taux de change Connect Actifs virtuels Immobilier Innovation Commerce Economie Réglementation Salons Ventes aux enchères |
Flux RSS